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La place des villages

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Retrouvez le dossier principal du magazine papier 37° n°7 nommé « VillaJoie »

Que serait la France sans ses campagnes ? Souvent décrites depuis des années comme en déclin, comme des territoires oubliés, les campagnes françaises et de Touraine, retrouvent une vigueur et un intérêt certain de la part d’une partie de la population désireuse de plus de nature et de verdure. Pourtant, loin de l’image d’Epinal que l’on peut s’en faire, et malgré les problématiques réelles, elles n’ont jamais cessé d’être vivantes et d’être animées par des habitants attachées à leur terre, leur village et qui vivent pleinement leur ruralité…

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Longtemps considérés comme désuets par une grande partie de la population, les villages connaissent un regain d’intérêt ces dernières années. Un phénomène qui s’est amplifié avec la crise du Covid.

Les plus remarquables ont souvent dépassé les frontières du département. Présents dans les magazines géographiques, les guides de voyage, les pages « sortir » de la presse nationale où bien même dans une célèbre émission annuelle de télévision sur le patrimoine, on les retrouve partout. Montrésor, Candes Saint-Martin, Bréhémont, Saché ou bien encore Savonnières, font partie des villages les plus visités et courtisés de l’Indre-et-Loire.  Et puis, il y a les autres. Moins médiatisés, souvent plus agricoles, et plus éloignés de la métropole tourangelle, ils cherchent à maintenir une vie sociale tout en essayant de renouveler leur population et d’en attirer une nouvelle. Si les villages de Touraine, aujourd’hui, ont tendance à avancer à différentes vitesses, ils ont pourtant connu un développement similaire durant plusieurs siècles. 

Rattaché à la commune de Nazelles depuis 1971, c’est sur la place de Négron que nous sommes en ce jeudi grisonnant d’août. Devant nous, l’archétype du bourg ecclésiastique tel qu’on pouvait le trouver au 12e siècle. L’église, évidemment, mais également l’ancienne aumônerie, devenue aujourd’hui la mairie de secteur, et l’imposante grange « dimière » dont le rôle était de stocker la dîme.  Pour Laurianne Keil, animatrice du patrimoine en Pays de Loire Touraine, ce triptyque courant ne s’est pas implanté là par hasard. « C’est à partir du 10e siècle que l’apparition de ce type de bourg va proliférer dans les campagnes. Le développement d’un bourg et d’un village s’organise régulièrement autour d’un seigneur qui va rassembler les différents hameaux alentours autour d’un lieu central, où il y fait bâtir des bâtiments religieux, proches d’une voie de communication. Ici, nous sommes à un carrefour entre les champs et la Loire. » Ce lieu servait avant tout à se réunir avant une cérémonie religieuse. Sachant qu’il était impossible de construire à proximité d’un lieu religieux, cela va libérer un espace suffisamment conséquent pour devenir au fil des années un véritable lieu de rencontres et de vie. La place du village, comme on l’observe encore aujourd’hui, était née. Une place où des marchés, des foires rurales, mais également des commerces vont s’y installer. Ponctuellement ou non.

Si beaucoup de villages s’organisent et se développent autour de la volonté seigneuriale de rassembler autour d’une organisation religieuse, d’une paroisse, et d’une voie de communication, il faut bien évidemment prendre en compte la topographie. On ne bâtit pas n’importe où. Tout est pensé, réfléchi, comme nous l’affirme Laurianne Keil. « Déjà, à cause des inondations, un village s’organisait très souvent en retrait de la Loire. Ensuite, c’est la mitoyenneté des matériaux de construction ainsi que la présence de divers chantiers, en plus des métiers agricoles, dans les environs qui vont favoriser la création d’un bourg ou d’un village. Où il y a du travail, des matériaux ainsi que des sources d’alimentation et de l’eau, la vie s’imprègne et s’organise. »

En plus de ces fonctions politiques, religieuses, commerciales, et d’éducation, qui vont naître au fil des siècles, le village va offrir des services communs aux habitants de son bourg ou des hameaux proches. Four, lavoir, ou bien encore pressoir vont créer une forte cohésion sociale en plus de leur aspect utilitaire. 

Déclin ou mutation

Si nous mettons de côté les guerres et les vagues épidémiques qui ont plusieurs fois perturbé sa stabilité, les villages vont connaître une période plutôt prospère qui va s’étendre sur près de 10 siècles.  Le tournant s’opère au XIXe siècle. Alors que la population rurale française atteint son apogée au milieu du siècle, les bouleversements liés à la Révolution Industrielle, la baisse des prix agricoles et les crises sanitaires comme le phylloxera, sont autant de facteurs de mouvements de populations vers les zones urbaines, jusqu’à 160 000 personnes par an dans les années 1870. L’exode rural concerne alors surtouts quelques régions ciblées comme les zones montagneuses. A partir de 1950 la donne change et le processus engagé un siècle plus tôt se généralise et prend une ampleur plus massive. La mécanisation du monde agricole engendre une baisse des besoins en main d’œuvre. L’avenir professionnel se joue désormais dans les aires urbaines avec les industries, mais également dans le secteur tertiaire qui se développe considérablement. Un exode rural renforcé par la démocratisation de l’automobile et l’apparition des centres commerciaux en périphérie des villes. Si la plupart des villages perdent leur attractivité et leurs habitants, certains vont muter, comme nous l’explique Mathieu Gigot, maître de conférences en urbanisme à l’université de Paris « Un tournant va apparaitre au début des années 1980, avec la poursuite de la décentralisation des compétences de l’État aux collectivités territoriales. Les villages, en fonction de leur proximité avec Tours et des voies de transport rapide, comme la ligne TGV, vont devenir un lieu résidentiel à l’image de Montlouis ou la Ville-aux-Dames. » Des villages qui se transforment en ville dortoir. On y observe l’apparition de nouveaux quartiers, de zones commerciales et d’une nouvelle population dont la vie professionnelle et les habitudes de consommation s’ancrent davantage vers les grands axes urbains que vers ces anciens villages. 

