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La belle histoire de la médaille de Saint-Martin de Tours



Saint-Martin de Tours figure parmi les saints les plus connus. Né en 316 de notre ère, on en retient essentiellement l’icône de “La charité de Saint-Martin”, image de ce légionnaire fendant son manteau rouge d’un coup d’épée pour le partager avec un mendiant. A Tours, le religieux a une basilique à son nom et les hommages qui lui sont rendus sont fréquents, jusque dans l’artisanat.

L’image du Saint, cachée dans l’ombre de la Tour de l’Horloge sous la forme d’un vitrail, orne discrètement la boutique de joaillerie Lecerf père et fils. Vestige de la première basilique qui lui fut consacrée, le second étage de cette tour est le lieu de travail de Jean-Baptiste Lecerf. Un personnage singulier qui s’est mis en tête de perpétuer les valeurs du geste de partage du célèbre saint, à travers la médaille de Saint-Martin, qu’il propose dans sa boutique, à côté des créations de son père. 

Plus précieuses que l’or, les valeurs

La médaille de Saint-Martin, c’est une petite amande d’or ou d’argent. Jean-Baptiste la chauffe sous son chalumeau, l’insère dans une matrice, puis lance de toutes ses forces le balancier d’une presse datant du XIIIème siècle. La pression phénoménale frappe le métal à froid, et imprime à jamais cette scène connue de tous. Le résultat de ce processus lent et manuel, aux gestes aussi séculaires que le lieu qui voit naître les médailles, c’est un petit bijou simple, sans artifice, discret.

Un jeune homme de 23 ans qui passe une partie de son temps dans un tour à répéter des gestes centenaires, à l’heure où beaucoup écument les bancs de la fac et les terrasses de la Place Plumereau avec une assiduité égale. Mais qu’est ce qui peut bien pousser cet agnostique à s’intéresser à un légionnaire religieux, né il y a 17 siècles, et à faire commerce de bondieuseries ? A vendre des bijoux dans une ancienne basilique, ne serait-ce pas un simple marchand du temple ? Non, pour Jean-Baptiste, ce bijou qu’il fabrique est plus précieux par les valeurs qu’il transmet que par sa valeur marchande.

Des expériences qui forgent la médaille comme l’homme

Une réflexion qui n’est venue qu’avec l’expérience, celle des premiers pas dans la vie de cet affectif revendiqué. “Depuis petit j’étais plutôt privilégié, mais je ne savais pas du tout où j’allais. C’était un peu difficile d’être le fils Lecerf. J’ai eu une scolarité difficile, et j’ai compris assez vite qu’il fallait emprunter un autre chemin que les autres” note Jean-Baptiste. 

En effet, cancre assumé, il quitte l’école dès 17 ans. Routard précoce, il fait son baluchon et part découvrir l’Australie et Melbourne, sans vraiment parler anglais. Là- bas, sans expérience, sans compétence particulière, il fait feu de tout bois, essaie, rate, apprend, se passionne. D’abord comme stagiaire d’une société de communication, puis vendeur de cheminées haut de gamme, mais aussi assistant d’un champion du monde de vélo. Une forme de voyage initiatique qui lui fera découvrir pêle-mêle, comment on peut travailler, apprendre et s’amuser en même temps, chose que le système scolaire français ne lui a pas appris. Jean-Baptiste s’en amuse : “En Australie, tu peux croiser ton banquier qui sort de son bureau en short de bain, planche de surf sous le bras, qui fonce à la plage. Ce mélange de sérieux et de cool m’a marqué”. Une atmosphère qui lui permet de comprendre aussi que l’on ne peut fonctionner que dans la collaboration, le partage, sans jugement hâtif sur autrui. Jean-Baptiste comprend alors que si l’on doit tracer sa route seul, on a besoin de personnes qui vous indiquent le chemin. Une première expérience qui permet à ce grand timide de s’ouvrir à autrui.

Alors à peine rentré de son voyage, une nouvelle expérience marque Jean-Baptiste. Sa famille accueille un jeune Libanais qui doit subir une double greffe. Le jeune Nader et sa famille, chrétiens maronites, sont hébergés plusieurs semaines, le temps d’une opération chirurgicale en France. Une nouvelle occasion de voir le monde sous un autre angle pour Jean-Baptiste. “Pourtant gravement malade, Nader était un exemple de joie de vivre, qui donnait du bonheur aux autres, riait à toute occasion. Cela m’a permis de relativiser mes tourments, de prendre du recul, de comprendre l’importance de vivre pleinement” indique Jean-Baptiste. “Pourtant peu porté sur la religion, je me suis ouvert à la spiritualité lorsque chaque soir j’entendais la mère de Nader prier pour la santé de son fils.”

Des expériences fortes qui l’ont poussé précocement à se poser la question de la finalité de son métier. Aujourd’hui, Jean-Baptiste a appris d’autrui : l’importance d’écouter, d’aider, de tendre la main. Il nourrit maintenant des aspirations plus élevées que la simple vente de bijoux. Comme la génération dont il est issu, il veut allier profession et aspirations, travail et sens. 

Le partage, la solidarité, l’humanité, ces trois valeurs fondamentales fondent la démarche du jeune joaillier. Ces valeurs, il en fait le cœur de son métier. Pour lui, le métal n’est qu’un support pour exprimer ses sentiments, affirmer ses valeurs ou faire passer un message. 

Un joaillier qui amène sa petite pierre

Alors chaque jour, il travaille à faire connaître la symbolique de Saint-Martin à tous et  prône une ouverture vers l’autre qui est une forme d’œcuménisme, pour cet homme imprégné de spiritualité. 

Acte fondateur, pour les premières frappes de la médaille, Jean-Baptiste et Emmanuel Lecerf on eu l’idée d’inviter un imam, un rabbin et un prêtre. Il faut croire qu’il ont été “entendus” depuis, car chrétiens, musulmans, juifs se reconnaissent dans le symbole de Saint-Martin et viennent acheter des médailles. 

“La médaille de Saint-Martin, je veux que cela rappelle à chacun que ce monde n’est pas que individualisme et conflit. Celui qui la porte, au sens littéral comme symbolique, affiche ses valeurs vers l’autre. Partager, s’écouter, rester solidaire, c’est ça qui fera le monde demain” indique avec force Jean-Baptiste. “Pour autant, je ne suis pas naïf, c’est bien beau les messages d’espoir, mais il faut du concret, c’est pour ça que les médailles aident à financer des associations des associations chaque année” complète-t-il. 

C’est ainsi que l’or de la médaille de Saint-Martin se transforme chaque année en un trésor partagé, apportant de l’aide à des associations. Sur le plan national par exemple avec Joséphine, salon de coiffure installé à Paris dans le quartier Barbès, qui donne des soins de beauté et maquille des femmes en situation précaire, pour les aider à retrouver estime de soi et dignité. Bien plus loin, la médaille de Saint-Martin a financé l’association Eau Solidarité Laos installant des points d’eau dans des villages au Laos, distribuant des produits de premières nécessité.

“Ce sont mes expériences un peu précoces qui m’ont forgé, et aujourd’hui, alors que je commence à peine ma vie professionnelle, je ne conçois mon métier qu’avec des valeurs fortes. Ça ne sert à rien de faire des choses si on ne peut les partager. Alors la médaille de Saint-Martin me permet d’apporter ma petite pierre” observe Jean-Baptiste.