Crise énergétique : une hausse difficile à encaisser pour des locataires tourangeaux

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Depuis de longs mois maintenant, les prix de l’énergie connaissent une inflation galopante, accentuée depuis fin février avec le début de la guerre en Ukraine. Et si le gouvernement a bloqué le prix du gaz – dispositif renouvelé jusqu’au 31 décembre – et accordé une ristourne de 15 centimes d’euro pour chaque litre de carburant acheté, la facture reste difficile à supporter pour les ménages, en particulier les plus modestes. En Indre-et-Loire, certains foyers se retrouvent même asphyxiés par l’explosion de leurs charges locatives. Y compris en HLM. Enquête.

Pour Amélie, locataire Ligeris dans le quartier Lamartine, la réévaluation des provisions de charge de son appartement a du mal à passer. Depuis le mois de juin cette dernière a vu ses provisions de charge augmenter de 130 euros par mois… « Avec cette augmentation, le coût de mon logement représente 60% de mon budget mensuel. Mon logement, un T4 revient désormais à quasi 1000 euros mensuels, c’est incroyable pour un logement dit social. »

« La seule explication que j’ai eu c’est que c’est des provisions de charge et donc que ce sera régulé l’an prochain et qu’il est possible que Ligeris me reverse de l’argent, mais en attendant, je les paye quand même et ça me pèse sur mon quotidien. » explique Luc de son côté et locataire dans la même résidence.

6 à 7% d’augmentation en moyenne

Ces témoignages ne semblent clairement pas être des cas isolés. « On croule sous les sollicitations » commente Marie-Claude Fourier, présidente de l’antenne tourangelle de l’association CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie). Elle reçoit sans cesse des appels ou mails de locataires étranglés par les factures de régulation astronomiques et les provisions de charges aux montants exponentiels. Pour le deuxième point, il s’explique : « Les bailleurs ont pris des mesures préventives et ont augmenté les provisions de charges de 6 à 7% de façon à ce que les gens n’aient pas de nouveau une mauvaise surprise l’an prochain lors de la facture de régulation. » En clair, les propriétaires anticipent une poursuite de la hausse et préfèrent lisser les paiements plutôt que de demander une grosse somme au printemps 2023.

Il n’en reste pas moins que ces sommes compliquent la constitution des budgets pour les locataires concernés. « A chaque fois qu’on a eu des difficultés les bailleurs ont mis en place des échéanciers sur 5, 6 ou 7 mois sans trop discuter » relève Marie-Claude Fourier. Le problème c’est qu’on sait très bien que c’est seulement reculer pour mieux sauter : « On ne pourra pas contenir longtemps ces choses-là. L’eau et la taxe sur les ordures ménagères vont certainement augmenter également et les salaires ne progresseront pas en proportion, c’est évident. »

Cette situation, Marie Quinton en a bien conscience. Adjointe au maire chargée du logement à la ville de Tours, elle reconnaît qu’il faudra très certainement augmenter encore les moyens du Centre Communal d’Action Sociale dans les prochains mois, ce qui a déjà été prévu dans le budget 2022. Un CCAS par ailleurs mobilisé pour soutenir les locataires touchés par les factures d’énergie exorbitantes : « On rencontre les personnes dans l’impossibilité de payer. Ces gens font déjà des sacrifices énormes pour payer leur loyer. 20€ de plus par mois, ça veut dire renoncer à manger un ou deux repas, c’est ce qui est difficile. On travaille donc avec le CCAS pour des aides exceptionnelles. »

Selon l’élue qui fait partie de la gouvernance du bailleur Ligeris, les cas critiques restent néanmoins limités : « L’augmentation des charges est de 15€ par mois en moyenne. » Et pour les cas particuliers, elle invite à observer de plus près les factures, par exemple des cas où la consommation d’eau a été multipliée par 3 dans l’année. Selon les situations, un relogement peut également être proposé : « Les charges sont calculées en fonction de la superficie du logement et non par le nombre de personnes qui y vivent. On a des foyers peu nombreux qui sont dans un T4 ou T5, et on les accompagne pour un déménagement. » Ou quand la hausse des charges impacte directement le confort de vie.

