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Coronavirus : la crise renforce-t-elle les inégalités ?

 

Depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus, il est question ici et là, régulièrement, des questions d’inégalités. En substant, la question suivante : la crise et le confinement renforcent-ils les inégalités sociales et sociétales ? Pour discuter de la question, nous avons interviewé Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des Inégalités, créé en 2012 et qui depuis cette date analyse et décortique la question sous toutes ses formes.

Inégalités face au confinement, inégalités face au travail… comme toutes les périodes de crise, celle actuelle a remis sous les feux médiatiques le déséquilibre ente les uns et les autres qui existe au sein de notre société. Quoi de similaire en effet entre le fait de vivre le confinement dans une grande maison avec jardin ou un petit appartement dans un quartier dit populaire ? La gestion quotidienne de cette crise s’en retrouve forcément différente.

Cette question a été la source de beaucoup d’articles ces dernières semaines avec parfois des contresens. C’est sur ce point que met en garde Louis Maurin, le fondateur et directeur de l’Observatoire des Inégalités qui traite les sujets liés aux inégalités depuis 2012. « Un certain nombre de personnes s’empare de la question des inégalités en ce moment mais il faut faire attention à l’analyse que l’on en fait » prévient-il ainsi. « Il faut faire attention à ne pas utiliser la crise pour surfer sur les inégalités, car cela aurait deux effets pervers : celui de décrédibiliser le propos mais aussi d’aboutir à un certain fatalisme. »

En spécialiste de la question, Louis Maurin explique que « pour bien comprendre les inégalités », il faut avant tout « faire la critique de celles-ci. »

Un préambule en guise de rappel, car pour le directeur de l’Observatoire des Inégalités, si la crise a mis en lumières les inégalités dans notre société, celles-ci existaient bien malgré tout. Des inégalités qui ressortent donc aujourd’hui comme dans toute période difficile : « devant chaque crise, les plus faibles sont toujours plus touchés que les plus forts » rappelle-t-il.

« La première inégalité de cette crise est celle liée à l’âge »

Face au coronavirus la première des inégalités que pointe Louis Maurin c’est celle lié à l’âge mais aussi plus largement celle à l’accès aux soins : « La première conséquence c’est celle de tomber malades et on voit que ce sont les personnes les plus âgées, mais aussi les plus fragiles face à la santé et l’accès aux soins qui sont les premiers touchés. »

Mais cette crise globale ne s’arrête pas qu’à cette conséquence et touche tous les domaines qui font notre société comme l’économie et l’emploi. Sur ce dernier point, Louis Maurin énonce les cas de « dizaines de milliers de personnes notamment des jeunes en CDD ou en intérim et qui n’ont pas assez cotisé pour avoir des droits au chômage et vont donc connaître des situations difficiles. » Comme souvent, la crise touche en premier lieu ceux déjà en situation de précarité comprend-on, « même si le système social français permet de mieux amortir le choc que d’autres pays » temporise notre interlocuteur.

Et ce dernier d’évoquer également le sort des petits indépendants, payés au contrat et aujourd’hui en difficultés aussi. Cette crise a en effet remis en avant également la question des conditions de travail et d’emploi. Face à un discours ressemblant au « tous entrepreneurs » de ces dernières années, la crise renforce en effet la sécurité du salariat. « La situation peut devenir un cauchemar pour les auto-entrepreneurs notamment car ils ont cotisé peu ou rien et donc n’auront rien ou peu. Cela peut devenir très sévère comme situation pour eux » explique Louis Maurin.

Renforcement du salariat, certes, mais là-encore la situation est loin d’être égale. A ce titre, dans un point de vue publié sur le site de l’Observatoire des Inégalités, Louis Maurin a notamment exposé ceux faisant partie de la « France Flexible » : « On voit qu’il y a un décalage immense entre la valeur sociale de certains emplois et les rémunérations qui vont avec. Il y a aussi des personnes dont on ne parle pas comme les personnels non soignants dans les hôpitaux, comme les femmes de ménage ou les aides-soignantes. Ce sont pourtant des personnes qui dans une société de services répondent aux besoins essentiels. »

Le premier rapport sur les riches

Chaque année, l’Observatoire des Inégalités publie un rapport sur les inégalités. Cette année, l’association a décidé de sortir le premier rapport sur les riches. Issu de données collectées depuis 17 ans, ce rapport entend là-encore casser les préjugés et posera aussi la question de la mesure de la richesse et notamment de la définition de son seuil.

Pour financer ce rapport, l’Observatoire des Inégalités a lancé une campagne de financement participatif, que vous pouvez retrouver ici

« La crise aura un coût important, la question c’est comment fait-on ? « 

Emplois, logements, âge, accès aux soins… ou encore éducation, la crise renforce donc malgré tout les inégalités sociales, même si ces dernières existaient préalablement. Une fois dit cela, la sortie de crise permettra-t-elle de changer les choses ? Pas sûr, même si beaucoup l’espèrent. Ce qui est sûr en revanche c’est que la crise aura un coût. « Le coût financier va être très important » analyse Louis Maurin, « la question c’est comment fait-on ? »

Pour le directeur de l’Observatoire des Inégalités, mettre en place un prélèvement sur les plus reposant uniquement sur les plus aisés n’est pas la solution : « Si on veut que le paiement de ce coût soit légitime, il faut un prélèvement large et progressif en fonction des revenus. »  Mais conscient qu’un certain nombre de personnes vont se retrouver en difficultés, Louis Maurin plaide par ailleurs pour l’instauration d’un revenu minimum unique versé sous certaines conditions (et qui n’est donc pas un revenu universel) : « C’est un niveau en dessous duquel personne ne doit descendre, on l’a fixé à 900 euros, soit le seuil de pauvreté. Le mettre en place pourrait améliorer le niveau de vie de 5 millions de personnes, tout en permettant d’accepter le paiement du coût financier de la crise. »  Et Louis Maurin d’espérer ainsi que l’après-crise sera surtout l’occasion d’explorer de nouvelles solidarités.

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