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Vigie, mobilisations, pédagogie… : comment la SEPANT veille sur la nature tourangelle

Elle est écoutée… et parfois redoutée. La SEPANT est l’une des principales associations environnementales d’Indre-et-Loire. Invitée à donner son avis dans plusieurs instances (le Conseil de Développement de Tours Métropole ou les réunions préfectorales), elle surveille de près tous les grands projets d’aménagement urbain ou du territoire pour éviter des bévues, quitte à lancer une mobilisation populaire voire des recours. Rencontre avec son président Pierre Richard.

Disposant de locaux à Chambray-lès-Tours (près du Château de la Branchoire) et aux Fontaines de Tours, la SEPANT emploie huit salariés et deux services civiques. Fondée en 1966, elle compte près de 200 adhérents et fédère autour d’elle 18 associations locales venues de Veigné, La Riche, Sorigny ou du Val d’Amboise pour n’en citer qu’une partie. « Nous sommes agréés pour la protection environnementale, notre compétence est reconnue pour agir sur le département sur les dossiers commerciaux, agricoles, forestiers ou industriels » explique Pierre Richard, président depuis 4 ans. L’une de ses missions : développer une association très active mais pas toujours bien identifiée, « je m’en suis rendu compte aux Journées du Bénévolat à Tours fin septembre. Il y avait des personnes qui ne nous connaissaient pas et d’autres qui ne savaient pas ce que l’on faisait. »

Pourtant, depuis quelques années, la SEPANT participe à des opérations grand public comme le Défi à Alimentation Positive qui consiste à modifier progressivement son alimentation en privilégiant les produits bio et locaux. Elle s’efforce aussi d’être très présente auprès des élus et aménageurs, sa façon à elle de faire du lobbying pour « verdir » leur politique. Parfois ça paie (comme avec Vinci sur l’élargissement de l’A10 privilégié à la construction d’une A10bis à l’Est de Tours), parfois ça coince. Faisons le point, avec Pierre Richard, sur plusieurs grands dossiers départementaux…

 

Tours Métropole :

« Depuis 2014 le climat et l’environnement sont quasiment un non-sujet à la Métropole. Le développement durable est pris en compte avec des initiatives comme le Plan Alimentation pour rechercher une autonomie alimentaire. Il y a une démarche, même si c’est symbolique car ce n’est pas en favorisant l’installation de 3 maraîchers qu’on va y arriver. Ce qu’il manque, c’est une approche globale de la question climatique qui touche à l’urbanisme. Comment construire autrement ? Nous préconisons en engagement : 50% de sols non artificialisés pour 50% de sols construits. Il faut éviter l’étalement urbain : on consomme en 7 ans l’équivalent de la surface agricole d’un département pour construire d’autres choses et les collectivités ne pensent pas à consulter les associations pour les projets environnementaux des communes.

Tours Métropole prépare son schéma d’aménagement du territoire (SRADET). Le Conseil de Développement (CODEV) donnera son avis le 19 octobre… pour un examen du plan en conseil métropolitain le 22 octobre. Donc je ne pense pas que ce qu’il dira pèsera dans la délibération finale, en dehors de quelques points cosmétiques. En revanche nos propositions serviront peut-être pour son actualisation dans le futur… »

 

Prévention des inondations :

« Ce qui vient d’être décidé par la Métropole et la Communauté de Communes de l’Est Tourangeau va dans le bon sens. Mais nous, nous plaidons pour la non-artificialisation des zones inondables. La végétation doit être préservée dans les lits de la Loire et du Cher au lieu d’être rasée le plus souvent possible car même si la forêt réduit un peu l’écoulement de l’eau et augmente son niveau d’1 à 3cm elle consolide le sol là où elle est maintenue. Je pense donc que ce n’est pas une menace décisive pour les digues mais que sans elle on se prive d’une éponge qui absorbe et retient une partie de l’eau. »

A LIRE SUR INFO TOURS : Les dernières mesures de Tours Métropole contre les inondations

 

Plan Local d’Urbanisme (PLU) :

« Nous faisons de la pédagogie auprès des maires sur ce que l’on peut mettre ou pas dans un PLU mais ils ont souvent du mal à s’adapter. A St-Pierre-des-Corps, il y a une volonté manifeste d’urbaniser les cœurs d’ilots du Vieux St-Pierre alors que ces jardins permettent une résistance à l’eau en cas d’inondations. Quand la gare est inondée, ce qui est arrivé il n’y a pas si longtemps, 2h plus tard les habitants du Vieux St-Pierre voient l’eau ressortir dans leur jardin.