Cela dit, les bailleurs l’assurent : le montant des charges ne rentre pas dans les critères d’attribution d’un logement social. En clair, seul le loyer est comparé aux revenus lors de l’examen du dossier (il ne doit pas dépasser 33% des ressources). En revanche, chez Tours Habitat, le directeur Grégoire Simon espère une prise en compte de cette explosion des prix de l’énergie dans le calcul des allocations logement (APL) par la CAF : « Ce serait plus conforme à la réalité ». Et globalement, c’est bien vers l’Etat que tout le monde se tourne pour trouver une solution pérenne et sortir du bricolage au cas par cas, très gourmand en ressources humaines et, comme on l’a vu, générateur de stress. Ainsi, la CLCV réclame une mise en place de l’encadrement des loyers à Tours, comme cela a été fait pour d’autres villes et doit prochainement rencontrer Marie Quinton à ce sujet. L’adjointe au logement, qui est sur la même longueur d’ondes : « Il faut soit un blocage des prix de l’énergie, soit recalculer les APL sur l’ensemble des loyers avec charges. Ça ne peut pas être aux communes de payer. Nous on ne peut agir que sur des moments ponctuels. »

Entre +50 et +130% de hausses de chauffage pour les bailleurs

Du côté des bailleurs, ces hausses des coûts ne sont pas négligeables. Tours Habitat, le principal bailleur de la ville de Tours a ainsi beau utiliser des chaufferies biomasse au bois pour chauffer 80% de son parc HLM (plus de 9 000 logements), il a quand même besoin de gaz et subit lui aussi les hausses de prix. Ainsi, 2 400 appartements ont des chaufferies indépendantes au gaz naturel liquéfié. « Et même avec du biogaz qui nous offre un taux de TVA réduit nous avons une très forte augmentation » éclaire le directeur du bailleur Grégoire Simon. Ainsi, pour Europe-Châteaubriand à Tours-Nord la facture sur ce poste est passée de 275 000€ en 2020 à 630 000€ en 2021. Et encore, elle aurait pu atteindre 688 000€ sans le bouclier tarifaire de l’Etat.

Pour le Sanitas, malgré le bois, la facture globale du chauffage passe de 850 000€ l’année à 1,2 million d’€, malgré des travaux d’isolation pour plusieurs bâtiments dans le but de réduire le gaspillage énergétique.

Afin d’éviter trop de mouvements d’argent, Tours Habitat et Val Touraine Habitat expliquent avoir appliqué le bouclier tarifaire de l’Etat par anticipation auprès de certains locataires (ils n’avancent pas d’argent supplémentaire). Et si malgré tout les factures augmentent de plus de 100€ « nous proposons des régulations jusqu’à la fin de l’année » explique Grégoire Simon. Pour l’instant, ces dispositifs semblent suffire pour répondre à une majorité de situations mais « j’ai bien peur qu’on ait plus d’inquiétudes à la rentrée » prophétise Grégoire Simon qui a imaginé réduire de 19 à 18° la température moyenne des logements l’hiver, « car on sait qu’1 degré de moins c’est 7% d’économies » mais s’y refuse pour l’instant car cela poserait « des problèmes de confort, notamment pour les personnes âgées. »

Même constat au Sein de Val Touraine Habitat, bailleur qui gère 22 000 logements dans le département. Tiphaine Zaplotny, directrice générale adjointe, nous explique que l’ensemble des dépenses annuelles pour les charges générales s’élève entre 16 et 18 millions d’euros. « Pour autant, nous sommes dans une période d’incertitude car nous ne sommes plus en capacité de prévoir les augmentations pour l’année à venir », avec le risque donc que le locataire voit sa facture augmenter encore à l’avenir et se retrouve en difficulté pour payer : « Nous essayons de faire beaucoup de pédagogie auprès de nos locataires » poursuit Tiphaine Zaplotny, qui évoque également des dispositifs d’aide comme le « Fonds Solidarité Logement » qui « peut prendre en charge une partie de la hausse et prochainement le chauffage collectif ». Actuellement, elle estime à 3000 le chiffre de locataires en dette auprès de VTH, « un chiffre stable, en revanche la moyenne de la dette en euros augmente ».

Olivier Collet avec Mathieu Giua

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