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Chacun·e son genre !

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Cet article est paru initialement dans 37°Mag, notre magazine papier.


Transidentités, non binarité, personnes transgenres… vous avez parfois entendu parler de ces termes sans pour autant savoir à quoi et à qui ils font référence. Pourtant, de plus en plus de Tourangelles et Tourangeaux se retrouvent derrière ces étiquettes qui ont toutes en commun de poser la question des identités de genre. Reportage sur le quotidien des personnes transgenres en Indre-et-Loire. 

Le 6 mars dernier, dans le ciel bleu tourangeau : drapeau arc-en-ciel symbolisant la communauté LGBTI+, drapeau bleu-rose-blanc représentant les personnes transgenres, et celui jaune-blanc-violet-noir symbolisant les personnes non binaires flottent ensemble. Ils sont brandis fièrement. Dans ce cortège inclusif, femmes cis, hommes cis, femmes trans, hommes trans et personnes dîtes non-binaires se retrouvent sans distinction. Loin des fantasmes et des stéréotypes, chacune et chacun vit son genre comme elle ou il l’entend. Pour simplifier, car le spectre du genre est infini, retenons qu’il y a les personnes cisgenres, dont le genre correspond à celui assigné à la naissance, et celles qui sont transgenres, dont le genre diffère de celui assigné à la naissance.

Arrêter de correspondre aux injonctions de la société 

Ezra, Hervine, Eli, Léo, Emma, Ange, toutes et tous ont des vécus différents et une identité de genre propre. Pour autant, chacune et chacun a traversé des moments de vie similaires. « Depuis tout petit on me rabâchait que j’étais une fille, alors je m’habillais comme telle, je mettais des robes, des jupes, du maquillage. J’étais comme il faut pour les autres » analyse Léo, apaisé. Assigné fille à la naissance, le jeune homme trans s’est longtemps conformé aux normes qui dictent ce genre. Pourtant, au plus profond de lui-même, la réalité était tout autre.

Comme lui, des milliers de personnes se questionnent sur leur genre. Vivre un décalage entre son genre et celui qui nous a été assigné à la naissance peut créer une grande détresse, certaines personnes parlent même de dysphorie de genre lorsque le décalage devient trop important. « Moi avant, je mentais. Nous étions deux dans ce corps et je cachais une partie de moi » se souvient Hervine, 63 ans. Si certaines personnes se sentent mieux dans le genre opposé (définies comme personnes transgenres binaires), d’autres se situeront en dehors de cette binarité homme-femme qui dicte les bases de notre société. « J’utilise l’étiquette de la non binarité car elle est large et floue. Et mon genre l’est aussi. Est-ce que je me sens comme un homme, non, comme une femme, non plus. Pour moi rien ne permet de me définir » justifie Eli, 19 ans.

Eli
Eli
Léo et Emma
Léo et Emma

Pour pallier ce décalage vécu, certaines et certains entament une transition. Qu’elles soient sociale, administrative, médicale ou de toute autre forme, cela permet aux personnes concernées de vivre leur identité de genre comme elles l’entendent.

Le prénom, une définition de soi 

Etre une personne transgenre et se voir reconnue en tant que telle est un long chemin. Outre le coming out qui demande bien souvent de devoir expliquer la situation aux personnes non initiées, des dizaines de papiers doivent être remplis pour que l’identité vécue soit officialisée. « Lorsqu’on débute une transition c’est le gouffre de l’inconnu, c’est le parcours du combattant » ironise Hervine. A Tours, l’association Trans Posé·e·s, le centre LGBTI+ et plusieurs groupes de discussions informels permettent à la communauté de s’entraider sur ces questions administratives parfois très floues.

A commencer par le prénom et le pronom qui nous définissent en permanence vis-à-vis d’autrui. Il, elle, iel pour les personnes non-binaires, chacune et chacun décide de comment les personnes qui s’adressent à elles ou à eux devront les genrer. C’est une habitude à prendre mais elle permet à leurs interlocutrices et interlocuteurs de ne pas faire de mégenrage (voir lexique). Chacune et chacun sont ensuite libres de continuer les démarches pour changer leur prénom administrativement.

Hervine
Hervine

Une reconnaissance au sein de l’université 

Pour certaines et certains, les questionnements sur l’identité de genre apparaissent dès l’adolescence. C’est donc souvent au moment de leurs études que ces jeunes font leur coming out transgenre à leurs proches mais aussi dans la sphère publique. Pour faire face à ces questions-là et accompagner au mieux les personnes concernées, l’Université François-Rabelais a dû proposer des solutions.

