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Baptiste Dubanchet revient d’Ukraine : le Tourangeau raconte son voyage

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Cela fait plus de trois semaines que l’Ukraine est en guerre après l’entrée de l’armée russe sur son territoire. Impossible de donner un bilan humain précis et parfaitement fiable du conflit mais on sait qu’il y a des milliers de morts civils, et encore plus de blessés. De nombreuses villes sont détruites et au moins 3 millions de personnes ont déjà quitté le pays, sans quitter les millions d’autres qui se sont déplacées sans franchir la frontière. Une population qui a besoin d’aide.

De nombreux Etats se mobilisent donc pour envoyer des vivres, du matériel sanitaire, des armes… Depuis l’Indre-et-Loire, une association Touraine-Ukraine très active et très efficace s’est montée pour recueillir des dons et les envoyer sur place. Il y a aussi celles et ceux qui font directement le voyage… C’est le cas de Baptiste Dubanchet. Le nom de ce trentenaire ne vous est peut-être pas inconnu : il a traversé l’Atlantique en pédalo en se nourrissant d’aliments affichés comme périmés pour dénoncer l’absurdité du système des dates limite de consommation optimale avant de participer à un défi zéro déchet pendant plusieurs semaines afin de montrer que l’on pouvait vivre sans presque rien jeter. Début mars, il a pris la route direction le Sud-Ouest ukrainien avec deux Tourangelles et une franco-ukrainienne. Il a accepté de nous faire le récit de ce voyage particulièrement marquant.

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Pourquoi as-tu choisi de partir ?

(Il marque un long silence) J’avoue que j’ai du mal à expliquer. Il y a une guerre qui se déclare juste à la frontière de l’Europe alors je suis parti pour voir ce qu’il se passait, persuadé qu’il y avait forcément besoin d’aide là-bas. On a pris la route à deux voitures avec du matériel, des médicaments et beaucoup de nourriture. Et l’ambition de ramener des gens, ce que l’on a fait (en France et en Autriche).

Où étais-tu ?

Nous sommes entrés en Ukraine par la frontière avec la Hongrie, du côté de Berehove. Nous avons choisi cet endroit parce que la frontière avec la Pologne était sur-sollicité avec énormément de convois d’un côté comme dans l’autre. On pensait donc entrer plus facilement et apporter une aide dans une zone dont les ONG étrangères étaient à ma connaissance absentes. Il y a la Croix Rouge mais seulement ukrainienne. Je trouve d’ailleurs dommage que les Européens n’aillent pas plus tendre la main là-bas. En fait les gens qui ont le plus besoin d’aide ce ne sont pas forcément ceux qui passent la frontière mais ceux qui restent du côté ukrainien et se retrouvent sonnés, bouleversés par ce qui leur arrive.

Ces personnes, tu les as donc rencontrées.

Elles ne réalisent pas ce qu’il se passe, n’ont aucun plan sur l’avenir. Y’en a qui deviennent fous… Qui ont des enfants, des maris, des amis qui deviennent fous… Tous les hommes sont appelés à se battre et ont interdiction de quitter le territoire. Il y a donc plein de femmes, de mères, de grands-mères, de filles, qui ne veulent pas partir car elles ne se voient pas abandonner leurs proches, les laisser mourir sur place alors qu’elles partent de l’autre côté. Surtout quand elles ont vécu quelques heures ou quelques jours dans une ville bombardée.

La zone où tu te trouvais est relativement loin des principaux combats mais on sentait quand même cette pression de la guerre ?

Il peut potentiellement y avoir des bombardements dans tout le pays mais ça va plutôt cibler les bases militaires. Par contre, oui, il n’y a aucun combat dans la partie Ouest de l’Ukraine. Ils ont tous lieu autour de Kiev, Kharkiv ou à proximité de la Crimée (annexée par les Russes dès 2014). Cela dit cette région se militarise et ses villes sont de plus en plus peuplées : ce qui a lieu c’est un véritable exode. Les gens se rassemblent et ne savent pas quoi faire donc ils restent en se disant « Ça va s’arrêter tout à l’heure, ça va s’arrêter demain, ça va s’arrêter… » et qui attendent le dernier moment, voire qui restent pendant les bombardements, sans doute qui regrettent mais qui restent coincés sous les bombes. Y’en a beaucoup qui ne réalisent pas ce qui se passe. C’est un truc assez hallucinant de penser que, au XXIe siècle, on peut assister à cela. Les gens pensaient qu’il y aurait plus de sagesse à notre époque. En vrai on voit bien que les pays continuent de se militariser donc, dès que l’un d’eux a moins de sagesse que l’autre et veut lui taper sur la figure, il le fait avec tous les moyens qu’il a en œuvre. Et c’est très dur à vivre pour les populations.

