En 2023, un cocktail de difficultés pour le CHU de Tours

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Depuis 2020 le CHU de Tours n’avait organisé aucune cérémonie de vœux en présentiel. Mais vu l’accalmie de la crise Covid, il a pu renouer avec la tradition mardi 24 janvier. Une soirée de retrouvailles qui a mis en avant toutes les difficultés de l’hôpital. Le premier employeur de la région Centre-Val de Loire va mal, et même sa directrice le reconnait.

Nous sommes dans le restaurant du personnel de l’hôpital Trousseau, au rez-de-chaussée de la grande tour qui domine le site chambraisien. Il fait chaud. Beaucoup trop chaud pour qu’on respecte les consignes de sobriété énergétique. Les mots qui sortent des enceintes sont également bouillants. Président du conseil de surveillance du CHU de Tours, le maire de Tours est le dernier à s’exprimer. En préambule, il interroge : « Est-ce qu’il y a des parlementaires dans la salle ? » Personne ne répond. « C’est dommage, j’avais quelques messages à faire passer » répond l’élu écologiste enchaînant sur le « grand besoin » de renouveler les équipements décrépis de l’établissement ou l’urgence d’obtenir des garanties de l’Etat pour avancer sur le projet de reconstruction du site chambraisien de l’hôpital (elles se font attendre depuis de longues semaines).

Une longue liste d’écueils à affronter

Avant lui, le syndicat Sud y a également été de ses doléances, s’incrustant à la tribune avec un happening volontairement malaisant dont il a le secret. Venu avec un sapin décrépi décoré de bateaux en papier, des gilets de sauvetage et une enceinte diffusant la musique du film Titanic, il a ainsi comparé l’hôpital à un navire en détresse « incapable de redresser la barre », et composé « de marins épuisés physiquement et moralement ». De fait, plusieurs services sont concernés par des grèves, de la dermatologie à la psychiatrie en passant par les agents de sécurité.

Et il ne fallait pas parier sur le discours de la directrice pour repartir avec sa dose d’optimisme. Sur le départ après 9 ans à Tours, Marie-Noëlle Gérain-Breuzard a en partie donné raison aux représentants du personnel, même si elle a employé des termes plus policés :

« Nous devons faire face aux carences d’un tissu de santé régional et territorial très fragilisé. (…) Tout au long de l’année nous nous sommes débattus pour fermer le moins de lits possibles. Cette volonté, voire ce choix ont un prix : celui d’un réagencement constant de nos activités, entraînant tout à la fois la lassitude des équipes soignantes, le découragement de certaines équipes médicales les plus impactées, une utilisation de l’ambulatoire parfois inadaptée et, au final, dans certaines disciplines, le constat fait d’une dégradation de l’état de santé des patients du fait de retard de prise en charge. »

« Nous espérons que les réformes de notre système de santé sont proches car la résilience des établissements connaît aussi ses limites » exprime dans la foulée Marie-Noëlle Gérain-Breuzard citant les taux d’absentéisme « difficilement gérables » dans certains services tant ils sont hauts, les difficultés de recrutement pour des postes à contraintes (avec horaires de nuit et de week-end) ou encore le stress des cadres obligés de modifier continuellement les plannings.

Tout n’est pas noir : en 2022 le CHU tourangeau a quand même réussi à créer 231 postes d’infirmiers/infirmières pour 169 départs. Et 172 postes d’aides-soignants / aides-soignantes pour 122 départs. Il continue de tutoyer l’excellence pour les greffes (140 greffes de rein, une centaine de greffes de foie et une dizaine de greffes cardiaques) et figure dans le top 5 des hôpitaux français pour la qualité de ses recherches. Contrairement à d’autres établissements, il a passé l’année sans trop restreindre l’accès aux urgences, créant notamment une Maison de Garde pour les soirs et le week-end, en partenariat avec les médecins de ville. Cela permet de réorienter des patients aux cas bénins et de désengorger le service de Trousseau.

Un déficit qui s’aggrave et des capacités d’emprunt qui se réduisent

On peut également citer l’amélioration du parcours de soins des AVC, l’extension du service de cancérologie de Bretonneau pour traiter « plus de patients plus rapidement » ou encore le développement d’un réseau de prévention du suicide. Mais cela ne suffit pas à masquer les écueils : la multiplication des conflits dans les équipes médicales, les recours en hausse à l’intérim et aux heures supplémentaires pour pallier les absences (+15%) et – surtout – la dégradation de la situation financière de l’établissement.

