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[Journal de bord #5] Cinq semaines de confinement en Touraine : « L’équivalent d’une année de congés payés »

 

Ces temps-ci, le coronavirus occupe toute l’actualité. Quand on ne parle pas directement des conséquences sanitaires du Covid-19, on évoque son impact économique, social, culturel ou sportif. Tout ça dans une ambiance particulière : celle d’une Touraine confinée. Voici le 5e épisode du journal de bord de la rédaction de 37 degrés.

Lundi 13 avril, c’est un jour férié. Pour les personnes qui ne travaillent plus depuis le début du confinement, c’est un jour comme les autres. Canapé, repas, canapé, un peu de mouvements, canapé, un peu de mouvements, sieste, canapé, repas, canapé, sieste, collation, sieste, canapé, un peu de mouvements, canapé, repas, canapé, dodo. Une vie de chat, en fait.

Mardi 14 avril, on sait désormais qu’il reste 4 semaines avant que le bruit recommence progressivement à envahir nos vies. Ou que le prix des appartements avec balcon flambe encore un peu plus qu’auparavant, sans même parler des maisons avec jardin. D’ailleurs l’article d’un journal économique nous apprend que Tours va faire partie des bons plans pour un investissement immobilier post-confinement. Vous pensiez que le capitalisme ou la spéculation ne survivraient pas au coronavirus ? Raté !

Mercredi 15 avril, il parait que s’ennuyer c’est bon pour l’équilibre du corps et des émotions. Mais comment savoir à partir de quel moment on s’ennuie ? Quels sont les symptômes ? Quelle est la posologie ? Une séance d’ennui matin, midi et soir pendant un mois ? C’est remboursé par la sécu ? Ça y est, on parle comme les hypocondriaques…

Jeudi 16 avril, y’a plus de pâtes dans le placard mais il reste encore cette boîte de pêches au sirop, cette boîte de tomates pelées, cette boîte d’ananas en tranches, cette boîte de houmous pâteux, cette boîte de thon industriel… Toutes ces boîtes qui sont déjà là depuis des mois voire des années et qui risquent d’être encore là après le confinement. Les ouvrir sera le signe que, vraiment, ça ne va pas. En attendant, voyons donc ce qu’on peut faire avec du concombre, de la betterave et un reste de bouteille de lait…

Vendredi 17 avril, il a donc fallu attendre la mort du chanteur Christophe pour qu’un autre sujet fasse la Une des JT. Les nécrologies précisent que l’artiste est mort d’une pneumonie sans lien avec le Covid-19. Oui, en ce moment en France on meurt encore d’autres choses que du coronavirus, d’ailleurs à ce sujet, certains personnels hospitaliers s’inquiètent de la baisse des fréquentation aux Urgences et craignent que de nombreux malades atteints de pathologies n’osent plus fréquenter l’hôpital, de peur du virus, avec les conséquences désastreuses en terme de santé que cela pourrait avoir.

Samedi 18 avril, il fait chaud comme un jour d’été. Sur Internet, les photos des doigts de pied en éventail au milieu du sable face à la mer ont été remplacées par les vues panoramiques depuis le balcon (souvent au moment du coucher de soleil). Si depuis ta fenêtre tu ne vois que des immeubles gris, un boulevard vide et les contours d’une zone industrielle, de tels clichés sont aussi agaçants qu’un débat de chaîne info sur la chloroquine/la stratégie de déconfinement/« Le monde d’après ». Eteins la télé et regarde donc des vidéos de pangolins :

 

Dimanche 19 avril, on termine gentiment cette cinquième semaine de confinement, période désormais équivalente à une année entière de congés payés. Ne pas se plaindre. Ne pas se lamenter. Ne pas marronner. Ne pas maugréer. Chaque année des millions de personnes passent ces périodes de pauses chez elles, sans la possibilité de s’évader. Combien sont-ils, combien sont-elles, à vivre des semaines, des mois, des années, sans dépasser les abords immédiats de leur domicile ? Ces confinements subis qui, jusqu’ici, ne disaient pas leur nom. Ne pas oublier que dans de nombreux endroits du monde, se rendre à 15km de chez soi est un dépaysement insoupçonnable. C’est une responsable associative qui nous en avait fait prendre conscience. Et 15km, c’est la longueur de notre ligne de tramway.

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