Société

Vincent, un Tourangeau à l’X : «Multiplication des rencontres et des expériences»

Le pitch : Mois après mois, depuis septembre 2014, nous suivons les aventures d’un jeune élève issu de la prépa Maths Physique (MP) du Lycée Descartes de Tours dans l’une des plus prestigieuses Grandes Ecoles française : Polytechnique Paris, «l’X» pour les initiés.

Saison 2 Episode 2 «Multiplication des rencontres et des expériences»

Vincent décembre

37 degrés : Bon ça y est, tu n’es plus un «bleu» ?

Vincent : La deuxième année est assez différente en effet. On prend vraiment nos habitudes et notre rythme de vie sur le campus, qu’on appelle le «Platal» (l’Ecole Polytechnique est sur le Plateau de Saclay et l’humour de ses élèves est… heu… voilà quoi, donc un platal, des plateaux, vous voyez le genre, quoi – ndr). On passe pas mal de temps sur les associations et les projets dans lesquels on est impliqués, ce qui constitue une partie importante de notre formation, qui est loin de se résumer à des cours.

37 degrés : Tu nous avais parlé en effet de ces nombreuses associations, les «binets» (saison 1, épisode 5), qu’y fais-tu exactement ?

Vincent : En deuxième année, en gros d’octobre à mars, c’est la passation de la gestion de toutes les associations entre les 3e-année et les 2e-année. C’est passionnant. Il y a d’abord eu la passation du «Bob», le bar de l’école. Pour ma part, je suis très impliqué dans le binet «œnologie». J’ai dû faire mes preuves pendant un mois pour être sélectionné et pouvoir participer à la reprise de cette association. Je suis dans le pôle «vins et fromages» qui organise des soirées toutes les deux ou trois semaines.

«On passe pas mal de temps sur les associations et les projets dans lesquels on est impliqués, ce qui constitue une partie importante de notre formation, qui est loin de se résumer à des cours.»

37 degrés : Pourquoi tu as été attiré par cette activité en particulier, tu t’y connais bien ?

Vincent : A la base pas spécialement, mais j’apprends. Ces soirées nous permettent d’inviter des gens intéressants, de découvrir un univers particulier qui fait partie de la culture française, et aussi de faire vivre le campus de manière conviviale, avec des repas à part, à base de bonne charcuterie et de bons fromages, ce qui change un peu du quotidien où on ne fait pas forcément toujours attention à ce qu’on mange.

37 degrés : Pour ces soirées œnologie, vous arrivez à avoir des invités prestigieux grâce à la réputation de l’école ?

Vincent : Oui sans doute ; on a par exemple récemment eu une soirée avec du Sauternes et on a pu déguster des grands vins sans que ça coûte quoi que ce soit à l’association. Nous passons pas mal de temps à découvrir des vins, à contacter des producteurs et à organiser des soirées selon des thématiques précises.

37 degrés : Est-ce que tu estimes que cette activité fait partie intégrante de la formation de cette grande école ?

Vincent : Oui car c’est très organisé, on apprend la logistique d’une série de rendez-vous, la gestion d’un budget, les bases de la comptabilité, la communication, le travail d’équipe, une certaine forme de rigueur… Des choses de la vraie vie.

37 degrés : Qu’est-ce qui a changé dans le quotidien à l’école par rapport à l’année dernière ?

Vincent : On sort beaucoup plus facilement de l’école. Les amitiés au sein de l’école se sont soudées et du coup maintenant on a envie de prendre l’air régulièrement, pour respirer un peu, sortir dans Paris, aller au ciné. Beaucoup ont une voiture. Avant les attentats un bus traversait le campus, mais maintenant, il faut prendre le RER, mais bon… mieux vaut se déplacer en voiture car entre le campus et le RER, il y a 300 marches…

37 degrés : 300 marches ?!

Vincent : Oui, c’est sur un plateau et la station de RER est au pied du plateau… Il y a 297 marches pour être précis, pendant la période d’initiation, ça fait partie des trucs qu’on nous fait compter… Sinon on peut sortir dans les environs car il y a d’autres grandes écoles qui, comme Polytechnique, organisent des soirées régulièrement : Supélec, l’ENSTA, Centrale…

37 degrés : Comment fonctionnent ces «relations festives» entre ces différentes écoles ?

Vincent : Pas mal par Facebook, mais aussi grâce au binet qui s’appelle le Styx, notre équipe de Djs qui mixent dans nos soirées et qui se sont faits une telle réputation qu’ils sont invités à mixer dans les soirées des autres écoles, du coup ça crée des liens. Certaines soirées sont publiques, d’autres privées comme souvent à HEC qui est une école assez fermée, mais on a toujours moyen de se faire inviter.

37 degrés : Au départ, comment tu t’es fait des amis dans les autres écoles ?

