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[HistLoire] Des ateliers de réparation au technicentre de Saint-Pierre-des-Corps

HistLoire, c’est une chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, replongeons nous dans l’histoire du technicentre de la SNCF.

L’histoire du technicentre SNCF de Saint-Pierre-des-Corps est intimement lié à celle de la commune corpopétrussienne. Une histoire riche et mouvementée, reflet de celle du XXe siècle.

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C’est en 1910, alors que le chemin de fer français en plein expansion est encore segmenté en différentes entreprises privées, que naissent les ateliers PO, du nom de la Compagnie des Chemins de Fer Paris – Orléans. La construction de ces ateliers est alors pensée pour l’entretien du matériel roulant de la compagnie ferroviaire. A peine terminés en 1914, les ateliers vont passer sous emprise militaire avec le début de la 1ere Guerre Mondiale. A partir de 1917, ils serviront même à l’armée américaine qui a fait de Tours sa base arrière.

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A la fin de la guerre, les activités ferroviaires civiles reprennent leur droit et dans un contexte de forte syndicalisation, les cheminots font entendre leurs revendications pour une nationalisation des chemins de fer, alors que les ateliers de Saint-Pierre-des-Corps ont été concédés en 1919 à la Compagnie Générale de construction et d’entretien du matériel de chemin de fer (CGCEM) dirigée par Emile Rimailho.

Les revendications des ouvriers se manifestent par des grèves en janvier et février 1920 puis surtout en mai de la même année. Cette dernière grève va marquer durablement la commune de Saint-Pierre-des-Corps par son ampleur mais surtout par la répression qui suivra. Cette grève sera en effet durement réprimée avec 2000 licenciés sur les installations de Tours-Saint Pierre. Les licenciés seront même placés sur des listes « interdits d’embauche ».

Les ateliers CGCEM vont alors embaucher une nouvelle main d’œuvre dont des ouvriers venant des pays de l’Est (Russes, Tchécoslovaques et Polonais). En 1930 avec plus de 2000 employés les ateliers CGCEM constituent une des premières entreprises locales.

Devenus ateliers CIMT en 1936 (Compagnie Industrielle de Matériel de Transport), les ateliers vont devenir une exception au sein du chemin de fer français. En effet, alors que la SNCF est créée en 1938, les employés de Saint-Pierre-des-Corps se voient exclus du nouveau statut de cheminot et restent salariés du privé.

Une anomalie qui ne sera corrigée que des décennies plus tard après une lutte des « salariés Cadoux », du nom de l’entreprise qui récupéra la gestion des ateliers dans les années 60.

6 ans de lutte pour intégrer la SNCF

A partir de 1977, afin de garantir leurs emplois et l’activité des ateliers, les salariés vont en effet lutter pour être intégrés au sein de la SNCF. L’idée, soutenue par la mairie de Saint-Pierre-des-Corps, va faire son chemin et entraîner quasiment 6 ans de lutte parfois difficile. Ainsi en 1979, pour avoir organisé des portes-ouvertes des ateliers sans accord de l’entreprise, 55 salariés sont sanctionnés et écopent de jours de mise à pied, tandis que 4 d’entre eux, principalement des représentants syndicaux, sont assignés en justice. Le procès qui se déroule en décembre 1979 va connaître un écho favorable dans l’opinion publique et finalement si les 4 personnes poursuivies ne sont pas relaxées, le tribunal se montre clément, reconnaissant notamment qu’ils ont agi pour l’intérêt de l’entreprise.

Il faudra attendre 1982 pour que la lutte aboutisse. Cette année là, le ministre des transports Charles Fiterman demande à la SNCF de réintégrer les salariés Cadoux et de récupérer la gestion des ateliers de réparation. Ce sera chose faite le 03 janvier 1983 jour où les plus de 600 employés des ateliers deviennent cheminots. Une victoire pour les salariés et un sentiment de réhabilitation, plus de 60 ans après la grande grève de 1920.


Extrait du documentaire « Rue des ateliers » sur la lutte des Cadoux, réalisé par Sans Canal Fixe (2003) :

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