Concetta Pennuto, chargée de mission diversité, égalité et handicap jusqu’en novembre 2020, énumère les avancées en matière de lutte contre les discriminations des personnes transgenres à l’Université François-Rabelais. « Ce sont les étudiantes et étudiants qui m’ont sollicitée suite à la loi de modernisation Justice du XXIe siècle de 2016 » se souvient la maître de conférence. Alors que l’inscription administrative à la faculté se fait grâce aux papiers officiels de l’étudiante ou étudiant, ils ne sont parfois pas à jour avec la nouvelle identité de celle ou celui-ci.

« Quand je me suis réinscrit à la fac pour un master, j’ai déposé mon dossier sous mon deadname – prénom donné à la naissance. Les profs étaient au courant que j’avais maintenant mon prénom d’usage [Ange] et faisaient attention mais mon adresse mail, ma carte étudiante, et la feuille d’émargement étaient encore sous mon deadname » explique Ange. L’étudiant est alors rapidement allé à la rencontre de la chargée de mission pour qu’elle puisse remplir une attestation afin de reconnaître le droit pour Ange d’être appelé et reconnu ainsi. Avec ce précieux papier signé du président de la faculté, Ange, Ezra, et plusieurs autres ont ainsi pu voir leurs informations changées. Reste aujourd’hui encore quelques soucis de logiciels qui remplacent le prénom d’usage par le deadname de l’étudiante ou l’étudiant plusieurs fois par an.

« S’il n’y avait pas eu la demande des étudiants, nous n’en serions pas là, reconnaît Concetta Pennuto. Avec cette reconnaissance du prénom d’usage, j’espère que nous avons contribué à simplifier la vie des personnes transgenres durant la période charnière de leurs études. ». Certaines et certains ont l’espoir de voir un jour les modalités facilitées, où l’inscription pourrait se faire directement sous le prénom d’usage afin d’éviter ces allers-retours administratifs.

Concetta Pennuto
Concetta Pennuto

Une identité administrative 

Pour officialiser un changement de prénom, la démarche se fait auprès des mairies du département. « A Tours, ce sont majoritairement des femmes qui nous accueillent. Elles ont un côté bienveillant mais très binaire, réagit Léo. Dans ma tête, pour me présenter devant l’agente pour changer mon prénom, il fallait que je m’habille comme un mec, que je sois crédible, que je sois viril ». « Il faut montrer que tu rentres dans les codes binaires homme-femme » analyse Ange, qui cite un exemple très concret : « Je ne suis pas allé voter aux dernières municipales car l’identité de genre que je présente est en décalage complet avec ce qui est inscrit sur ma carte d’identité. » Une peur de devoir argumenter que beaucoup partagent.

Des situations que veulent éviter les agentes et agents de la mairie de Tours. « Les adjointes et adjoints nous demandent ce qu’elles et ils peuvent améliorer, grâce à des formations par exemple » souligne Tatiana Cordier-Royer, ancienne co-présidente du centre LGBTI+. Une posture validée par Oulématou Ba-tall, adjointe à la mairie de Tours en charge de l’état civil, qui souligne l’importance « d’un accueil digne » où le fait « d’accorder des droits à ces personnes peut peut-être les aider à se sentir plus légitimes. » Ezra, qui a récemment fait cette démarche de changement de prénom, a senti un effort de la part des agentes pour ne pas se tromper lorsqu’elles se sont adressées à lui.

Le changement de prénom peut également s’accompagner d’un changement de la mention du sexe, F ou M, à l’État Civil par requête au tribunal judiciaire. La démarche, bien que facilitée depuis 2016, est longue et intrusive si bien que plusieurs des personnes rencontrées n’ont pas encore entamé ces démarches. « On nous demande d’écrire une lettre où on doit détailler la raison de notre demande de changement d’État Civil. Dans ces moments-là on est dans la dualité entre le militantisme et le besoin. On doit rentrer nous aussi dans des stéréotypes de genre, on est obligé. » réagit Emma. Hervine et Eli ont, afin de faciliter les démarches, choisi de se faire accompagner par un avocat. Retenons qu’en 2020, 17 demandes de changement d’état civil ont été enregistrées au tribunal judiciaire de Tours dont 13 ont déjà abouti.

Toilettes non genrées

Un accompagnement médical 

Alors que pour certaines personnes, la transition sociale suffit, pour d’autres la nécessité d’entamer une transition médicale se fait ressentir. Transition médicale ne veut pas forcément dire opération génitale (qui reste rare), stéréotype omniprésent lorsqu’on aborde la question des transidentités. Traitements hormonaux, chirurgie, il existe différentes étapes médicales en fonction des envies de chacune et chacun mais les informations à ce sujet ne sont pas faciles d’accès comme l’explique Lexie, Tourangelle et fondatrice du compte Instagram aggressively_trans, dans son ouvrage Une histoire de genres.

