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Vœux politiques en Touraine : des messages à faire passer

C’est une tradition républicaine : en janvier, les élus sont chargés de faire des discours de vœux. Maires, conseillers départementaux, députés ou sénateurs… Pas question de déroger à cet impératif qui permet à la fois de donner sa vision de l’année à venir devant une large assemblée, d’évaluer sa popularité, à l’applaudimètre ou en fonction de l’importance des invités du 1er rang et surtout d’affirmer son style.

Dans de nombreux cas, la cérémonie des vœux annuelle se fait dans la simplicité : un seul rendez-vous, un discours du maire, une rétrospective de l’année écoulée en images, parfois un spectacle (magie, musique…) et naturellement un pot de l’amitié. Le rituel est bien rodé, on écoute plus ou moins attentivement les propos énoncés au micro selon le talent de l‘orateur et le contenu de ses notes puis on taille le bout de gras en toute décontraction, parce que c’est vendredi soir voire même déjà le week-end. Les échanges sont francs et directs, avec une dose de langue de bois réduite. Toujours bon à prendre.

Le département d’Indre-et-Loire comptant 270 communes, il y a des débouchages de bouteilles de pétillant tous les jours ou presque, et parfois plusieurs à la suite. Si la plupart des citoyennes et citoyens n’assistent pas à plus d’un cocktail, les politiques, journalistes ou acteurs de la vie locale reçoivent des invitations en cascade pour serrer des mains aux quatre coins de l’agglo et du département. Cela peut vite devenir un casse-tête : où se montrer ? Qui a vraiment des choses à dire cette année ? Son discours sera-t-il plus drôle/sinistre/politique qu’en 2018 (rayez la mention inutile) ?

« Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour cette nouvelle année ? »

Ainsi, tous les ans, on sait que St-Pierre-des-Corps et St-Cyr-sur-Loire programment leurs discours le même soir… mais à une heure d’intervalle, pour les observateurs qui souhaitent tout de même tester les deux ambiances. Un exercice d’équilibriste quand le quart d’heure tourangeau vient troubler ce planning précis. C’est ainsi que l’on assiste à une flopée de départs précipités à la fin des discours, empêchant de fait des échanges toujours instructifs.

Car les vœux, ce sont aussi – et surtout – des temps de réseautage. La députée LREM Fabienne Colboc en enchaînera 4 le week-end prochain : Cheillé, Saché, Neuil et Rigny-Ussé. Pour les élus nationaux qui passent une partie de la semaine à Paris (à l’Assemblée et au Sénat), c’est le moment de capter de manière directe les problèmes et doléances des communes rurales de leurs circonscriptions. D’autant plus sur fond de mouvement des Gilets Jaunes et d’ouverture du Grand Débat National ce mardi 15 janvier. Cela ne veut pas dire que le travail n’est pas fait le reste de l’année, simplement qu’ici l’audience est large et que la période est propice pour entamer facilement des discussions, « qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour cette nouvelle année ? » étant un modèle de question ouverte.

Wilfired Schwartz

Néanmoins, tout le monde ne va pas aux vœux. Ce sont souvent les « forces vives » qui en font un rendez-vous incontournable de leur agenda (acteurs économiques, associations, élus des communes voisines ou des oppositions, représentants militaires…). On y croise donc une frange de la population déjà impliquée dans la vie locale le reste de l’année, souvent âgée même si c’est loin d’être exclusif. Il n’en reste pas moins que ce sont d’excellents relais pour capter le pouls du quotidien. Une vision des choses à approfondir ensuite, loin des coupes et des petits fours.

Discours politique ou axé sur la vie locale : chacun sa matrice

Il est d’ailleurs intéressant de se pencher sur le fond des discours des élus en ce début 2019. Chacun sa stratégie… Axer sur la politique, ou parler essentiellement de la vie locale. A Ballan-Miré, le maire LR Alexandre Chas a privilégié la seconde solution avec juste quelques phrases faisant référence aux « colères souvent justifiées ou compréhensibles, parfois violentes et injustes ». En revanche, la maire communiste de St-Pierre-des-Corps Marie-France Beaufils consacrait l’essentiel de ses 20 minutes de speech au malaise social, concluant par une référence appuyée au petit livre à succès de Stéphane Hessel baptisé Indignez-vous. Au même moment, son collègue de St-Cyr-sur-Loire Philippe Briand (LR) faisait applaudir les forces de l’ordre mobilisées sur les manifestations ces dernières semaines. Deux salles, deux ambiances.

Frédéric Augis

Dans Tours Métropole, deux cérémonies sont toujours très suivies dès la première semaine de l’année : celle de Joué-lès-Tours à l’Espace Malraux, et celle de La Riche à la salle des fêtes. Respectivement maires de ces deux communes dynamiques de l’agglomération, Frédéric Augis (divers droite) et Wilfried Schwartz (divers gauche) ont tous les deux fait des discours locaux et politiques. A Joué, devant une salle de spectacle bien comble, l’élu a longuement insisté sur la sécurité, après une fin d’année marquée par les incendies de voitures. Le lendemain, devant une foule de représentants surprenante pour une ville de 10 000 habitants, son collègue de l’autre côté du Cher a principalement parlé solidarité et vivre-ensemble. On attend maintenant de connaître le contenu des propos du 1er magistrat de Chambray-lès-Tours, Christian Gatard. Un temps proche de la Macronie, il semble s’en être un peu détourné ces derniers temps. On est par ailleurs curieux de prendre connaissance du 1er discours de vœux du tout nouveau maire de St Avertin Laurent Raymond.

A Tours, des vœux qui sentent la campagne

Enfin, dans cette galaxie politique, il y a une ville et un homme à part : Tours, dirigée par Christophe Bouchet. Le maire centriste de la capitale tourangelle a une liste de discours à prononcer longue comme le bras : population des quartiers, agents municipaux, représentants politiques et militaires ou encore, pour la première fois, monde économique. Et il s’adapte à son assistance. Devant les habitantes et habitants, 1h30 de conférence sur la vie locale avec plein de vidéos pour illustrer son propos.

Encore mal identifié de la population, il se fait VRP de sa propre politique, cherchant à donner l’image d’une ville en action alors qu’en face ses oppositions s’époumonent pour prouver exactement l’inverse. Surtout, Christophe Bouchet regarde vers l’avenir évoquant longuement des projets à inaugurer bien après 2020, donc au-delà des prochaines élections municipales. Une façon d’entrer en campagne alors qu’un de ses adversaires annoncés – le Macroniste Benoist Pierre – profite du mois de janvier pour présenter ses vœux en vidéo sur Facebook et suggérer l’intensification de sa présence dans la vie locale.

Vœux 2019

Mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année et rendez-vous mardi 15 janvier pour le lancement d'une initiative citoyenne inédite !

Publiée par Benoist Pierre sur Samedi 12 janvier 2019

Quand on vous dit que les vœux sont un exercice de style politique ! Attention tout de même à ne pas plonger dans ce grand bain avec de trop gros sabots, ça éclabousse.

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