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Gilets jaunes : une évolution du mouvement inquiétante ?

Bien que que les ronds-points occupés, symboles du mouvement et qui constituaient des bases pendant la semaine,ont été libérés pendant la période de fêtes, le mouvement des « Gilets jaunes » continue de surprendre son monde, en réussissant samedi après samedi à rassembler plusieurs milliers de personnes en France. Samedi dernier, à Tours comme ailleurs, ils étaient plus nombreux même que les deux samedis précédents.

Certes moins nombreux qu’au début de la mobilisation le 17 novembre dernier, les « Gilets jaunes » encore présents, montrent que le mouvement ne s’essouffle finalement pas et que leur capacité d’action reste importante. Des « Gilets jaunes » qui malgré l’instauration du Grand Débat, malgré les déclarations d’Emmanuel Macron le mois dernier, ne se sentent toujours pas écoutés et compris et qui au fur et à mesure des semaines durcissent le mouvement dans leurs attitudes et leurs discours.

Un mouvement dépassé par une minorité radicale ?

Dire qu’il y a une part de populisme dans ce mouvement, renforcée par une récupération politique, notamment de l’extrême droite, est un fait, en témoigne la multiplicité grandissante de slogans ou discours allant dans ce sens. Cependant, il faut se garder également de réduire le mouvement des « Gilets jaunes » à cette seule partie inquiétante et dangereuse. Si nous avons été témoins de propos racistes, de propos complotistes, d’autres appelant à « faire tomber le régime », « à lyncher les collabos de journalistes », à « tuer des flics »… ils ont surtout été le lot d’une minorité la plus virulente, celle souhaitant clairement créer le désordre.

Feu allumé par des manifestants en marge de la manifestation du 05 janvier à Tours. (c) Pascal Montagne

Une minorité malgré tout de plus en plus visible et rejoint par une partie des « Gilets jaunes » se prônant pacifistes au départ. « A force de se faire gazer, on devient plus radical » nous disait ainsi gilet jaune croisé samedi 29 décembre à Tours. Une radicalité grandissante due également au fait que les scènes de chaos ici ou là, font également parler de la contestation, malgré un nombre de manifestants qui reste faible en comparaison aux traditionnels conflits sociaux menés par les syndicats ces dernières années. 50 000 ce samedi 05 janvier, là où les dernières manifestations syndicales à l’automne en réunissaient presque 10 fois plus. Pourtant, les « Gilets jaunes » ont réussi à faire céder le gouvernement sur plusieurs points, ce sont d’ailleurs les seuls à l’avoir fait. De quoi les conforter dans leurs actions, même si les incidents répétés semaine après semaine semblent à l’inverse diviser de plus en plus les Français sur ce mouvement.

Un mouvement pas conceptualisé.

Mais nous l’avons dit, il serait réducteur de ne regarder que cette face virulente et dangereuse et la majorité des « Gilets jaunes » que nous avons croisé lors des derniers rassemblements, restent souvent des citoyens cassés par un quotidien souvent difficile. Des citoyens qui ont finalement autant de revendications qu’il y a d’individus, le mouvement des « Gilets jaunes » n’étant encore que faiblement conceptualisé dans ses revendications, si ce n’est les mots d’ordre de lutte contre l’injustice fiscale et une volonté de plus de démocratie directe, notamment via le Référendum d’Initiative Citoyenne, que beaucoup disent souhaiter mais sans pouvoir le définir exactement cependant.

05 janvier 2019 à Tours. (c) Pascal Montagne

Mais cette absence de conceptualisation et l’aspect encore brouillon d’un mouvement qui reste jeune et plutôt vierge en expérience de luttes, ne doit pas conduire à le regarder de haut avec mépris. Ce serait un terrible échec. Car derrière l’image d’un mouvement qui se caricature sous l’influence d’activistes minoritaires, c’est un malaise profond qui continue d’être exprimé, et derrière ce malaise, revient la question de la nécessité de réforme globale et majeure de notre système démocratique.

Ce n’est qu’à ce prix que la paix sociale pourra revenir à court-terme mais surtout à moyen et long terme. L’expression du mouvement des « Gilets jaunes » n’étant finalement que le prolongement des alertes successives aux différentes élections ces dernières années, avec un nombre toujours plus important de citoyens qui tournent le dos aux urnes et ne se reconnaissent plus dans le système républicain actuel. C’est ce même malaise qui s’exprime aujourd’hui au grand jour et il serait dramatique de ne pas y répondre et de laisser les courants extrémistes surfer dessus. Sous peine de tomber dans une période beaucoup plus sombre encore.

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