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Ehpad : un enjeu d’avenir

Ehpad, cinq lettres qui ont été sous le feu des projecteurs ces derniers mois. Cinq lettres signifiant établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, appelées à prendre de plus en plus de place dans une société où la pyramide des âges vieillit et qui sont sources de beaucoup de questions avec en toile de fond, la question des conditions de vies pour les personnes âgées.

Comme beaucoup, Fabrice a dû se résoudre à placer un parent, suite à une mauvaise chute et une hospitalisation longue. « Mettre ses parents dans un Ehpad est quelque-chose de violent, on n’y est pas préparé. La première visite à ma mère, je suis ressorti effondré, j’avais l’impression de l’abandonner ». Un sentiment d’abandon, rapidement rejoint par l’inquiétude. « On se demande forcément si on s’occupe bien d’elle, surtout avec tout ce qu’on voit ailleurs, mais je n’ai pas à me plaindre. »

Si le Tourangeau se montre plutôt positif au-delà des questions émotionnelles naturelles, pour d’autres proches de résidents en Ehpad cela s’avère plus problématique et souvent l’image de « mouroirs » reste très présente au sein de la population. De manière générale, les Ehpad ont pourtant entamé leur mue. Remplaçants petit à petit les traditionnelles maisons de retraite à partir de 2002, les Ehpad essayent de s’adapter à l’évolution de la société et de ses attentes pour les personnes âgées.

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L’an dernier à Saint-Cyr c’est l’Ehpad de la Choisille qui s’est installé dans des locaux neufs après avoir quitté La Membrolle-sur-Choisille. Un déménagement qui a permis l’ouverture d’une unité pour résidents atteints de la maladie d’Alzeihmer. Pour faire face à la demande de plus en plus importante, entre 2012 et 2016, plus de 300 places ont été créées en Indre-et-Loire. Aujourd’hui la Touraine dispose de 6000 places d’hébergement permanent réparties au sein de 54 Ehpad privés ou publics. Malgré tout, le taux d’équipement dans le département reste inférieur à celui régional et national avec 93,8 lits pour 1000 habitants.

Un manque d’encadrement général

Au-delà des simples chiffres, la situation des Ehpad, et ce n’est pas spécifique à l’Indre-et-Loire, inquiète. Ces derniers mois, plusieurs reportages télévisuels ou articles de presse ont mis au grand jour les difficultés quotidiennes des résidents mais aussi du personnel. A une échelle plus fine, en regardant les établissements, on se rend compte que les situations diffèrent selon qu’ils soient privés, publics, qu’ils dépendent d’un gros groupe ou non… Mais dans l’ensemble le constat est cinglant : il y a un manque de financements qui se manifeste notamment par un sous-encadrement des résidents.

Image d’illustration

L’an dernier, les personnels des Ehpad avaient d’ailleurs organisé une journée de grève nationale pour alarmer sur ce point. Des problèmes de sous-effectifs qui seraient cause de beaucoup de maux à croire Brice*, salarié d’un Ehpad privé de l’agglomération tourangelle. « Aucun collègue ne traite sciemment les résidents avec dédain, on est là pour eux et on essaye de tout faire au mieux pour eux. Là où je suis, on est pas les plus mal lotis en terme d’encadrement mais parfois, faute de temps on se presse pour finir avec un résident. Il n’y a pas de gestion humaine dans ce cas, juste le stress de tout faire à temps, d’avoir le temps d’aller voir tous les résidents, parce qu’on ne peut pas se permettre d’en oublier un. Donc on fait tout rapidement et cela joue sur leurs conditions de vie. » Pour Brice, la solution est simple et se résume en deux chiffres : Un employé pour un résident. Aujourd’hui ce taux est de 0,65 par résident en France. Un taux insuffisant accentué par les difficultés quotidiennes : « Le problème c’est les absences, on fait un métier difficile où il y a beaucoup de turn-over et les congés ou absences maladies ne sont pas forcément remplacées », poursuit Brice.

Des manques de moyens humains, par économie, mais aussi par difficultés à recruter. C’est le constat de la « Mission Flash » de l’Assemblée Nationale réalisée au 4e trimestre 2018. Les parlementaires pointaient alors de façon générale : un manque de personnel et des métiers qui n’attirent plus, un reste à charge important pour les résidents. Autres points relevés par la Mission : une qualité anormalement faible des prestations et une décorrélation entre l’évolution de la clientèle et la réponse apportée par l’institution.

Malgré tout, l’Ehpad, en tant qu’établissement médicalisé, reste une réponse importante à la problématique des maladies neuro-dégénératives chez les personnes âgées et plus généralement à celles en perte d’autonomie. Un enjeu d’autant plus important avec le vieillissement de la population. Si aujourd’hui un Français sur quatre a plus de 60 ans, d’ici 2060, ce ratio devrait passer à un sur trois et l’espérance de vie s’allonger de sept ans sur la même période. Une évolution qui devrait se traduire par des besoins plus importants avec des entrées de plus en plus tardives en établissement médicalisé et donc à un plus grand besoin de prise en charge.

* le prénom a été changé à la demande de l’intéressé

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