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Haut de la rue Nationale : Un projet qui ne convainc pas les élus d’opposition

10 mois après avoir annoncé sa remise à plat et l’extension du périmètre de réflexion à l’ensemble des bords de Loire, le maire de Tours, Christophe Bouchet a présenté à la presse ce mardi, la nouvelle mouture du projet « Porte de Loire ». Une présentation qui rebondit sans surprises depuis sur le terrain politique.

Voir sur Info Tours, la présentation complète du projet

« Tout ça pour ça », c’est un peu l’avis unanime des opposants de Christophe Bouchet depuis mardi. Ce jour-là le maire de Tours a présenté lors du conférence de presse en marge du prochain Conseil Municipal (qui se tiendra lundi 04 février), la nouvelle mouture du projet « Porte de Loire » .

L’an passé, ce dernier avait gelé le projet, comportant deux hôtels de la marque Hilton, des commerces et des logements au niveau de la place Anatole France, expliquant alors : « Je ne me voyais pas transformer le paysage de la ville avec un projet dont je n’étais pas particulièrement fier », tout en replaçant ses nouvelles ambitions : à savoir intégrer le nouveau projet dans une réflexion plus globale, s’appuyant sur le projet « Envie de Loire » lancé en 2017 par la Métropole et qui doit conduire à une série de réaménagements des bords de Loire, notamment aux alentours du pont Wilson.

« Beaucoup de temps et d’argent perdu »

« Nouvelles ambitions » pour les uns, « mégalomanie » et « amateurisme » pour les autres, depuis majorité et opposition se sont livrés à plusieurs échanges épiques sur le sujet. Et l’opposition n’a pas manqué de réagir à l’annonce du projet. Parmi les plus virulents depuis des mois à l’encontre de Christophe Bouchet, Nicolas Gautreau (Les Démocrates) s’est fendu d’un communiqué rude envers le maire de Tours : « Cela fait plusieurs mois que je dénonce les atermoiements, les hésitations voire les manœuvres dilatoires de Christophe Bouchet sur ce dossier, en affirmant qu’à l’arrivée, ce sera bien le projet initialement prévu, avec les mêmes entreprises qui verra le jour. Pour faire passer la pilule, il nous vend un projet farfelu (un réchauffé du projet Envie de Loire) alors qu’en fait, le seul dossier qui avance, n’est pas le sien, c’est le projet du Haut de la rue Nationale ».

Pour son collègue du groupe d’opposition « Les Démocrates », Pierre Commandeur : « Il y a des points positifs à ce projet comme les terrasses en bords de Loire, l’aspect végétal. Aujourd’hui la séparation entre la ville et la Loire est trop marquée. » Mais l’élu centriste de nuancer malgré tout : « Mais on a perdu beaucoup de temps, surtout qu’on retrouve à la virgule près, le projet initial du haut de la rue Nationale, celui prévu par Jean Germain ». Autre réserve de l’élu centriste, les nouveaux bâtiments annoncés et notamment celui faisant le pendant de la bibliothèque : « Je trouve cela particulier de faire des bâtiments sans savoir ce qu’on va en faire. »

Des propos que l’on retrouve dans la bouche de beaucoup d’élus de l’opposition municipale comme Emmanuel Denis : « C’est beaucoup de temps et d’argent perdu puisque cela coûte 300 000 euros par an à la ville. Je me demande où est la nouveauté. Au final, il y a un discrédit total de la parole du maire parce qu’il a cherché à convaincre que le projet n’était pas bon et au final il ressort le projet initial avec un écran de fumée qui ne se fera pas sur ce mandat-là. »

De son côté, Xavier Dateu (centre-droit) ne se montre pas convaincu non plus : « Comme prévu on retrouve le même projet. Je remarque qu’on est encore dans de la construction avec de nouveaux bâtiments, alors qu’il faudrait aérer et renforcer la végétation. En ce sens je trouve que les terrasses en pente douce sont une très bonne idée, seulement on pose des projets à un an des Municipales, c’est de la communication. »

