La ville de Tours au pied du mur de sa dette

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La ville de Tours va être confrontée ces quatre prochaines années au fameux « mur de la dette », annoncé depuis de nombreuses années et hérité d’emprunts dits « in fine » contractés à la fin du XXe siècle. Et cela n’est pas sans impact sur les choix politiques et les projets pour la ville…

Le « mur de la dette » c’est quoi ?

La première fois que l’on a entendu parler du « mur de la dette » de Tours, c’était en 2015. A l’époque, le maire Serge Babary, élu en 2014, avait commandé un audit sur les finances de la ville. Le cabinet externe retenu pour cet audit avait alors révélé de nombreuses problématiques financières importantes liées aux endettements de la ville : emprunts toxiques (à taux variables ayant monté jusqu’à 47%) et emprunts in fine à rembourser à partir de 2023, avec des sommes augmentant progressivement pour atteindre plus de 25 millions d’euros par an. Un « mur de la dette » issu des reports de remboursements réalisés sous l’ancienne majorité expliquait alors le maire de Tours de l’époque.

Tout le mandat 2014-2020, la majorité municipale dirigée par Serge Babary puis par Christophe Bouchet va s’atteler à chercher à anticiper les difficultés annoncées en négociant notamment un lissage des remboursements sur plus d’années et en faisant de la réduction globale de la dette sa grande priorité du mandat (la faisant passer de 235 millions d’euros en 2014 à 201 millions en 2020).

Malgré tout, avec ces emprunts obligataires in fine arrivant à échéance à partir de 2023, « le mur de la dette », même écrêté, se retrouve important avec quatre années difficiles annoncées entre 2023 et 2026, période pendant laquelle la ville devra rembourser entre 25 millions d’euros et 32 millions d’euros par an.

Et le problème est que ces montants pharamineux font suite à des remboursements annuels déjà conséquents depuis plusieurs exercices budgétaires. A titre d’exemple, et même si comparaison n’est pas raison, en 2021 alors que Tours a remboursé 22 millions d’euros de dette, la ville d’Orléans n’avait à rembourser que 10 millions d’euros, Angers 13 millions et Le Mans 9 millions d’euros. Une différence qui impacte forcément la politique communale et notamment les possibilités d’investissements.

Des conséquences importantes

L’une des principales conséquences de cette dette importante c’est bien sûr qu’elle grève les capacités d’investissements de la ville depuis de nombreuses années. Frédéric Miniou, l’adjoint aux finances et Emmanuel Denis le répètent depuis deux ans, ce sous-investissement chronique a conduit notamment à une dégradation importante du patrimoine et des bâtiments de la ville à commencer par les gymnases et écoles. Ce que les élus cités appellent la dette grise.

Pour y remédier, la majorité d’Emmanuel Denis a bien mise en place un plan pluriannuel d’investissements important, dans lequel est inscrit le « plan écoles » qui prévoit 120 millions d’euros d’investissements. Mais là encore, une problématique en chassant une autre, la conjoncture générale, après deux années de Covid, est plombée désormais par l’inflation, et la ville de Tours se retrouve de nouveau face à un manque de marges de manœuvres financières. C’est bien simple, rien que les coûts énergétiques sont passés de 5,4 millions d’euros à 10,9 millions d’euros par an.

La Municipalité a beau inscrire 40 millions d’euros d’investissements pour cette année (et autant voire plus pour les années suivantes), au regard des taux de réalisations des années précédentes (35 millions annoncés en 2021 pour 22 millions effectués soit 63% de réalisation) et du contexte local et général, on voit mal comment la ville de Tours pourra franchir un cap supplémentaire dans ce domaine.  

Pour l’opposition, une situation amplifiée par de mauvaises options politiques

Pour réussir à se donner des marges de manœuvre et au final investir de façon plus importante, la ville espère donc jouer sur plusieurs leviers : plan de sobriété énergétique pour limiter les dépenses de ce type, la poursuite du désendettement (mais avec de nouveaux emprunts à prévoir et des taux plus hauts que ces dernières année), la recherche de financements extérieurs (jusqu’à 8,3 millions d’euros par an espérés), l’appui de Tours Métropole…

Cela dépendra également des choix politiques faits par la majorité. Or selon l’opposition, pour le moment les choix d’Emmanuel Denis et son équipe ne permettent pas à la ville de se donner de l’air. Les différents élus d’opposition pointent notamment la hausse des coûts de fonctionnement liée à l’augmentation du nombre d’employés.

Pour Benoist Pierre, du groupe « Les Progressistes » : « En fonctionnement , la Ville présente un chapitre des dépenses des consommations des services en hausse des dépenses de 11,5 % hors dépenses d’énergie. Nous ne comprenons qu’une municipalité qui prône la sobriété augmente ainsi les dépenses dans tous les secteurs. De fait, toutes les recettes fiscales supplémentaires issues des revalorisations de 2022 sont absorbées par la hausse de ce chapitre. »

De son côté, pour Marion Cabanne, du groupe Tours Nous Rassemble : « Cela fait deux ans qu’on alerte sur les mauvais choix effectués et on en voit malheureusement les résultats aujourd’hui. Les investissements sont en baisse puisqu’étalés sur 12 ans au lieu de 10 ans, la capacité de désendettement remonte à plus de 10 ans, la dette va repasser au-dessus de 200 millions d’euros… »

Et l’élue de droite d’évoquer « une municipalité incapable de boucler un budget puisqu’elle présente des orientations budgétaires en déséquilibre de 2,9 millions d’euros ».

 Un choix assumé par l’adjoint aux finances qui entend en faisant de la sorte alerter sur les difficultés des collectivités locales, mais qui certifie qu’il présentera bien dans deux mois un budget à l’équilibre. Un adjoint optimiste pour l’avenir, qui promet de réinverser la tendance d’ici la fin de leur mandat en 2026 avec un objectif d’une dette retombée à 181 millions d’euros et des investissements conséquents dans le même temps.

Des projections concrètes mais qui restent incertaines, la conjoncture pouvant évoluer très vite, dans un sens ou dans l’autre…

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