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17 jours dans le coma à Bretonneau… Témoignage d’un rescapé du coronavirus

 

L’épidémie de Covid-19 truste l’actualité, notre vie quotidienne, l’espace économique et social. Seulement, celles et ceux qui n’ont pas été contaminés par le virus peinent à percevoir ce qu’il représente. Olivier Bourdais peut le raconter. Sorti du service de réanimation de Bretonneau il y a quelques semaines, il livre son témoignage sur cette maladie qui a bien failli lui être fatale.

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Patient intubé, au service de réanimation

Olivier Bourdais est taxi, il fait partie de ceux qui vous attendent devant la gare de St-Pierre-des-Corps ou de Tours. Depuis de nombreuses années, des voyageurs de toute nature s’installent sur la banquette arrière de son véhicule. Parfois, il transporte ses clients vers les hôpitaux Tourangeaux. A 60 ans, c’est un bon vivant, une vie tranquille et une retraite bien méritée qui se profile à l’horizon. 

Pourtant, en Mars, alors que le gouvernement a mis en place un confinement généralisé, le chauffeur a lui aussi suivi les recommandations, stoppé son activité pendant plus de 2 mois. A la reprise de son travail, il a adapté son taxi aux exigences sanitaires. Masque, paroi en polycarbonate, il se pensait bien protégé. “Transportant des malades, je me croyais un peu plus averti, et donc plus prudent que la moyenne. Mais on pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres”, témoigne Olivier Bourdais.

Malheureusement, le 9 septembre, malgré les précautions prises, il ne se sent pas bien. Fatigue, difficultés respiratoires, perte de goût et d’odorat… après quelques jours d’inquiétude, il se rend à la clinique de l’Alliance. Sur place, les services font toute une série de tests et diagnostiquent des soucis pulmonaires, auxquels s’ajoute un test Covid qui se révèle positif. Le chauffeur a des difficultés à respirer. Gêné mais pas atteint de façon aiguë, il rentre auprès des siens s’isoler et se reposer.

La nuit où tout bascule 

Dans la nuit du dimanche 13 septembre, l’ambiance est toute autre. Les difficultés respiratoires ont pris de l’ampleur. Olivier suffoque, l’air lui manque. Transporté en urgence d’urgence par le SAMU vers le service de réanimation de Bretonneau, il perd conscience une première fois à peine sorti de l’ambulance. En quelques jours, l’état de santé d’Olivier se dégrade nettement. Rapidement, les médecins mettent en place une oxygénation à haut débit. Ce traitement apporte au patient, grâce à une sonde nasale, un taux d’oxygène de 100% nettement supérieur au 21% apportés par la respiration naturelle. Pour Olivier, “A partir de ce moment, c’est le trou noir ! Je n’ai plus aucun souvenir”. Le chauffeur est entre de bonnes mains mais sa situation s’aggrave.

A partir de là, un combat quotidien s’installe pour voir la lumière au bout du tunnel. Olivier Bourdais est dans le coma et intubé. Il y restera 17 jours. Deux longues semaines d’incertitudes amènent la fille d’Olivier, elle-même infirmière à Blaye, à venir au chevet de son père. Les visites sont drastiquement limitées et toujours cantonnées derrière la vitre de la chambre. En parallèle, les médecins du service contactent également sa femme, Brigitte, pour l’informer sur l’état de santé de son mari. “J’ai appelé la famille de M. Bourdais pour lui expliquer que le pronostic vital était engagé, avec un risque de mort dans les heures ou jours qui venaient. Mais aussi pour dire qu’il subsistait l’espoir d’une guérison” indique le docteur Guillon.

Aux grands maux les grands remèdes

Intubé, sédaté, Olivier est également curarisé et ne peut alors utiliser aucun de ses muscles, même ceux qui lui permettent de respirer. Le respirateur prend alors en charge l’intégralité de cette fonction vitale (volume, fréquence, taux d’oxygène). A ce dispositif lourd s’ajoute comme à chacun des patients de réanimation, une forêt de tuyaux et sondes en tout genre qui courent autour de son lit pour lui apporter eau, sucre, électrolytes, antibiotiques, corticoïdes, etc. et surveiller de très nombreuses constantes médicales.

