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Passe Passe dans les bacs

Sourire aux lèvres, l’air serein à la veille de l’inauguration de son magasin de vinyle Passe Passe, Anthony nous accueille dans ses locaux flambants neufs. Si les murs sont modernes, la décoration nous transporte dans une autre époque, entre Ghetto Blasters qui nous rappelle les débuts du HIP-HOP et affiches de films vintage courant blaxploitation.

Le vinyle est définitivement de retour dans nos oreilles mais les commerces n’ont pas forcément la vie facile. Nous avons voulu savoir ce qui a poussé ce DJ, aux multiples facettes, à se lancer dans ce périple.

Une aventure pas si nouvelle 

Anthony est loin d’être un novice dans le monde de la musique, ni dans le monde du commerce d’ailleurs. Il est Disc-Jockey depuis 25 ans, connu en touraine sous le nom de DJ Unverse.. À côté de son activité musicale, il est aussi commercial dans la grande distribution, mais également Digger : terme anglais désignant une personne écumant brocantes, foires, et même Emmaüs à la recherche du vinyle rare. 

Il y a quatre ans, Anthony quitte définitivement son activité de commercial pour se lancer exclusivement dans la vente de vinyles via Internet en auto-entrepreneur. “À force de brocantes, on finit par avoir des doubles, des triples, puis par avoir une sacrée collection, c’est là que j’ai commencé mon business sur Internet” nous dit-il. 

Mais Internet ne lui suffit plus. Pour Anthony, le vinyle est un véritable vecteur social. Une dimension qu’Internet ne lui donne pas forcément. “Quand je faisais de l’e-commerce, j’adorais rencontrer mes clients lors des quelques salons que je faisais au Temps Machine ou aux Halles, je prenais plaisir à échanger avec les passionnés qui achetaient mes collections, mais nos conversations étaient toujours trop courtes. C’est là que j’ai senti qu’il fallait que j’ouvre un magasin….”

Alors quand le local situé au 4 rue des trois pavés ronds s’est libéré, notre DJ n’a pas hésité à sauter sur l’occasion “je connaissais ce lieu, il appartenait à un tatoueur, tout me plaisait à l’intérieur, plafond, sol, mur… Si j’avais eu à peindre un local, je l’aurais fait comme ça, des fois il y a des signes dans la vie, et ça, ça en était un”

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Un lieu d’échanges, un lieu de vie 

Ce qui frappe lorsque l’on entre chez Passe-Passe, c’est ce magasin scindé en deux : d’un côté des vinyles empilés de manière traditionnelle dans leurs bacs, et de l’autre un espace hi-fi, qui ressemble beaucoup plus à un espace détente qu’un lieu de vente. Anthony veut retrouver, dans son enseigne, le disquaire de son enfance. “Quand j’étais jeune, on passait des après-midi entières chez le vendeur de vinyle, des fois même sans rien acheter, on buvait un café, on s’enrichissait musicalement, c’est cette ambiance que je veux recréer ici”. Et les bases sont déjà là, à en croire le fauteuil, fort confortable, déjà installé et la plateforme d’écoute pour pouvoir découvrir son vinyle avant de l’acheter.

L’enrichissement musical qu’il affectionne tant va dans les deux sens selon notre disquaire, “mes clients m’apportent beaucoup, je ne connais pas tout et ce qui est génial dans ce milieu, c’est que les gens qui passeront ici connaîtront des choses dont j’ignore l’existence et vice-versa, c’est un partage permanent”.

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Qu’est-ce que l’on trouve chez Passe Passe ?

Depuis le retour du vinyle, la grande distribution s’est mise à rééditer bon nombre de classiques. Pour Anthony, hors de question de s’attaquer à ce marché, de toute façon, les rééditions, il n’aime pas ça. Chez Passe Passe, on ne vend que de l’original : en plus de l’histoire qui accompagne ces disques, il juge de bien meilleure qualité les vinyles originaux, “on avait une technique de pressage dans les années 80 que l’on ne retrouve pas aujourd’hui”.

De la nouveauté il y en aura oui, mais de la nouveauté locale “Je suis dans le quartier historique de Tours, ici les touristes viennent pour consommer local… deux bacs seront consacrés aux artistes du coin”.

Aussi, fort d’un partenariat avec le presseur et distributeur “M comme Musique” basée à Rennes, il consacre un bac aux artistes du distributeur.

Et comme il faut de quoi faire tourner le vinyle, le magasin propose également quelques platines et autres lecteurs cassettes d’un autre temps. Sur tous les fronts, Anthony a plus d’un tour (de Passe Passe) dans son sac. Une fois le magasin lancé, il souhaite créer plusieurs goodies en rapport avec le monde du vinyle et pourquoi pas, à terme, accueillir des sets DJ, mais attention, seulement sur vinyle, le numérique n’est pas le bienvenu.

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Le vinyle : c’est bientôt la fin ? 

Derrière cet enthousiasme débordant, Anthony est bien conscient des difficultés du marché vinyle (nous vous en parlions dans cette article publié en début d’année), en témoigne la fermeture récente du Vertigo, mais il ne semble pas plus perturbé que cela par la situation.

“Cette fin de tendance est réelle, toute mode est cyclique. Cela ne me fait pas peur, il y a certes eu un revival vinyle ces dernières années qui tend à disparaître, mais nous, par exemple, on a toujours acheté du vinyle. Tant qu’on aura Internet, qu’on sera sur la scène internationale, il n’y a aucune inquiétude à avoir, les clients seront là” déclare-t-il sereinement.

En effet, Anthony peut s’appuyer sur un réseau conséquent construit au fil de ces années de disc-jockey, de digger et de e-commerçant. “Je vais retrouver mes clients internet de Blois, Angers etc, je pourrais enfin leur dire de venir passer une après-midi à la boutique, ça va être super.”

Loin d’être angoissé par l’ouverture de Passe Passe, notre DJ commercial semble impatient de vous retrouver dans sa boutique “on n’attend plus que les clients” nous dit-il, avec le même sourire qu’en début d’entretien.

Pour un voyage musical dans l’univers de Passe Passe, il faudra vous rendre au 4 rue des Trois Pavés Rond.

Un degré en plus : Les conseils vinyle de Passe Passe

  • Dark Side of The Moon-Pink Floyd (en pressage original !)
  • Never Too Much de Luther Vandross
  • Pitty Mello-Fiesta Tropical !
  • Les classiques de Gainsbourg
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