Renouveau

Depuis une quinzaine d’années, le monde rural et ses villages connaissaient un important regain d’intérêt, principalement pour les habitants des grandes villes généralement lassées par un cadre de vie qui ne leur convient plus. Une sorte d’exode urbain et de renaissance des campagnes. « Cela concerne des urbains qui généralement ont connu une bonne situation professionnelle au cours de leur carrière, mais qui cherche à changer de vie ou de cadre de vie. Tous ne vont pas se reconvertir dans des métiers agricoles, beaucoup viennent également s’installer à la campagne grâce au télétravail, mais ils cherchent surtout à découvrir ou à redécouvrir la ruralité au quotidien. Avec souvent en tête une sorte de fantasme, une image d’Épinal », nous indique Mathieu Gigot.

Devant cette nouvelle tendance, les politiques locales mettent tout en œuvre pour attirer cette nouvelle population. Mise en place de ruches d’entreprises, d’aides financières pour les entrepreneurs, d’un haut débit internet, d’AMAP, d’épicerie locale et bio, de fêtes locales… le village devient un enjeu de société. 

Pour Mathieu Gigot, « les collectivités cherchent à offrir tout un ensemble de services dont la cible concerne principalement les urbains, plutôt aisés, et leurs méthodes de consommation revendiquée ou souhaitée ». Ce renouveau entraine une concurrence entre les villages. Pour se démarquer, les maires s’attèlent logiquement à rénover leur bourg, avec par exemple l’installation de pavés, d’aménagements fleuris ou bien encore d’un nouveau système d’éclairage. « Il y a de la concurrence surtout entre certains villages. Le village courtisé aujourd’hui est surtout celui qui fait figure de carte postale de la Touraine : généralement situé dans les vallées du Cher ou de la Loire, où le tuffeau est mis en valeur sans oublier la présence de vignes aux alentours », complète Mathieu Gigot. Le village s’embourgeoiserait-il ? C’est possible selon lui. « Tout dépendra des politiques locales. Il faudra voir sur le moyen terme quel terme d’action sera mis en place pour attirer une population moins aisée dans ces villages. Il faut bien noter que ce nouvel engouement concerne principalement un type de village particulier comme nous l’avons évoqué. L’autre problématique concerne les autres, ceux qui sont plus agricoles et davantage éloignés des villes et des vallées. J’ai en tête, deux exemples de villages, dans ce type de profil, qui ont su tirer leur épingle du jeu depuis plusieurs décennies, Montrésor et Chédigny. Grâce à d’importantes politiques d’aménagement de leur territoire et de leur histoire, ils ont su mobiliser leur population afin que chacun contribue à embellir leur lieu de vie pour ainsi créer une véritable identité. Ce sont aujourd’hui deux villages reconnus pour leur cadre de vie. Alors bien sûr, il y a eu l’aide des collectivités et des labels de promotion, mais tout cela est dû à un projet d’embellissement bien construit. »

Ceux qui s’en sortent le mieux seraient donc les villages volontaristes, en capacité de proposer un cadre de vie mais aussi des services. C’est ce que confirme les études sorties à l’issue des confinements successifs liés à la crise du Covid-19. Au printemps 2021, selon une enquête de l’IFOP près de 20% des Français se disaient prêts à quitter la ville pour la campagne. 92% des interrogés considéraient également que les « territoires ruraux étaient agréables à vivre », contre 72 % seulement en 2018 pour la même question. Parmi les freins restants, Environ 44 % des sondés estimaient que « le manque de commerces et de services restait l’une des principales faiblesses du monde rural. » 

A l’échelon de l’Indre-et-Loire, Vincent Briand, responsable d’agences immobilières à Tours, président départemental de la FNAIM, pointait les mêmes problématiques au printemps dernier : « Les gens aspirent à un peu plus de vert et d’extérieurs. Cela dit ce n’est pas massif, on n’observe pas de ruée vers la campagne. Beaucoup de gens continuent d’avoir besoin d’une proximité avec la ville, notamment pour les transports et les services. » En revanche, ce dernier percevait « un regain d’intérêt pour des communes plus éloignées avec une augmentation des demandes pour habiter à 15-30km de Tours. »

Une demande qui proviendrait surtout des familles urbaines, actives, souhaitant faire grandir les enfants dans plus d’espaces et de verdure, mais tout en recherchant des facilités pour le quotidien : « L’une des batailles des mairies pour que leur commune reste attractive et se développe c’est de ne pas fermer les écoles » analyse ainsi Matthieu Gigot. L’école : plus qu’un symbole d’avenir et d’attractivité, mais aussi un excellent moyen de créer du lien social également, un autre enjeu de la vie des villages…

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