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Olivier à son arrivée au service de réanimation, sous oxygénation à haut débit

Un cas extrême ? Non, d’après le Dr Guillon, “il s’agit d’un cas classique de patient COVID-19 en réanimation, dans la moyenne”. Selon l’Agence Régionale de Santé, les patients admis en services de soins intensifs en Centre-Val de Loire y restent en moyenne dix jours, un laps de temps qui a tendance à se réduire depuis la première vague de l’épidémie au printemps.

Grâce à toutes ces machines et à l’ensemble du corps médical, Olivier se réveille. Il est hors de danger et communique par clignement des yeux. L’assistance respiratoire qui l’a épaulé pendant de longues journées lui est retirée. Mais le chauffeur n’est pas guéri, il gardera de lourdes séquelles physiques et psychologiques de cette période.

Des séquelles persistantes

Pendant son hospitalisation, Olivier Bourdais a perdu 20 kilos, essentiellement de la masse musculaire. Physiquement, il est diminué. Les traitements lui ont provoqué des éruptions cutanées et son bras gauche restera paralysé pendant plusieurs semaines suite au pincement d’un nerf, une complication rare des manipulations subies en réanimation. Pour récupérer, le chauffeur va devoir se reposer de longues semaines.

Les conséquences ne sont pas uniquement médicales, elles impactent également la vie professionnelle de ce travailleur indépendant. Hospitalisé le 19 septembre, il ne pourra pas reprendre le travail avant le mois de février minimum. Pendant ce laps de temps, il doit vivre sur ces ressources personnelles en attendant les aides de l’Etat. Au total, le chauffeur devra rattraper les 6 mois d’arrêt maladie ajoutés aux deux mois liés au premier confinement. La perte économique est lourde.

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Encore de nombreux soins à l’hôpital pour Olivier, qui se remet doucement

Un appel à la vigilance

Olivier aurait pu faire partie des plus de 1 200 personnes décédées depuis le début de l’épidémie en région Centre-Val de Loire. Une bonne étoile, ses proches présents et le corps médical lui ont permis d’y échapper. Le chauffeur en a conscience, c’est un miraculé. Traumatisé, il a aujourd’hui choisi de repenser ses priorités en regardant vers l’avenir. Le moral est bon. J’ai vu le danger, j’y ai goûté, maintenant c’est derrière explique Olivier. A 60 ans, j’espère maintenant passer de longues années à profiter de ma femme, de ma famille, de mes petits enfants.” 

A l’aune de son expérience personnelle, Olivier pense que la gestion de la crise par les autorités est en retard par rapport à la progression de la maladie, mais reconnaît que chaque citoyen doit participer à la limitation de la circulation du virus. Il veut donc partager ce qu’il a vécu vers ceux qui suivent peu les recommandations et les quelques-uns qui doutent encore de la réalité de ce virus. “Il y a des gens qui traitent cela par-dessus la jambe, alors que l’on est largement averti. Mais on passe outre, alors que nul n’est à l’abri des formes mineures comme majeures” conclut Olivier Bourdais.

Pour Olivier, le plus dur est derrière lui, mais pour le Dr Guillon, le pic d’hospitalisation dans son service n’est pas encore passé. Néanmoins, il se veut rassurant. “Les renforts demandés par l’administration au printemps nous permettent actuellement de faire face, le taux de mortalité est en dessous de la moyenne nationale. Il y a une certaine sérénité, mais cela reste une lutte de tous les instants”. La lutte contre le Covid-19 s’installe maintenant dans la durée, le sprint de mars s’est transformé en un marathon dont l’emplacement de la ligne d’arrivée est encore inconnu.

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