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Gilets Jaunes : un mouvement à la croisée des chemins

Pour le 14e samedi de suite, ils ont défilé dans le centre-ville de Tours. Trois mois que le mouvement des « Gilets jaunes » a débuté et les manifestants retournent chaque samedi dans le centre-ville de Tours. Certes on pourrait voir un essoufflement du mouvement, avec environ 500 manifestants ce dernier samedi, un chiffre qui décroit chaque week-end depuis 3 semaines, mais pourtant pour beaucoup, la motivation reste de mise.

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Pour les « Gilets jaunes », le rendez-vous du samedi reste primordial. « C’est devenu un symbole de la contestation contre l’Etat » reconnaît un manifestant, « les réactions des policiers les premiers samedis ont fait que pour beaucoup c’est devenu le symbole de la résistance » poursuit un autre. Comme un défi donc face à un Etat source de tous les maux pour beaucoup et une forme de défiance réaffirmée chaque samedi. Une forme de provocation également comme en témoigne le passage, une nouvelle fois, aux abords du commissariat de la rue Marceau, à quelques mètres à peine du cordon de gendarmes mobiles présents pour protéger les lieux. « Ils veulent nous rendre invisibles, c’est une façon de leur montrer qu’on reste déterminés » explique Paul, qui revendique 14 manifestations au compteur depuis le 17 novembre. Ce samedi, ce passage devant le commissariat se fait dans le calme, sans affrontements, le cortège prenant la direction des Halles, avant un retour place Jean Jaurès puis place de la Liberté.

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La veille en assemblée générale à Joué-lès-Tours, les quelques soixante-dix personnes présentes, avaient échangé, débattu et se sont frictionnées sur la suite à donner au mouvement, mais aussi sur son fonctionnement propre. Parmi les présents : certains des « Gilets jaunes » de la première heure, des administrateurs des groupes facebook du mouvement en Touraine, mais aussi des membres de syndicats bien connus des mouvements sociaux, dont certains du syndicat Solidaires, le seul véritablement à avoir rejoint le mouvement des « Gilets jaunes », là où la CGT est restée en retrait, si ce n’est par des initiatives individuelles de certains de ses membres.

Une partie du mouvement se structure ainsi autour de ces assemblées générales, devenues lieux de discussions pour les plus impliqués d’entre eux. « Il y a quelques mois, beaucoup de Gilets jaunes n’étaient pas du tout politisés et pour les syndicats cela aurait été impossible de leur parler, là en trois mois on voit des formes de conscience politique naître, ils apprennent les fonctionnements des luttes, parfois avec naïveté mais c’est normal » explique un « gilet jaune », membre par ailleurs de la CGT.

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Pour autant, le mouvement reste nébuleux, diffus, et pour beaucoup de « gilets jaunes »  les discussions des AG sont bien loin de leurs préoccupations. Ce samedi, place de la Liberté, plusieurs échanges plus ou moins tendus ont eu lieu entre ceux qui ont suivi la décision de l’AG de la veille de mener une action à un péage autoroutier et ceux souhaitant rester manifester en centre-ville. En toile de fond on retrouve le principal problème du mouvement des « Gilets Jaunes » : un manque de communication et de coordination et parfois le sentiment de se voir « récupérer » par des membres plus influents que d’autres. Dès le samedi soir sur les différents groupes de « Gilets jaunes » d’Indre-et-Loire présents sur Facebook, certains affichaient leur mécontentement. « J’ai fait garder ma fille pour une demi-heure de manifestation » dit une « Gilet Jaune ». « C’est la dernière fois que je viens, ça ne ressemble plus à rien » répond un autre. « Que tous les groupes se mettent d’accord et laissent les egos de côté » lit-on par ailleurs.

« C’est un peu le premier qui parle qui a raison » reconnaît encore un des habitués des assemblées générales. Des AG critiquées sur certains groupes Facebook de « Gilets jaunes », qui sont autant de multiples canaux et réseaux propres ayant leur influence propre. Un signe là-encore d’un mouvement inédit et original mais qui peine à se fédérer comme entité propre.

Mais si elles sont critiquées, les AG sont aussi un espace qui permet aux « Gilets jaunes » d’échanger en vrai. Depuis l’abandon des ronds-points à la fin du mois de décembre, ces espaces se sont faits plus rares. C’est aussi pourquoi, les discussions tournent désormais sur un changement de virage du mouvement. Après les manifestations du samedi il est désormais question de changer de mode opérationnel avec des actions plus ciblées, de blocage ou d’occupation de l’espace public. Ce samedi ce fut le cas au péage de Veigné, en fin d’après-midi (photo ci-dessus). Une petite action que certains appellent à se multiplier en plus grand nombre. Alors que le mouvement semble de moins en moins suivi par l’opinion publique, l’enjeu est de taille pour les « Gilets jaunes », avec en ligne de mire la poursuite d’un mouvement qui malgré son maintien depuis trois mois, a besoin d’un nouveau souffle s’il veut perdurer et peser véritablement.

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