« Obtenir un traitement sur Tours, c’est compliqué. On manque de médecins et d’endocrinologues formées et formés » souligne une des bénévoles de l’association Trans Posé·e·s. Les endocrinologues ont notamment une habilitation pour suivre le traitement hormonal des personnes qui transitionnent, féminisant ou masculinisant. Parmi les 8 endocrinologues que nous avons contactées, il n’y en qu’une qui a répondu favorablement : « Je suis la seule formée sur le département, je n’ai plus de place pour prendre des nouvelles personnes. » Pour les autres, si tant est que nous ayons eu une réponse, les raisons sont diverses : « Je ne suis pas formée à la dysphorie de genre », « on ne fait pas, il faut s’éloigner de Tours » voire très psychiatrisant : « On ne fait pas cette pathologie. » Une réalité non sans conséquence puisque le parcours doit très souvent se faire en dehors du département et donc engendrer des frais de déplacement importants.

A Tours et ses environs, seule une poignée de médecins et spécialistes sont formées et formés à l’accompagnement des personnes transgenres. « Au départ, je n’avais pas de connaissances sur le sujet car ce n’est pas un sujet enseigné en école de médecine, c’est très marginal » justifie le docteur Fillatre, psychiatre spécialiste de ces questions au CHU de Tours. De ce sujet est né le groupe « identité de genre » au sein duquel se réunissent praticiennes et praticiens du département afin de voir comment répondre aux demandes. « Nos prochaines missions vont être de faire une présentation parmi les praticiennes et praticiens concernées et concernés pour voir si certaines ou certains souhaitent être formées et formés. » Car c’est un accompagnement qui demande une grande humilité, une certaine sensibilité et un respect dont le bien-être de l’autre dépend en partie.

De la volonté et des allié.es 

Le parcours de transition peut être long, semé d’embûches et décourageant. Pourtant, à la question « Comment te sens-tu aujourd’hui ? », Ange répond qu’il ne s’est jamais autant pris en photo depuis 3 ans, Léo qu’il se sent plus apaisé et solide, « Si demain je décide de me faire un énorme trait d’eye-liner. Je ne me féminise pas, c’est juste que j’en ai envie » explique Eli.

« Je souhaite que ces personnes puissent vivre leur transidentité la plus épanouissante possible à Tours » réagit Elise Pereira-Nunes, adjointe aux relations et solidarités internationales de la Mairie de Tours et militante, avant d’ajouter qu’il n’y a « pas besoin d’être la cause pour défendre la cause. Il faut que ce soit de la co-construction, nous voulons faire de Tours une ville alliée. » Un état d’esprit que ressentent déjà les personnes concernées à l’image de Léo et Emma qui caractérisent Tours « comme une ville tolérante dans laquelle il y a pas mal d’endroits transfriendly. » Côté collectifs et associations « il y a un noyau dur, soudé, disposé à défendre ses droits » souligne Eli. Un constat que Hervine souhaite tout de même relativiser : « A Tours, ça bougeotte mais il n’y a rien de très concret encore ».

Ezra rebondit en citant l’histoire des toilettes non genrées de l’université de Tours, nouvelle qui avait fait grand bruit à la rentrée 2017. 4 ans plus tard, le site des Tanneurs ne les a toujours pas mis en place : « Je me suis même rendu compte qu’ils avaient remplacé les logos des toilettes pour en mettre des plus propres, comme s’il y avait un effort pour regenrer les WC. »

Lexique

  • Transidentités, terme préféré à “transsexualisme” / transsexuel qui est, à l’origine, celui utilisé par le corps médical. Il sous-entend que les personnes transgenres sont atteintes d’un trouble psychiatrique appelé “dysphorie de genre”, donc d’une pathologie.
  • Dysphorie de genre, État caractérisé par un sentiment persistant d’inconfort ou de détresse causé par un décalage entre l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance.
  • Personne transgenre, Personne dont le genre ne correspond pas à celui qui lui a été assigné à la naissance. On parle de transidentité. A l’inverse, les personnes cisgenre ont un genre qui correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance.
  • Non binaire, Se dit d’une personne dont l’identité de genre se situe en dehors du modèle de genre binaire homme ou femme. Les personnes non binaires peuvent redéfinir le genre ou simplement refuser de se définir selon un genre.
  • Mégenrer, mégenrage, Attribuer à une personne, intentionnellement ou non, un genre qui ne correspond pas à son identité de genre. (Se tromper de prénom, de pronom, d’accords…)
  • Deadname ou morinom, Désigne le prénom assigné à la naissance d’une personne transgenre qui n’est plus utilisé par celle-ci. Il relève de l’intime et le demander peut être considéré comme irrespectueux.

Photos : Claire Vinson

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