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En Touraine, les réfugiés d’Ukraine « sont ici mais ont la tête là-bas »

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Cela fait deux mois que l’Ukraine est en guerre, envahie par l’armée russe. Et deux mois que de nombreuses actions solidaires s’organisent afin de soutenir les victimes du conflit. En Indre-et-Loire, il ne se passe pas une semaine sans une action au profit de Touraine Ukraine, association créée dans la foulée des premiers bombardements. Rejointe par des dizaines de bénévoles d’origine ukrainienne ou non, la structure s’active autant pour envoyer des dons en Ukraine que pour accueillir au mieux les réfugiés. Rencontre avec sa présidente Elena Velesco.

Revenons d’abord sur la formation de l’association : comment les choses se sont organisées ?

C’était le 26 février lors du premier rassemblement contre la guerre à Tours. On a rencontré beaucoup d’Ukrainiens vivant en Touraine et aussi des Français tourangeaux voulant aider donc j’ai pris l’initiative de monter cette association avec ma collègue Oxana Pouklii. Ce qu’on voulait c’était trouver une solution pour aider à distance. On se disait là-bas il y a la guerre, nous de loin on ne peut rien faire mais au moins on essaie de faire le maximum pour accueillir des réfugiés et subvenir aux besoins. Tout s’est fait en quelques jours : une première assemblée générale le 1er mars et le 8 mars les statuts étaient publiés au Journal Officiel.

Avec le recul, quel regard vous portez sur les débuts de cette opération de solidarité ?

La période était intense car il y avait déjà des demandes mais aussi beaucoup d’administratif à gérer et il fallait que l’on trouve un local. Nous avons rapidement reçu une aide de la mairie de La Riche qui nous a trouvé un lieu. Parallèlement on a cherché un endroit pour organiser notre propre collecte. Il fallait aussi trouver des bénévoles. Ce qui s’est fait rapidement : dès qu’on a ouvert notre local on a eu du monde, même sans publier d’appel sur les réseaux sociaux. Les gens sont venus accorder de l’aide, trier des cartons…

Vous avez été surprise de cet élan ?

Oui. On a un soutien énorme des gens qui s’impliquent, participent, qui nous demandent à nous membres de l’association comment on se sent. Ils s’inquiètent de comment on traverse cette période : on ne s’attendait pas à tout cela et nous en sommes très reconnaissants. C’est super.

Et deux mois après est-ce que la mobilisation perdure ?

On a gardé le même nombre de bénévoles : chacun a son rôle. Je ne cache pas qu’on aurait besoin de plus de bras car nous avons beaucoup d’activités. Tous les dix jours nous organisons des convois qui arrivent directement en Ukraine, via des chauffeurs ukrainiens. Pour cela il nous faut des dons de nourriture, produits d’hygiène, produits pour bébé (couches, lait en poudre…). Nous sommes également investis dans l’aide aux réfugiés : nous en suivons 230 à qui nous donnons de la nourriture ou des vêtements grâce à un partenariat avec la Banque Alimentaire ou les dons de particuliers. Grâce à nos membres qui parlent ukrainien on essaie également de les accompagner dans leurs démarches administratives.

Comment fonctionnent les collectes ?

Cela a diminué un peu ce qui est normal. C’est pour cela qu’on se mobilise pour organiser de nouvelles collectes dans des centres commerciaux. Après on a toujours notre local dans la galerie de Géant La Riche Soleil et on a toujours du monde qui nous amène des jouets pour les enfants, des chaussures, des médicaments… Il y a des gens qui continuent de venir. Ils comprennent qu’il y a une guerre et sont touchés. Je pleure souvent. Surtout les premières semaines, c’était très émotif.

On parlait des 230 réfugiés que vous soutenez… Comment vont-ils ?

Il s’agit de mères avec leurs enfants car les hommes ne peuvent pas sortir du pays. Elles sont ici mais la tête là-bas car leurs hommes, leurs pères, leurs frères sont restés. Certaines n’ont plus de maison car elles ont été bombardées. Même si elles retournaient chez-elles il faudrait refaire leur vie. Comme je dis à chaque fois elles n’ont pas de passé, ni de futur, ni de présent. Nous sommes donc là pour les aider à passer le présent un peu plus facilement. Il y a une forte demande de travail mais cela prend du temps. En tout cas elles veulent se mobiliser car c’est dur de rester les bras croisés. On nous demande souvent comment prendre des cours de français, beaucoup de réfugiées viennent aussi nous aider au local. On ne les appelle pas, elles viennent directement.

Il y a deux mois j’imagine que vous n’imaginiez pas du tout vous lancer dans cette aventure… Comment ressentez-vous les choses aujourd’hui ?

Je me sens utile. Ça me fait toujours des frissons quand je vois des enfants qui viennent chercher des jouets, qui rigolent, qui sont contents. C’est eux qui me touchent le plus. Quand je vois leurs yeux je comprends pourquoi on fait tout ça même si c’est beaucoup de fatigue, beaucoup de travail. Je suis en recherche d’emploi dans le community management mais sincèrement je ne sais pas ce qu’il se passe sur ma boîte mail personnelle car je suis toujours sur celle de Touraine Ukraine. Tout mon temps libre je le consacre à ça. Dimanche (le 24 avril, ndlr) c’était le dimanche de Pâques orthodoxe et c’est le premier dimanche depuis le début de la guerre où je n’ai rien fait pour l’association. Mais je ne me plains pas, c’est quelque chose qui m’apporte beaucoup de plaisir.

Un degré en plus :

Touraine Ukraine organise des rassemblements pour la paix chaque samedi à 14h. Vous pouvez joindre l’association via son groupe Facebook Touraine Ukraine.

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