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La chaîne de l’espoir, une association qui a du coeur

Depuis tout petit, Ibrahim souffre d’une malformation cardiaque qui l’handicape au quotidien. Arrivé à Tours il y a une dizaine de jour, l’enfant a été opéré et devrait repartir dans les jours à venir dans sa famille d’accueil tourangelle. Il sera suivi pendant deux mois par l’équipe médicale de Clocheville.  

Ibrahim est le sixième enfant à se faire opérer en Touraine grâce à La Chaîne de l’Espoir. Cette association française oeuvre pour apporter des soins aux enfants démunis qui n’y ont pas accès. Créée en 1994 par le Pr Alain Deloche, l’association compte quatre vingt neuf enfants opérés en France et 5000 par an dans le monde. Chirurgiens, médecins, bénévoles, familles d’accueil, et donateurs sont autant de maillons sans qui la chaîne ne pourrait exister.

Parmi eux, le docteur Paul Neville responsable médical de l’unité de chirurgie des cardiopathies congénitales du CHRU de Tours. Il y a quelques années, le chirurgien est parti en mission à Komo, au Sénégal, pour former une équipe médicale. A la suite de celle-ci et au vu de son investissement, le Professeur Alain Deloche a proposé au chirurgien de créer une antenne à Tours. De part son réseau, Paul Neville a accepté et s’est lancé dans l’aventure entouré d’un noyau dur. L’antenne de Tours a officiellement vu le jour en février dernier.

Un relais de solidarité

Comment ça se passe ? L’enfant est d’abord diagnostiqué dans son pays natal puis son dossier  médical est envoyé au CHRU de Tours avec lequel l’association a signé une convention. Une fois le dossier accepté, la venue de l’enfant est programmée et toute une équipe se met en place.

Coach de vie au quotidien, Florence Peraud s’occupe de la coordination de l’antenne locale. Elle a dû trouver une famille d’accueil à même de pouvoir recevoir Ibrahim pour une durée de 2 mois minimum. C’est une mission quotidienne puisque la famille d’accueil doit être disponible tout le temps, avoir les moyens de nourrir et loger le petit garçon et de l’accompagner dans ses aller-retour à l’hôpital. Mais sa mission ne s’arrête pas là. Florence Peraud fait également le lien entre l’équipe médicale, le bureau national de l’association, voire la famille de l’enfant restée sur place. 

« J’ai un rôle bien précis mais dans la réalité, nous formons un duo avec Paul Neville »

Le Docteur Neville est le référent médical. Il s’occupe de la validation du diagnostic, de l’opération, et du suivi de l’enfant tout au long de son séjour. « Une opération, ce n’est pas qu’un chirurgien, c’est tout une équipe ». Avec lui et également engagés auprès de la Chaine de l’Espoir, perfusionniste, cardiologue, et réanimateur se coordonnent pour soigner le jeune Ibrahim. Après l’opération, le petit sera en convalescence pendant plusieurs semaines chez Marie-Claude et Alain Andreault. Ce couple de retraités accueille un enfant pour la première fois et souhaite « permettre à Ibrahim de repartir chez lui avec un coeur en forme et des étoiles plein les yeux ». 

L’opération

Nous arrivons dans les couloirs de l’hôpital Clocheville pour assister à la consultation pré-opératoire. Le docteur Neville reçoit l’enfant et sa famille d’accueil et va leur annoncer une mauvaise nouvelle : « l’enfant ne sera pas opéré demain comme prévu. Nous devons refaire le diagnostic, il a une malformation plus grave que celle qui était inscrite sur son dossier ». Dans la pièce, silence radio.

Quelques jours plus tard, le diagnostic final est posé : l’enfant est atteint d’une APSO de type I. Autrement dit, le ventricule droit de son coeur n’est pas relié correctement à l’artère pulmonaire et les ventricules droit et gauche communiquent alors qu’ils ne devraient pas. Les sangs oxygéné et désoxygéné se mélangent. Par conséquent, celui envoyé aux organes est bleu (pauvre en oxygène). 

Nous enfilons notre tenue de bloc, la blouse, le pantalon, le masque… Et entrons dans la salle où toute une équipe s’affaire à préparer l’intervention. Pour soigner la malformation, une équipe de neuf personnes, dont le docteur Neville, va oeuvrer pendant près de 8 heures au bloc opératoire.

« J’ai refais un arbre pulmonaire, un tronc de l’artère pulmonaire en mettant un tube puis j’ai fermé la communication entre les deux ventricules à l’aide d’un patch »  explique le chirurgien.

Depuis, Ibrahim est en réanimation. Si tout se passe bien, l’enfant devrait être réveillé en douceur en fin de semaine puis retrouver la maison de sa famille d’accueil où il sera en convalescence pendant deux mois. L’opération aura coûté 12000 euros à l’association uniquement financée par des dons. 

Une opération qui n’aurait pas été possible au Mali, par manque de structure et de moyens. Aujourd’hui, l’espoir revient pour le plus grand bonheur de ceux qui l’entourent. Restons tout de même prudent, mais sans être sorti d’affaire nous pouvons dire qu’il est sur le bon chemin.

Pour Florence Peraud, cet engagement dans la chaîne de l’espoir s’apparent à « une mission de vie durant laquelle elle et l’équipe partage leurs compétences pour être utiles à l’autre ». Le docteur Neville rêve quant-à lui de faire un tour du monde en bateau équipé d’un bloc opératoire, mais en attendant il se rendra au Mali en septembre pour inaugurer un tout nouvel hôpital.

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