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Gestion des déchets : un enjeu primordial pour l’avenir

Vice-président de Tours Métropole délégué à la Collecte et à la vie circulaire des déchets, depuis juillet 2020, Martin Cohen a hérité d’une délégation aux enjeux importants : entre un nouveau centre de tri à Parçay-Meslay, l’obligation de trouver une solution à la gestion des déchets ordinaires ou encore la nécessaire réduction du volume des déchets…

Martin Cohen

Avec 85 000 tonnes gérés chaque année sur son seul site de la Grange David (déchets ordinaires et triés), auxquels il faut ajouter tout le travail réalisé en déchetteries (environ 20 000 tonnes par an), la question des déchets est loin d’être une compétence anodine de Tours Métropole. Utile au quotidien des habitants, impactant sur la politique générale, par les coûts engendrés ou encore les recherches de nouvelles solutions nécessaires et indispensables pour l’avenir, la gestion des déchets est en effet un sujet majeur. Martin Cohen s’en est rapidement rendu compte. Elu depuis juillet 2020 au sein de la majorité d’Emmanuel Denis à la ville de Tours, ce dernier est devenu par la même occasion élu métropolitain et s’est vu attribuer cette délégation pour laquelle il a rapidement du trouver ses marques, devant faire face notamment à l’épineuse problématique de la gestion des ordures ménagères.

Ordures ménagères : l’obligation de trouver une solution rapidement

Depuis 2018, Tours Métropole est en effet dans une impasse suite à l’arrêt du projet d’UVOM (Usine de Valorisation des Ordures Ménagères), initialement prévue sur la commune de Mettray puis abandonnée. Seul hic, sans solution alternative, Tours Métropole continue d’envoyer ses déchets non recyclables dans les sites d’enfouissement de Sonzay ou Chanceaux-près-Loches, tous deux condamnés à la fermeture d’ici 2029 et 2024. Un premier souci environnemental évident doublé par de nouvelles obligations étatiques imposant des solutions plus vertueuses qui engendrent de facto une hausse des taxes pour la collectivité. Lors du premier budget du mandat, les élus de la métropole ont ainsi voté l’augmentation de la taxe des ordures ménagères pour les ménages, d’environ 35 euros sur l’année 2021. Une augmentation justifiée par la hausse de la taxe TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes) par l’Etat sur les 5 prochaines années, avec un coût passant de 17 euros en 2020 à 65 euros la tonne en 2025.

Une augmentation qui ne touche pas que la Métropole, il y a une dizaine de jours, tous les présidents des intercommunalités du département ont organisé une conférence de presse, expliquant la problématique générale. Ce qu’il en est sorti c’est l’assurance qu’à tonnage constant, la gestion des déchets va coûter de plus en plus cher en raison de plusieurs facteurs : la hausse des taxes de l’Etat, mais aussi le moindre coût de vente de produits valorisés, la complexification du traitement et du recyclage des déchets… Problème supplémentaire en Indre-et-Loire, nous l’avons dit, aucune solution d’avenir n’était jusque-là sur les rails. Outre les deux sites d’enfouissement condamnés à court terme désormais, seul le Chinonais possède un UVOM, mais lui aussi qui devrait devenir rapidement obsolète, avec une fermeture possible d’ici 5 ans. Une impasse qui coûte cher donc, de laquelle Martin Cohen veut sortir rapidement désormais. « Quand je suis arrivé tout était bloqué en effet, mais La Région et la Métropole avaient lancé une étude en lien avec la Préfecture pour débloquer la situation » explique-t-il aujourd’hui. Une étude afin d’envisager des solutions en prenant en compte les souhaits de la Région justement, dans le cadre du SRADDET (le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) qui fait figure de document cadre sur le sujet et dont la première version de 2019, avait condamné tout nouveau projet en Indre-et-Loire. « Cette étude a permis de comprendre ce que la Région voulait et notamment un centre en capacité de gérer les bio-déchets » se veut néanmoins rassurant Martin Cohen aujourd’hui.

