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Retrouvez le dossier principal du magazine papier 37° n°7 nommé « VillaJoie »

Que serait la France sans ses campagnes ? Souvent décrites depuis des années comme en déclin, comme des territoires oubliés, les campagnes françaises et de Touraine, retrouvent une vigueur et un intérêt certain de la part d’une partie de la population désireuse de plus de nature et de verdure. Pourtant, loin de l’image d’Epinal que l’on peut s’en faire, et malgré les problématiques réelles, elles n’ont jamais cessé d’être vivantes et d’être animées par des habitants attachées à leur terre, leur village et qui vivent pleinement leur ruralité…

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Fabrice Rondeau est le garde champêtre de Pocé-sur-Cisse depuis 14 ans. Agent technique, policier, animateur animalier, il porte au quotidien ces trois casquettes. Nous l’avons suivi lors de sa tournée. 

Une bouée de sauvetage, une caisse pour recueillir les animaux errants, une autre pour ranger ses divers outils, un panneau d’alerte inondation, des pilots signalétiques, des fiches pédagogiques sur la faune et la flore, son carnet de PV… Fabrice Rondeau nous présente son bureau. Enfin, l’un de ses deux bureaux. Son premier, c’est celui qu’on trouve à l’arrière de sa voiture de fonction avec ce « barda » nécessaire à son activité. Fabrice Rondeau est le garde champêtre de Pocé-sur-Cisse depuis 14 ans. Cette voiture et tout ce qu’elle contient, c’est son outil principal. Celui avec lequel nous allons déambuler pour le suivre dans ses fonctions en cet avant-dernier jour de juillet. Mais avant de prendre la clé des champs, il nous invite à découvrir son deuxième bureau. Celui de « la paperasse », qui se situe au sein de la mairie. Jour de chance, aujourd’hui « il est rangé nous dit-il. C’est ici, généralement le matin, que je m’occupe de toutes les démarches administratives.» Et des démarches, il y en a. Entre les formulaires qu’il doit remplir avant ou après ses différentes interventions, les bons de commande pour le matériel, les devis, les autorisations préfectorales liées aux manifestations… des papiers, il en remplit. Bon, pour lui ce n’est vraiment pas la tâche qu’il préfère. Non, lui ce qu’il préfère, c’est la nature et le bon respect de celle-ci par les habitants de ce village de 1700 habitants. Sa principale mission. 

Le « couteau suisse » du village

« On y va ? ». Allons-y. Direction le hameau Les Fougerets et la D31. Sur cette dernière, en venant d’Amboise, la signalétique interdit de rejoindre directement le hameau sans faire demi-tour au rond-point situé 300 mètres plus loin. Une interdiction qui serait souvent ignorée. Sur le chemin, Fabrice Rondeau commence à nous expliquer une partie de son métier. « Mes missions sont très vastes. Je peux intervenir pour un tapage nocturne, changer une ampoule sur l’éclairage public, un panneau, chasser des espèces nuisibles comme le ragondin… mais également lors d’une inondation, d’un incendie, d’un accident de la route ou la fugue d’un mineur. » Pour ces derniers cas, il travaille en étroite collaboration avec les policiers et les gendarmes. Il se décrit comme le « couteau suisse de la mairie. » Un couteau suisse qui peut également dresser aussi des procès-verbaux. Comme à cette intersection aux Fougerets ou après plusieurs minutes d’attente, le poisson mord à l’hameçon. « Ha, j’en tiens un. Aujourd’hui, exceptionnellement ça ne sera qu’une simple piqûre de rappel. Mais je vais quand même suivre le protocole lié à cette infraction et le procès-verbal qui y fait référence, pour vous montrer comment je procède. » À bien l’observer, lors de cette simulation, Fabrice Rondeau est du genre impressionnant. Il y a la carrure, mais également son gilet pare-balle et une arme qui repose sur la ceinture. « C’est une volonté du maire depuis les attentats de 2015. Mais je ne me suis jamais servi de son arme. Et j’espère ne jamais m’en servir ».