Ainsi, la directrice du CHU a pointé le retard de l’Etat pour compenser ses propres décisions à la suite du Ségur de la santé : un coût de 60 millions d’€… partiellement couvert par des fonds du ministère. A cela s’ajoute l’inflation qui « impacte l’ensemble des postes de dépenses notamment celui des énergies, de l’alimentation, des médicaments et des dispositifs médicaux » et une augmentation de 35 à 40% des offres formulées par les entreprises candidates pour la construction du Nouvel Hôpital Trousseau.

Le nouvel hôpital pour enfants repoussé

La conséquence est claire : si l’hôpital de Tours a pu engager 35 millions d’€ d’investissements en 2022 (c’est plus que le budget projets de la ville de Tours), l’accroissement de son déficit va entraîner une réduction de ses fonds d’épargne ainsi qu’une diminution de sa capacité d’emprunt. Et le voilà donc forcé de rogner dans le projet titanesque de reconstruction de Trousseau chiffré à 522 millions d’€. L’officialisation de la nouvelle s’est cachée en quelques lignes dans le discours de Marie-Noëlle Gérain-Breuzard : la directrice renonce – pour l’instant – à engager l’édification d’un nouvel hôpital pédiatrique à 80 millions d’€. Le chantier sera remplacé par 10 millions d’investissements pour une « mise en sécurité » des vieux locaux de Clocheville en centre-ville de Tours, Boulevard Béranger.

Vue du futur accueil de l'hôpital Trousseau.
Vue du futur accueil de l'hôpital Trousseau.

Ce recul emblématique n’est pas le seul : la restructuration du service de biologie va voir son budget divisé par deux, passant de 46 à 23 millions d’€. Son déménagement à Trousseau est annulé au profit d’une réorganisation à Bretonneau, notamment grâce à la libération d’un étage vide. La reconstruction de Trousseau avec des locaux flambant neufs pour les urgences, un service de réanimation dernier cri ou une nouvelle piste d’atterrissage pour hélicoptères est maintenue mais désormais prévue, au mieux, pour 2028… contre 2026 dans le calendrier initial. Et peut-être encore plus tard si le ministère décale encore sa réponse.

Une directrice sur le départ

Si les travaux de terrassement destinés à préparer la création du nouvel hôpital sont bien avancés, le projet en lui-même se retrouve donc bien embourbé. Et finalement, c’est le nouveau bâtiment de psychiatrie qui devrait voir le jour en premier fin 2025 sur une parcelle de la commune de Saint-Avertin… alors qu’il était à l’origine l’un des derniers dans le calendrier des travaux. Quant à l’arrivée du tram à Trousseau, pas un seul mot dans les différents discours de la soirée. Le maire de Chambray Christian Gatard était d’ailleurs absent, tout comme le président de la Métropole Frédéric Augis.

Bref, l’hôpital de Tours reste à n’en pas douter un outil d’excellence en matière de santé mais il est chahuté de toutes parts avec des ambitions largement compromises. On pourrait dire que les rabotages du projet de NHT sont un signe de sobriété. D’ailleurs, la directrice du CHU reconnait que le maintien de Clocheville en centre-ville satisfait une partie de ses équipes. Néanmoins, il s’agit d’un gros recul. Marie-Noëlle Gérain-Breuzard en assume l’annonce… et ne verra pas l’aboutissement du dossier. Arrivée en 2014, elle s’apprête à quitter la Touraine pour d’autres fonctions et glisse : « Je ne suis pas sûre que ce soit une promotion… », refusant d’ailleurs toute question de la presse sur le sujet. Un signe supplémentaire que l’hôpital est dans les remous et se cherche une bouée de sauvetage, pour s’inspirer du discours de Sud.

 

Un degré en plus :

A en croire FO, la situation est également critique à l’hôpital de Chinon. Le syndicat y organise un rassemblement ce jeudi à l’occasion des vœux de la direction. Il dénonce un climat « insoutenable par les manques d’effectifs et de lits » mais aussi la réforme des retraites. La manifestation est prévue entre 13h et 14h.

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