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Au Grand Théâtre de Tours occupé : « On est des humains, pas des lapins »

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Voilà 6 semaines qu’un collectif d’intermittents et précaires occupe l’Opéra de Tours 24h/24, 7 jours sur 7. Un mouvement dit de convergence des luttes pour demander l’annulation de la réforme de l’assurance chômage, la prolongation de l’année blanche des intermittents, la réouverture des lieux culturels sans demi-jauge ou encore l’abandon du projet de réforme des retraites. Alors qu’une nouvelle manifestation part de la Rue Fleming à 14h15 ce vendredi, rencontre avec une partie de l’organisation.

« Au début c’était le grand hôtel ou le palais. Maintenant c’est devenu la maison » : alors qu’une odeur d’agrume s’échappe de ses mains, une occupante du Grand Théâtre de Tours nous observe en train de photographier les banderoles qui ornent la grande salle de l’Opéra de Tours. Plus de 40 jours que 10 à 20 personnes dorment chaque soir sur des matelas installés près des loges et qu’une trentaine d’autres se relaient dans la journée pour des réunions, des ateliers, la préparation de manifestations ou simplement des échanges. « Vient qui veut » nous glisse-t-on (il suffit de passer un coup de fil sur le numéro à l’entrée et de remplir une fiche dans le hall). Une fois au cœur du bâtiment historique, on découvre la scène couverte de pancartes, de guitares et autres choses utiles : « La semaine dernière une personne s’est coupée pendant une manifestation. Je lui ai dit ‘t’inquiète, on a des pansements à la maison‘ » renchérit notre interlocutrice les yeux rieurs.

Derrière la bonne ambiance et la solidarité pour les repas ou les moyens techniques, c’est bien l’esprit revendicatif qui domine : « On ne cherche pas des gens qui viennent simplement dormir mais qui s’impliquent dans le mouvement » souligne Sylvie, AESH de profession et, pour le coup, omniprésente. « On a bien l’intention de rester tant que nos revendications n’auront pas abouti » ajoute-t-elle, déçue par la mairie qui insiste sur le coût financier de la démarche estimé à 5 000€ par semaine (sans aller jusqu’à ordonner une expulsion, sûrement par peur des conséquences politiques). La militante n’exprime aucun regret sur la forme de l’action : « On n’a pas demandé le service de sécurité qu’on nous impose. De plus le théâtre est fermé au public mais reste ouvert pour des répétitions ou des résidences. On a fait des propositions concrètes à la Ville comme de se déplacer à la mairie mais il n’y en a pas de leur part hormis une petite salle, ce qui n’est pas possible en temps de Covid. »

L’espoir d’un mouvement durable

Symbolique par son côté central, historique et culturel, le Grand Théâtre devient donc l’agora des professions sacrifiées de la crise Covid et de toutes celles et ceux qui se sentent malmenés par le pouvoir en place.

« Moi je suis trompettiste mais je ne fais pas plus de 43 cachets par an donc je dois prendre un job alimentaire de surveillant à côté » nous dit par exemple un occupant à côté d’une chanteuse et d’un improvisateur, également en dehors du régime. D’où leur volonté de réclamer l’abandon de la réforme de l’assurance chômage qu’ils estiment bien plus pénalisante pour toutes les personnes aux profils similaires dans la culture, la santé, l’éducation, le journalisme, le ménage… : « On parle de nos droits fondamentaux. Il faut que l’on arrête de nous enlever des acquis. On est des humains, pas des lapins » tonne Sylvie qui espère que la convergence dépassera le seuil des 300 à 500 personnes rassemblées samedi 17 avril à Tours pour avoir du poids et in fine peser jusqu’à la présidentielle de 2022 :

« On en a tellement ras le bol. La crise sanitaire a bon dos. Ça part de la culture et ça s’étend à tous les maux de la société qui s’oppose à des mesures aberrantes et qu’on ne peut pas laisser passer sous couvert de Covid. »

Appuyer par des syndicats, le collectif qui occupe le Grand Théâtre tente surtout de fédérer en misant sur le capital sympathie qui émane du monde culturel : des actions revendicatives en forme de flash mob que ce soit la marche funèbre de fin 2020 ou les chorégraphies des profs de danse il y a quelques semaines.

La seule action qui n’a pas vraiment eu l’effet escompté est la tentative d’occupation d’un Pôle Emploi aux Deux-Lions vendredi 16 avril : « Je trouve dommage que les portes aient été fermées alors qu’on n’est pas méchants et surtout que les usagers qui en avaient vraiment besoin n’aient pas pu entrer » déplore Sylvie avant d’annoncer : « Si c’est à refaire nous le referons. »

Jusqu’au 1er mai, il faut donc s’attendre à des actions chaque semaine pour les Vendredis de la Colère, en complément de l’Ag hebdomadaire au Grand Théâtre (ouverte à 80 personnes) et des rassemblements quotidiens de 17h (ouverts à 30 personnes).

Une action spectaculaire pendant le cortège

Ce vendredi 23 avril, nouvelle étape dès 14h15 Rue Fleming, devant la Direction du Travail et de l’Emploi : une manifestation qui passera par le Musée des Beaux-Arts, la cathédrale Saint-Gatien ou encore la bibliothèque et qui mettra en avant la détresse des techniciens. Pour cela, une centaine de flightcase s’animeront dans l’esprit d’un mouvement lancé à Rome et repris partout en France via la jeune association Les Gens du Spectacle, née en Bretagne. Afin d’organiser cette performance, 9 entreprises tourangelles ont fourni les fameuses caisses de transport de matériel utilisées notamment lors des concerts. Parmi elles citons AGT, BBS, Prog’Event ou Light Animation : « Elles boutiquent et essaient tant bien que mal de survivre » explique Matt qui coordonne cet événement. « Je prends l’exemple de Scène de nuit qui a mis tous ses employés au chômage technique et dont le patron court dans tous les sens. C’est vraiment difficile de maintenir le cap s’il n’y a pas de réouverture. »

Une reprise envisageable à partir de mi-mai mais sans certitudes : « A l’instant T nous ne savons toujours pas quels lieux seront concernés. Même le député PCF Fabien Roussel passé nous voir ce jeudi ne sait pas » regrettent les occupants qui craignent que le gouvernement s’oriente plutôt vers une reprise pour les musées et pas trop pour les spectacles. Alors une idée nait, parmi d’autres, surtout dans l’optique où l’occupation de l’Opéra se prolongerait : « Que l’on organise des spectacles gratuits pour le public en extérieur. Cela permettrait plus de diversité. » Le collectif ne manque donc pas d’initiatives ni d’ambitions, il lui reste à convaincre largement au-delà de la base auprès de qui ses idées font déjà écho.

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