Vincent : Par exemple j’ai une amie qui est à HEC, je l’ai connue avant d’entrer à l’X et d’autres personnes que j’ai connues en prépa à Tours. Pour le reste ça se fait en soirées. De toute façon, il faut être clair, les soirées sont inévitables : dans ma promo il n’y a que 18 % de filles, donc inutile de vous faire un dessin !

«De toute façon, il faut être clair, les soirées sont inévitables : dans ma promo il n’y a que 18 % de filles, donc inutile de vous faire un dessin !»

37 degrés : Bon les soirées, les activités associatives, c’est bien joli, mais à part ça vous avez quand même des cours de temps en temps, ou pas du tout ?!

Vincent : Oui, bien sûr, mais je trouve que c’est assez équilibré entre les différentes choses, le sport (j’ai pris la natation, on a pas mal d’entraînements et de compétitions et, en plus, je suis dans le binet «water polo»), les langues, les quatre grandes matières et ce qui j’aime le plus ce sont les conférences et les rencontres obligatoires avec des intervenants extérieurs. Par exemple on a récemment reçu le PDG de Hublot et Tag Heuer, un personnage haut en couleurs, excentrique, un véritable showman. Il a parlé de sa passion pour son travail, c’est quelqu’un qui vit pour ses projets, il commence ses journées à 3h du matin et termine souvent vers 22h, c’est un monstre de travail. C’était vraiment très stimulant.

37 degrés : Tu m’avais parlé de ton projet de participer au MUN (Model United Nations), ça s’est fait ?

Vincent : Oui, on est partis à seize en Allemagne. On avait un comité représentant un même pays. On a travaillé pendant cinq jours sur un même thème. Là je viens d’avoir la confirmation ce matin, je retourne à Londres début février pour participer à une autre conférence.

37 degrés : Maintenant que tu as un peu de recul, que penses-tu de l’enseignement que tu reçois ici ?

Vincent : Globalement les cours sont très bons, même si certains sont moins bien. Mais on se rend compte, en échangeant avec des anciens élèves qui sont aujourd’hui dans la vie active, que les cours de deuxième année ne sont pas vraiment importants, ils sont plus conçus pour nous donner une culture scientifique, ce ne seront pas des choses qui nous serviront plus tard, c’est une année pour nous faire réfléchir, nous aider à expérimenter des choses, à trouver notre voie…

«C’est une année pour nous faire réfléchir, nous aider à expérimenter des choses, à trouver notre voie.»

37 degrés : Justement, as-tu avancé sur ton projet personnel ?

Vincent : A priori, je suis attiré par les métiers du conseil, mais j’aime toujours beaucoup l’informatique… Mais c’est un peu flou, je ne sais pas trop… Je m’intéresse toujours à l’économie… On va bientôt avoir un cycle de «conférences métiers». On a commencé par le secteur «conseil & finance», quatre anciens élèves sont venus, j’ai mangé avec eux après pour approfondir, c’était intéressant.

37 degrés : Tu vas devoir faire un stage entre mi-juin et fin août ?

Vincent : A priori, je devrais le faire dans une start-up française basée à Bangkok qui travaille dans le domaine de la cyber-sécurité, qui est un domaine qui m’attire depuis mon stage de l’année dernière. J’ai rencontré les trois fondateurs de cette start-up à Polytechnique au moment du forum d’entreprises en octobre. Une semaine avant, ils ont fait une conférence et on a fini avec des bières et des pizzas ! On a eu plusieurs échanges par la suite et le courant est bien passé. Il se peut qu’on parte à trois de l’école car ils auraient éventuellement besoin de trois personnes. Leur boulot consiste à détecter des fuites de données sur les serveurs de grosses entreprises, ce sont des donneurs d’alerte. C’est une belle start-up qui a une croissance à trois chiffres et qui existe depuis trois ou quatre ans.

«A priori, je devrais faire mon stage de deuxième année dans une start-up française basée à Bangkok qui travaille dans le domaine de la cyber-sécurité.»

37 degrés : Ce forum des entreprises est surtout conçu pour les 3e-année, c’est un peu dommage, non ?

Vincent : Justement, avec d’autres élèves nous travaillons actuellement à un projet de forum dédié aux start-ups, qui serait plus adapté aux 2e-année.

37 degrés : Quand on pense à Polytechnique on peut avoir une image, vu de l’extérieur, d’une grosse machine un peu figée, mais d’après ce que tu nous racontes depuis plusieurs mois, on a quand même l’impression que vous pouvez influer sur une partie du contenu de votre formation, sur ce qui se passe au sein de l’école…

Vincent : C’est sûr. Nous sommes force de proposition, de nombreux binets travaillent sur des projets qui voient le jour et demeurent au fil des années, de nombreuses propositions sont faites, certaines sont acceptées, d’autre non, mais globalement parlant, même si je manque encore un peu de recul, on a vraiment l’impression d’être entendus et pris en sérieux et d’être un peu acteurs de cette école.

Propos recueillis à Tours, fin décembre 2015.

Un degré en plus

> Retrouvez ici tous les épisodes précédents de cette série

 

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