En fait les maires sont focalisés sur l’augmentation de leur population parce que cette donnée est liée, par exemple, aux dotations qu’ils reçoivent de l’Etat. Aujourd’hui, nous avons atteint un point de non-retour : plus la population augmente, plus les sols sont artificialisés Il vaudrait mieux se concentrer sur un objectif de diminution de cette population avec une restriction de la natalité. »

Le chantier de l’écoquartier de Chambray

Ecoquartier :

« Nous sommes associés au projet d’écoquartier de la Guignardière à Chambray-lès-Tours. J’attends de voir ce que cela donnera, notamment sur le point de la végétalisation. Il faut que les constructions soient suffisamment aérées pour ne pas avoir la même impression que dans le quartier Monconseil à Tours. Un écoquartier, ce n’est pas juste un quartier avec des pistes cyclables. Par ailleurs, nous allons suivre attentivement ce qui se fera dans le futur quartier des Casernes à Tours. Là, on a l’occasion d’avoir quelque chose d’exemplaire en centre-ville. Les aménagements qui se profilent au Sanitas ou à la Rabière vont aussi dans le bon sens pour avoir moins de concentration des habitants. Ce n’est pas qu’une question de sécurité, mais aussi de qualité de vie. »

 

Agriculture :

« Dans l’agglomération de Tours, les abeilles ont tendance à se porter plutôt moins mal qu’à la campagne : depuis qu’il n’y a plus de pesticides dans les parcs, ils sont plutôt accueillants pour elles : elles y trouvent de quoi se nourrir et pas trop de quoi s’empoisonner.

A la campagne, il y a un travail important à mener auprès des agriculteurs. On essaie de les dissuader de faire des labours profonds, de labourer plus en surface pour préserver la faune du sol. On conseille aussi l’usage de plantes couvre-sol entre deux cultures. Ces usages progressent lentement mais ils progressent bien que l’état-major de la Chambre d’Agriculture ne pousse pas vraiment en faveur de l’arrêt des pesticides pour préserver les rendements. Nous, nous pensons que s’il n’y a plus de pesticides, certes il y a moins de rendement mais les agriculteurs s’y retrouvent financièrement au bout du compte car ils n’ont pas besoin d’acheter ces produits.

Sur un autre sujet, je suis inquiet pour l’élevage en Touraine. Il y a par exemple une ferme de Joué-lès-Tours quasiment condamnée près du futur Leclerc car ça se construit tout autour, il n’y aura bientôt plus de terres. Il faut donc des mesures pour maintenir les prairies, notamment aux abords des cours d’eau. On pense aux bassins de la Brenne et de la Choisille et on essaie de convaincre l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne de s’engager à maintenir ces prairies. »

Naturellement, l’éventualité de l’installation d’un Village des Marques à Sorigny sur des terres jusqu’ici non urbanisées ne plait pas non plus à Pierre Richard.

 

 

Arbres en ville :

« Nous demandons la création d’une Charte de l’Arbre en Ville comme dans un certain nombre de grandes villes. Les communes semblent concourir au concours de celle qui coupera le plus d’arbres. Au Bois des Hâtes, en voulant stabiliser le parking mal commode en cas de pluie on a coupé tous les arbres alors qu’on aurait pu chercher une autre solution. Au Sanitas, on a coupé 140 arbres pour la première ligne de tramway. A la place on a replanté des arbustes, mais il va falloir attendre 40 ans pour qu’ils remplissent leur mission d’abri pour les insectes et les oiseaux. Du coup pour la ligne B, nous ne sommes favorables au passage par le Boulevard Béranger que si l’on ne touche pas aux arbres du mail. Couper 35 arbres c’est beaucoup trop, cela va fragiliser les autres. »

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