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Benoist Pierre : « le début de mandat est brouillon »

Benoist Pierre, conseiller municipal d'opposition

Depuis le mois de juillet, Benoist Pierre est élu de la ville de Tours. Souhaitant incarner une opposition constructive, ce dernier ne retient pas pour autant ses critiques envers le maire Emmanuel Denis et sa majorité.

Elu pour la première fois depuis les dernières élections municipales à Tours, Benoist Pierre, chef de file du groupe « Les Progressistes », proche de LREM et de la majorité présidentielle découvre les rouages de la vie municipale. Après une carrière universitaire bien fournie, il s’est lancé en politique pour ces municipales. Avec 12,67% des suffrages exprimés au premier tour, le score n’est pas honteux, mais reste loin des ambitions de départ. L’accord avec la liste de Christophe Bouchet au second tour n’ayant de son côté pas réussi à enrayer la dynamique de la liste d’Emmanuel Denis, élu maire de Tours avec 10 points d’avance.

C’est donc dans la peau d’un élu d’opposition que Benoist Pierre s’est installé au conseil municipal. Un rôle qui a forcément une partie frustrante, celle de ne pas pouvoir peser comme on le voudrait sur les actions de la ville, mais que l’élu prend avec philosophie. « Je n’avais pas beaucoup d’imaginaire sur ce qu’était être élu d’opposition, mais je me suis inscris dans une volonté de construire, que mon groupe (ndlr : Les Progressistes composé également de Barbara Darnet-Malaquin, Céline Delagarde et Pierre Commandeur) soit une minorité constructive ». C’est la fameuse troisième voie entre la gauche et la droite que Benoist Pierre n’a cessé de vanter durant la campagne puis comme élu. « Je pense que l’on apporte au débat démocratique par nos vœux, les projets que l’on défend comme l’étude de la deuxième ligne de tramway via les Tanneurs. C’est un travail passionnant. »

Saisir les opportunités politiques qui se présentent

Et puis il y a les opportunités que l’élu a su saisir comme la présidence du SMAT, le syndicat mixte de l’agglomération tourangelle, en charge notamment du SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale), principal document d’urbanisme. Une présidence conquise face à l’élue de la majorité de Tours, et première vice-présidence de Tours Métropole, Cathy Savourey. « Nous sommes dans un territoire tempéré et équilibré, c’est pourquoi ma candidature faisait sens et qu’elle a été acceptée » résume-t-il en revenant sur cet épisode qui a conduit aux premières agitations du mandat au sein de la Métropole et à une élection remportée notamment à la faveur des votes des autres intercommunalités membres (Touraine Est Vallée et Touraine Vallée de l’Indre). En guise d’exemple de sa méthode, il évoque comme sujet le village des marques à Sorigny, un projet contesté qui avait valu il y a deux ans de fortes dissensions entre Tours Métropole et des élus des communes périphériques, comme le maire de Sorigny, Alain Esnault, fervent défenseur de ce projet vu comme une opportunité économique et en termes d’emplois sur sa commune et pour la vallée de l’Indre. Alors que le projet ressort aujourd’hui des cartons, Benoist Pierre croit en la concertation et au consensus sur le sujet : « En discutant avec les élus de la vallée de l’Indre, on se rend compte que l’on peut arriver à un projet alternatif, qui puisse satisfaire tout le monde. »

Ne pas couper Tours de sa périphérie

Benoist Pierre oppose à cette vision du consensus, la fermeté idéologique d’une majorité municipale conduite par Emmanuel Denis. « Si nous souhaitons être dans un rôle constructif, cela n’empêche pas d’être aussi dans un rôle d’alerte et là je pointe les dangers de la majorité municipale qui sont partisans de la décroissance, avec le risque d’une crise économique et sociale dont on ne pourra pas se relever » avance-t-il.

L’un des principaux risques selon Benoist Pierre de la vision politique de l’équipe d’Emmanuel Denis, c’est le syndrome de « l’ilot » c’est-à-dire une ville centre déconnectée de sa périphérie : « La fermeture du pont Wilson aux voitures, la politique anti-voitures, l’hypothèse émise d’une fermeture de l’échangeur de l’A10 de Tours-Centre par Christophe Boulanger (ndlr : vice-président aux mobilités à Tours Métropole), les opinions de membres de la majorité sur l’aéroport… sont des mauvais signes qui montrent qu’ils ne pensent pas sur la globalité du territoire. Le risque c’est justement de congestionner la ville plutôt que de l’aérer ce qui est le but initial. »

« Nous sommes tous sensibles au réchauffement climatique » poursuit-il, « mais pour agir efficacement il faut prendre en compte l’étalement urbain, sinon on exclut une partie importante de la population et on isole la ville de Tours. »

Sans surprises, l’élu d’opposition juge le début de mandat de la majorité « brouillon » : « Je reste sur ma faim quand je vois les orientations budgétaires, j’attends impatiemment le vote du budget où nous devrions en savoir plus, mais pour l’instant je ne vois pas de vision claire. » Un vote du budget qui aura lieu en février prochain. Nul doute qu’il sera l’occasion de nouveaux débats nourris…

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