Nous voici repartis à parcourir aussi bien les routes de Pocé-sur-Cisse que les fonctions de Fabrice Rondeau. Parmi ces fonctions, celle sur laquelle nous tombons le plus souvent, c’est la communication. Maintenir un bon relationnel avec les habitants. Souvent c’est par un simple salut de la main, mais parfois il s’arrête quelques minutes afin de prendre des nouvelles. Des nouvelles du citoyen, mais pas seulement. « Entretenir le relationnel c’est primordial pour un garde champêtre. Ça fait partie du métier. Quelque part, ils sont également mes yeux et mes oreilles. Ils m’annoncent, par exemple, lorsqu’un arbre est tombé sur un chemin ou la présence d’un nid de frelons asiatiques dans tel secteur. » Un avantage comme un inconvénient. « Oui, c’est un excellent relais d’informations générales, mais ce n’est pas pour ce motif que je n’ai pas le droit de faire du répressif… Si la poubelle de ma source d’information n’est pas rentrée, il ne sera pas exempté d’une remarque, par exemple. Il faut trouver le bon équilibre, entre le maintien d’un bon rapport et une certaine prise de recul. Dans tous les cas, il faut paraître détendu, c’est important. » 

Après un passage dans la zone artisanale, pour rendre visite à une entreprise de dépannage, afin de « garder le contact aussi avec les partenaires », la suite de la tournée s’oriente vers les bords de Loire de la commune. Sur la route, il nous raconte plusieurs anecdotes. Comme celle où après un cambriolage dans le village, il remarque que le malfrat a laissé tomber de sa poche son portefeuille. L’histoire le fait encore sourire : « Il y a des amateurs partout. » Et puis, il y a également les rencontres insolites. Un canoë en plein milieu d’une route, un âne dans un jardinet d’une zone pavillonnaire. Les moins drôles aussi. Comme ce jour où il découvre un kangourou, échappé d’un particulier, écrasé sur un chemin.

Devant la Loire, il nous présente un autre de ses champs de compétence. Celui sur la veille du bon respect de la faune et de la flore en milieu naturel. En plus de ses contrôles réguliers, Fabrice Rondeau s’organise, une fois par an, une descente sur la Loire pour surveiller la pollution et les braconnages sur les îlots. Il en profite également pour faire des relevés sur plusieurs espèces d’oiseaux. « Peu importe la mission, je me dois d’être constamment sur mes gardes et prévenir, lorsqu’il le faut, les partenaires extérieurs, mais également mon supérieur hiérarchique direct, le Maire, et la population », souligne le titulaire d’un CAP-BEP en production florale. Avertir la population, c’est ce qu’il fait lors d’une inondation, d’une tempête de vent ou un incendie. Et pour le faire, rien de plus simple. « Je parcours la commune en annonçant la nouvelle grâce au mégaphone situé au-dessus de ma voiture ».

Sa devise : « Protéger, servir, écouter »

Notre route se poursuit au hameau de Fourchette. C’est ici qu’un certain Mick Jagger y réside depuis plus de 30 ans.  « En 14 ans, je ne l’ai vu que deux fois. Je surveille surtout à ce qu’on ne l’espionne pas avec des drones. » Et d’ajouter avec humour : « À Pocé, il y a deux stars. Mick Jagger et le garde champêtre. » 

Et ce métier, déjà en fonction dans les champs au 10e siècle pour surveiller les récoltes avant de devenir un corps de garde rural à partir de 1791, comment le voit-il ? « C’est un métier passionnant. En quelques minutes on peut passer du code de la route à celui de l’environnement. C’est une chance également de l’exercer, surtout dans un village comme celui-là où il fait bon vivre. Je cherche à maintenir cette tranquillité. » Aujourd’hui, on compte environ 1 200 gardes champêtres sur le territoire national. Pour le policier rural, « c’est un bénéfice pour les communes. On fait plusieurs emplois pour un même salaire et puis comme l’a dit un procureur, « « une commune sans garde champêtre, c’est comme une commune sans pâture ».

Nous finissons la tournée à la Tram verte, un chemin de randonnée qui s’articule autour de la Cisse. Un biotope malmené depuis quelques années par la colonisation de la jussie sur la Cisse. Cette plante, d’origine sud-américaine, est un véritable fléau qui asphyxie les poissons et empêche la flore aquatique de se développer. « Aujourd’hui, j’interviens pour prendre en photo, les deux massifs de 30 et 40 m2 qui se sont développé en à peine 1 an. J’enverrai ensuite mon rapport au syndicat de la Cisse pour préparer une intervention. Car là, il faut agir… » nous dit pour conclure…

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