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Billard : Une main dans les poches

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Depuis trente ans, le Billard Club de Joué-Lès-Tours, sous l’impulsion de son président Éric Leroux, a décidé de développer le blackball (billard à poches anglais) pour relancer et développer la pratique du billard dans les clubs associatifs. Portrait d’une structure devenue aujourd’hui une référence dans le monde de la plus petite des billes noires. 

En entrant dans la salle, Éric Leroux se met à regarder l’écrin éphémère finir de prendre forme. Tout semble pratiquement prêt : les panneaux de partenaires et les couloirs de passage sont installés ; la logistique pour la retransmission numérique en passe de l’être et, l’essentiel, 40 billards alignés au millimètre près sur une immense moquette. Durant trois jours, du 4 au 6 novembre, le gymnase Matarazzo de Joué-Lès-Tours change de tenue et se met sur son 31. Pas de buts, de jets de sept mètres et de coups de sifflets, mais des casses de billes rouges et jaunes, des coups de « snook », et des manches à remporter. Comme tous les ans, le circuit national de blackball commence son petit tour de France (dix étapes en tout) par la case Joué-Lès-Tours. Et comme à chaque édition, Éric Leroux, président depuis 30 ans du Billard Club de Joué-Lès-Tours (BCJ), met les bouchées doubles pour accueillir comme il se doit les 300 participants, répartis dans huit catégories*, venus des quatre coins de l’Hexagone. « Encore deux-trois petites choses à mettre en place et quelques courses à aller chercher pour la buvette, mais on est largement dans les temps. On commence à être rodés depuis 26 ans et la première édition. Tellement rodés que je ne me rends même plus vraiment compte de la teneur de l’événement ni de l’esthétique visuel de l’ensemble ». Et pourtant l’esthétique visuelle est bel et bien présente. Telle une reconnaissance subtile de l’important travail de fond réalisé par Éric Leroux avec le soutien de la Fédération française de billard (FFB). En trente ans, il a réussi à imposer le plus petit des billards à poches sur la scène nationale du billard, tout en positionnant son club comme étant la référence du blackball en France mais aussi en Europe. Au pays de la carambole, jeu plus connu sous le nom de billard français, le pari était loin d’être gagné.

Éric Leroux, président du BCJ

Pool house

Tout commence ou plutôt recommence en 1991. Après une absence de plusieurs années, vie professionnelle et familiale oblige, Éric Leroux revient taper les billes au BCJ (Billard Club Jocondien). À l’époque, l’association, comme une grande partie des clubs, réside dans l’arrière-salle d’un bar à Joué-lès-Tours. Si l’endroit possède un certain cachet et permet à ses… neuf joueurs, dont cinq sont des adhérents à la FFB, de disposer de 3 billards français et deux pools (autre terme donné au petit billard à poches anglais), l’appréhension reste la même quand sont évoquées les envies de départ des tenanciers du lieu. Les prochains propriétaires aimeront-ils le billard ? Ne voudront-ils pas exploiter cette arrière-salle à d’autres fins commerciales ? Et où irait le club ? Si ces questions se posent depuis 1977 et la création du club, elles ne demandent pas vraiment de réponse pour l’instant. L’heure est plus grave pour le BCJ, et une problématique doit être résolue rapidement. Comment enrayer la perte des adhérents ? Phénomène qui ne fait qu’empirer depuis plusieurs années. Éric Leroux a ses petites idées en tête. Poussé par les autres membres du club à prendre la présidence du club en 1992, il sait que l’avenir du billard passera obligatoirement par des poches. Plus ludique, accessible, et moins élitiste que la carambole, le blackball a le vent en poupe. Né lors de la grève des mineurs britanniques de 1972, lorsque des patrons de bars ont l’idée d’investir dans des billards de petite taille où un jeu simple et rapide sera proposé pour occuper les grévistes : rentrer des billes de couleurs (rouges ou jaunes) dans les poches avant la noire. Petite révolution au pays du snooker, de ses règles plus complexes et de sa table imposante, qui dépassera, dès les années 80, la Manche. Bars, auberges de jeunesse, hôtels, cafétéria des collèges et des lycées, chez les particuliers, le blackball se retrouve partout et offre un coup de jeunesse bienvenu au billard. « Déjà à l’époque, il était une activité très appréciée, se souvient Éric Leroux. Il touchait toutes les catégories d’âge, tous les milieux sociaux, puis il est très simple à comprendre et demande beaucoup moins de place qu’un snooker ou une table de billard français. Je savais donc pertinemment que l’avenir du club passerait par ce type de jeu. Je ne voulais certainement pas mettre de côté la carambole, mais pour trouver de nouveaux joueurs, le blackball était primordial ». 