Au bon souvenir des anciens proches de Jean Germain

Pour le groupe « Tours à Gauche » ce n’est pas simplement le projet autour des hôtels Hilton qui est repris à l’identique, mais l’aménagement global des bords de Loire : « Alors que le nouveau Maire avait souhaité « reprendre à la racine le projet », nous constatons surtout que, après un an de tergiversations, de pirouettes, et de glissements sémantiques, le projet initial, tel qu’il avait été conçu par Jean Germain et son équipe avant 2014, sera repris intégralement » écrivent-ils dans un communiqué en citant le bâtiment faisant le pendant de la bibliothèque, la passerelle sur l’Ile Simon et la mise en valeur de la Loire, soit autant d’éléments qui étaient dans le programme municipal de l’ancien maire de Tours qui avait prévu l’inauguration du bâtiment sur la Loire en 2017 selon les documents d’époque.

Même son de cloche chez les anciens élus proches de Jean Germain. « L’équipe municipale, après cinq ans de tergiversations et d’atermoiements reprend donc pour le haut de la rue nationale le projet prévu par Jean Germain : les hôtels Hilton et un bâtiment « miroir » de la bibliothèque en bord de Loire mais dont on ne connaît pas les modalités de financement. Soit au moins quatre ans de retard, pour des raisons inconnues. On imagine que les travaux vont enfin commencer, mais pour ce qui concerne l’aménagement des bords de Loire on en est encore aux études, à la recherche de financements. Pour le reste ce ne sont encore que de jolies esquisses…pour faire patienter » écrit ainsi Jean-Patrick Gille. Un avis partagé par l’ancien élu municipal Alain Devineau qui parle également « d’amateurisme et d’incompétence » concernant l’équipe municipale actuelle.

2 ans de perdus, 5 ans de retard ?

En retrait de ces polémiques, le maire de Tours a affirmé ce mercredi soir lors de sa cérémonie de voeux à Tours-Centre que les travaux allaient débuter dès ce jeudi 31 janvier. Des travaux concernant le projet initial qui doivent conduire à l’inauguration des deux hôtels en 2021 et des logements autour en 2022.

Dès lors il y a-t-il eu 2 ans de perdus ? 5 ans de retard ? Comme l’affirment haut et fort les opposants à Christophe Bouchet ? Nul ne peut contester aujourd’hui que la majorité actuelle a tergiversé sur ce projet initié sous la majorité précédente de Jean Germain. Un projet d’ampleur qui a connu depuis son lot de péripéties entre recours, litiges avec les commerçants expropriés, retards dans les travaux… Autant d’éléments qui avaient levé au fil des étapes beaucoup d’interrogations. . Fin 2016, face au retard mais aussi aux rumeurs sur le projet, une grande conférence avait été organisé par Serge Babary, alors maire de Tours, pour rassurer tout le monde et annoncer le début des travaux en mars 2017… Puis plus rien de nouveau jusqu’en mars 2018 où Christophe Bouchet évoque « un projet mal ficelé » tout en annonçant le reprendre à la racine et « prendre le temps de la réflexion ». Une réflexion aboutie hier donc avec la présentation de cette « photographie générale » pour reprendre les propos du maire de Tours, qui se défend lui de réaliser un « coup politique ». « On engage la ville sur des décennies. Tours est une ville qui a 2000 ans d’histoire, on n’était pas à 18 mois près pour lui donner une entrée de ville à sa hauteur ».

Reste qu’au-delà de la photographie générale et des ambitions pour la ville affichées, il faudra convaincre et affiner et cela passera forcément par la prochaine campagne municipale, ce projet élargi, qui engagera la ville sur 10 à 15 ans, ne pouvant débuter que dans le cadre du prochain mandat municipal. Ceci n’a pas échappé aux opposants à l’actuel maire de Tours qui l’accusent déjà « d’effets d’annonce » en vue de la prochaine campagne municipale, en évoquant les projets dévoilés ces derniers mois comme les Halles de Tours ou le haut de la Tranchée. Les Portes de Loire n’y échappent pas aujourd’hui…

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