Donc à quoi ressemble la vie là-bas ?

Ces gens sont dans des refuges, entassés dans des chambres, des salles de classe… Et ils se demandent quoi faire car ils ont des retours pas très positifs de personnes passées en Europe qui leur disent qu’ils ne savent pas où se loger. Celles et ceux qui n’ont pas de famille, pas de contacts ou pas d’argent hésitent à passer de l’autre côté et restent dans une situation compliquée sans possibilité de faire des plans pour l’avenir. Concernant la vie quotidienne, la population s’agrandit de jour en jour. Quand je passais sur la place centrale, tous les jours je voyais un peu plus de monde. Ça fait bizarre car c’est très silencieux. Il n’y a que les enfants qui font du bruit. Les adultes sont extrêmement calmes, comme endeuillés, tous sur leur téléphone en train d’attendre une nouvelle, ils regardent leur ville presque en direct sur les réseaux sociaux, cherchent à savoir comment vont leurs proches qui vont peut-être pouvoir fuir… ou pas. Ou qui se battent. Les magasins sont encore ouverts mais ne sont pas ravitaillés à la même vitesse qu’ils se vident. Il y a des queues immenses. Les écoles sont fermées, ce n’est pas la priorité et elles sont transformées en dortoirs ou en hôpital psychiatrique. Les usines continuent elles de tourner pour essayer de faire marcher l’économie.

Comment réagis-tu à cette situation ?

Je crois que je n’ai pas encore assez de recul… Je peux dire que j’ai été choqué. Il y a des gens qui me parlaient pendant des dizaines de minutes en ukrainien. Je comprenais les gestes, une dame me mimait si la personne s’est faite tuée ou est en train de se battre. On m’a montré des photos. Avoir toutes ces informations c’est bouleversant… On se demande, comme eux, pourquoi il n’y a pas plus de réactions de la communauté internationale.

Tu envisages de repartir ?

Oui on prend la route mardi. Je me suis engagé à aller chercher une famille et je vais le faire. Pour moi c’est nécessaire, c’est humain de ne pas laisser les gens se faire tuer comme ça. A l’échelle du monde ce n’est rien mais je ne me sens pas de rester planqué derrière une frontière imaginaire en disant « Désolé vous n’êtes pas dans l’OTAN ». Là-bas beaucoup se battent avec le sentiment d’être trahis par des pays qui parlent de liberté mais qui les laissent se faire sacrifier alors qu’ils sont en train de lutter pour elle. Il n’y a pas une liberté en France, aux Etats-Unis, etc. La liberté c’est quelque chose d’universel donc ils se battent pour la même que nous…

Comment s’organise ce deuxième voyage ?

On va partir avec un minibus et un infirmier. On veut aider plus de personnes à sortir et aussi amener un maximum de matériel (casques, chaussures de randonnée, grosses chaussettes, genouillères, coudières…). Des protections pour ce qu’ils appellent là-bas les volontaires civils, des gens qui s’engagent pour résister aux Russes et aider les populations dans les villes. Ce n’est pas l’armée officielle mais ce sont des gars qui fabriquent tout ce qu’ils peuvent pour les protéger ou chercher des gens coincés sous les décombres. Ils peuvent combattre mais n’attaquent pas, cherchent à repousser les Russes qui essaient de piller la nourriture des civils parce qu’eux aussi crèvent de faim.

Un degré en plus :

Les dons peuvent être apportés à l’auberge de jeunesse de Tours (Etape 84, Avenue de Grammont) ou auprès de l’association Touraine-Ukraine dans la galerie de Géant à La Riche. Baptiste Dubanchet a également lancé une collecte de fonds pour financer le trajet et le matériel.

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