« Le plus compliqué a peut-être été de faire accepter à la Fédération le constat qu’on ne pouvait plus uniquement compter sur la carambole »
Éric Leroux, président du BCJ

En parallèle, une autre idée vient également germer dans sa tête. Jouer au billard peut coûter un certain prix pour un joueur passionné. Alors que le club se lance dans une importante opération de séduction auprès des jeunes, Éric Leroux ne peut rester sur un modèle économique où le joueur paie à l’heure. Il décide donc de proposer un tarif unique à l’année. Le joueur n’aura plus à débourser un centime de plus et le club rentrera également dans ses frais. Tout le monde est gagnant. Résultat, le BCJ se développe. Il attire de nouveaux adhérents et commence à réfléchir à proposer les premières compétitions régionales de blackball. Nous sommes en 1996 et l’arrière-salle du bar commence même à montrer quelques limites de taille. Si ça reste encore largement jouable, ça ne le sera bientôt plus. Mais pour un autre motif. Quelques mois plus tard, les nouveaux propriétaires du bar décident de réinvestir le lieu et demandent au club de faire ses valises. « Au final, avec du recul, cela nous a permis une nouvelle impulsion et donc d’entamer réellement notre renaissance », nous confie cet ancien employé de Michelin, aujourd’hui retraité. 

Fin 1997, alors que le club est divisé en deux, la partie carambole étant hébergée par le club de Monts, tandis que l’unité blackball cohabite avec celui de Tours Nord, la mairie de Joué-Lès-Tours propose au BCJ un hangar. Si plusieurs mois de travaux sont nécessaires, le potentiel est grand. Avec six tables de blackball, deux français et un américain avant d’accueillir un snooker en 2001, le club attire de plus en plus de monde et donc de nouveaux partenaires. L’ascension est en marche. Alors que le budget était d’environ 650 euros en 1992, il passe à 60 000 euros en 2003 et accueille jusqu’à 145 licenciés. Les compétitions se développent très rapidement au niveau national et régional, pendant qu’une école labélisée de carambole et de blackball ainsi que des actions de démocratisation dans les écoles, les maisons de retraite, les comités d’entreprise, les associations voient le jour. « Il s’agissait d’un plan de développement sur cinq ans qu’avait planifié, nous indique Éric Leroux. Le plus compliqué a peut-être été de faire accepter à la Fédération le constat qu’on ne pouvait plus uniquement compter sur la carambole et qu’il fallait donc développer d’autres activités et changer les habitudes. » Pas évident, quand on connaît le poids de la carambole dans la pratique du billard en France depuis le XIXe siècle pour sa version définitive et le début de sa démocratisation. Il poursuit : « Mais là où j’ai vu qu’on faisait vraiment du bon boulot à tous les étages, dans toutes les catégories, c’est quand Christophe Lambert, meilleur joueur français de billard, m’a contacté en 2010 pour rejoindre le club. Il a vu les efforts qu’on a produits et il cherchait une structure avec de l’ambition et des axes de développement ».

Le club actuel du BCJ

Un club moteur qui veut s’ouvrir davantage

Aujourd’hui, le club affiche une excellente santé. Il possède le meilleur palmarès de France en blackball avec, notamment, sept titres de champion d’Europe et quatre autres de champion du monde, et accueille plus d’une centaine de licenciés. Une bonne forme qu’on remarque également au niveau national comme en attestent les vingt médailles décrochées par la France lors des derniers championnats du monde organisés à Albi, en octobre dernier. Avec, entre autres, des titres de championne et champion du monde en individuel, mais également par équipe. Une véritable razzia tricolore. L’ancien dirigeant de la commission nationale de blackball au sein de la Fédération pense pouvoir l’expliquer : « Tout cela est le fruit d’un travail collectif fort au sein des associations. À la différence, je pense, des Britanniques, ou les joueurs sont plutôt issus des clubs privés. Ils sont davantage dans une logique individualiste. Aujourd’hui, chacune de nos équipes de blackball est façonnée grâce au travail d’un coach, qui sait tirer le maximum de nos joueuses et joueurs. Sans oublier également l’apport de Joël Abati [ex joueur international français de handball, NDLR] en tant que préparateur mental ».

Alors qu’à quelques mètres de nous, on entend les aspirateurs et les brosses chasser les dernières traces de poussière présentes sur les billards, Éric Leroux nous indique ses prochains objectifs. L’un des plus importants concerne l’ouverture du billard aux personnes en situation de handicap. Son dernier projet initié en 2017 et qui lui tient particulièrement à cœur : « Je tenais à offrir du bonheur à ces personnes. Voir leur sourire de remerciement, c’est quelque chose qui me touche beaucoup. C’est une population qui n’a jamais été « draguée » à l’inverse des autres catégories, comme les séniors ou les féminines. J’ai donc poussé à la création d’une catégorie au sein de la Fédération. Aujourd’hui, on va plus se structurer pour les accueillir encore mieux et développer un peu plus nos actions dans les centres spécialisés ». Et donc augmenter la surface d’accueil du club. Son autre objectif en tête de liste. « Oui, on aimerait maintenant trouver une autre salle pour prendre une autre dimension dans tous les billards : snooker, américain… et pour tous les publics. Se réunir à plusieurs clubs pour organiser davantage de compétitions et proposer également des initiations régulières aux joueurs non licenciés. ». Pour dérouler, ainsi, le tapis vert ou bleu à tout le monde. 

*Masters (les 32 meilleurs joueurs du classement national), féminines, espoirs, juniors, vétérans, mixtes, handi-billard et par équipes.

Reportage : Pierre-Alexis Beaumont

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