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[A l’écoute] Montjoyeux : pétanque, bars et barres…

Comme de nombreux quartiers tourangeaux, Montjoyeux est décrit par ses habitants comme un « village dans la ville ». Un havre de paix, à la fois loin et proche du centre-ville de Tours. 15 minutes en voiture, 25 minutes en bus. On y trouve des barres d’immeuble, un bar et un terrain de pétanque… entre autres. Portrait.

Tout est calme à Montjoyeux en ce chaud lundi après-midi. Le soleil cogne sur les grandes barres d’immeubles grises et un petit air frais fait frissonner les grands arbres qui entourent ce quartier jeune tout juste d’une soixantaine d’années.

« Si on le voulait, on ne pourrait vivre qu’ici. On a tout qu’il nous faut, un supermarché, un marché, une pharmacie… », énumère Marie, attablée au troquet en plein cœur du quartier avec ses amis.

Ce quartier, on peut même y étudier. Toutes les classes sont disponibles, de la maternelle jusqu’à l’université. « Notre lycée est juste à côté donc c’est super pratique, explique Clément, 17 ans, qui habite dans une des barres d’immeuble. On peut traîner dans le quartier avec nos potes avant et après les cours. »

Nous sommes allés tendre notre micro sur place :

Toute une vie fourmille ici. Il y a un marché tous les vendredis, une poste, un relai de tabac, effectivement, tout pour y vivre. Mais pourtant, pour les jeunes, vivre au quotidien dans ce quartier est compliqué. « Il n’y a pas grand-chose à faire. Pour sortir, on doit aller dans le centre. Ce n’est pas toujours pratique avec les transports », continue Clément.

Quand les jeunes veulent partir, les personnes âgées, elles y reviennent. Bruno vient tous les jours, pour retrouver ses amis avec lesquels il joue à la pétanque. « Je viens à pied. Ça me fait du bien et puis on est bien ici. L’air est frais, on a de l’oxygène, on respire et puis on est à côté des arbres. » Sur le terrain, il sont une petite dizaine à faire résonner leurs boules et à commenter les lancers. « Ici, tout le monde connaît les boulistes, s’amuse Coco, en sirotant son ballon de blanc. Montjoyeux sans les boulistes, ce n’est pas Montjoyeux. »

Créé dans les années 60, ce quartier est vieillissant. Les personnes qui s’y sont installées lors de sa création y vivent encore. « Je ne suis pas la seule mémoire vivante du quartier, nous sommes encore quelques-uns. Mais nous sommes de moins en moins nombreux, c’est normal », raconte Marie-Françoise, 86 ans. Ça fait 55 ans qu’elle vit ici. Maintenant, avec sa canne, elle ne peut que faire ses courses à la supérette du coin. Mais auparavant, elle allait au marché ou dans les grandes surfaces. En tout cas, aujourd’hui, elle peut rester vivre dans son quartier de toujours.

« Je ne pense pas vieillir ici. » André, 54 ans, vit ici avec sa femme et ses trois filles. « C’est idéal pour la vie de famille mais je ne pense pas rester. »

Le quartier est en train de connaître un véritable renouvellement de population. Les personnes âgées meurent, laissant ces grands appartements vides et peu cher en plein cœur du quartier. Dans ces barres immenses qui entourent la place centrale, des jeunes familles aménagent avec leurs enfants. Les ados qui sont déjà présents, eux, lancent un cri du cœur. « Il faut que des jeunes viennent. Venez les jeunes ! » Car évidemment les relations avec les autres habitants sont plus compliquées du fait de la différence d’âge.

Un degré en plus : 
  • Près de 4000 personnes vivent à Montjoyeux
  • Montjoyeux accueille un des plus grande résidence étudiante de Tours (1 300 logements)
  • Le parc de Montjoyeux est un espace protégé pour sa biodiversité
  • 560 logements collectifs ont été construits entre 1963 & 1966

Mais pourtant, l’ambiance est douce. « Ce ne sont plus mes clients. Ce sont des amis, sourit le gérant du bar tabac. Je passe plus de temps à tutoyer les gens qu’à les vouvoyer. Et c’est agréable. J’aime revenir travailler ici tous les matins. »

Photos : Pascal Montagne

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