Le choix d’une Unité de Production d’Energie Verte

Lors de la conférence de presse commune aux présidents des intercommunalités, cette solution a d’ailleurs été présentée comme celle qui permettrait de sortir de l’impasse. Il s’agirait non plus d’un UVOM brûlant simplement les déchets (pour schématiser) mais d’un UPEV, c’est-à-dire une Unité de Production d’Energie Verte, d’un investissement de plusieurs de dizaines de millions d’euros (une fourchette de 60-70 millions certainement) qui permettrait de répondre aux contraintes du SRADDET en y intégrant un retraitement des déchets verts mais aussi la transformation des déchets en combustibles pour le chauffage ou encore intégrant une unité de production électrique pour fabriquer de l’hydrogène.

« Il n’y a pas énormément d’outils neufs sur le sujet » explique Martin Cohen qui voit dans cette solution « la moins pire » car permettant « une valorisation énergétique intéressante avec le moins de pollution possible. » Un tel outil qui pourrait être utilisé par toutes les intercommunalités du département permettrait également de garder la gestion des déchets en Indre-et-Loire et éviter de déléguer cela dans d’autres départements avec les coûts et la pollution des transports qui vont avec.

Reste à connaître le volume que pourra traiter ce futur centre. Aujourd’hui, les ordures ménagères non traitées représentent 65 000 tonnes par an sur la métropole. « Je ne souhaite pas d’un outil calibré pour 65 000 tonnes car dans le même temps l’idée est de réduire fortement le nombre de déchets » prévient le vice-président métropolitain.

Pour ce dernier, l’extension des consignes de tri dès janvier 2022 répond à cette volonté, en plus de répondre à une obligation légale.

Le centre de tri de Parçay-Meslay opérationnel dans deux ans et demi

Du côté du tri, Tours Métropole peut se targuer en effet déjà d’une certaine efficacité sur le sujet. Le centre de tri de la Grange David d’une capacité de 20 000 tonnes annuelles, a fait ses preuves et va bénéficier de nouveaux équipements, permettant de trier plus de déchets, en attendant la construction du nouveau centre de tri prévu à Parçay-Meslay à l’horizon fin 2023, début 2024. « Pour le centre de tri nous sommes en toute fin de procédure de marché, d’ici quelques jours nous auront choisi, le prestataire qui construira et exploitera ce site les premières années. »

Un centre de tri d’une nouvelle génération et d’une nouvelle taille puisque construit pour répondre aux besoins de 900 000 habitants de 9 intercommunalités d’Indre-et-Loire mais aussi des départements voisins, regroupés au sein de la SPL (Société Publique Locale) Tri Val de Loire, avec une capacité de 50 000 tonnes annuelles.

« C’est aujourd’hui une nécessité d’avoir des gros centres pour être performants et pouvoir répondre aux investissements importants comme les trieurs optiques » indique Martin Cohen qui entend là encore agir sur le volet préventif et de sensibilisation auprès des habitants pour éviter de voir gonfler le tonnage de déchets chaque année.

La nécessité de réduire les déchets

« Il faut faire comprendre qu’à tonnage constant, le coût de gestion de déchets va forcément augmenter à l’avenir, il convient donc de travailler également sur la réduction des déchets. Car en réduisant d’un quart la production de déchets, on arrivera tout juste à limiter la hausse des prix. » Le mot d’ordre que l’élu souhaite faire passer tient en quelques mots : « Moins jeter et mieux trier ».

Pour arriver à cela, l’élu est persuadé de la nécessité d’agir sur tous les volets à la fois : que ce soit la prévention, la sensibilisation sur le réemploi, l’achat réfléchi, la réduction à la source, l’incitation à l’achat en vrac…

Parmi les idées incitatives de l’élu, il y a la relance du compostage à travers différentes solutions croisées : composteurs individuels pour les habitants en maison, mais aussi compostage collectif quand c’est possible, points d’apports volontaires des déchets verts près des marchés, expérimentation d’électro-composteurs… Autre idée qu’il souhaiterait développer pendant le mandat : le couplage de toutes les déchetteries à une partie ressourcerie-recyclerie…  « De manière générale sur la question des déchets, il faut aller vers la multiplicité des solutions, c’est comme cela qu’on y arrivera et aussi faire de l’accompagnement aux entreprises et aux particuliers » conclue-t-il.

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