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Les commerces « non essentiels » de Tours à l’épreuve du confinement

 

Pas d’activité, pas de revenus. Depuis mi-mars c’est le lot d’un grand nombre d’entreprises d’Indre-et-Loire, impactées par ce confinement qui doit limiter l’expansion du coronavirus. On a beaucoup parlé des restaurants, des bars, de l’arrêt des chantiers ou du secteur culturel… Mais qu’en est-il de tous ces petits commerces qui vendent des vêtements, des bijoux, des produits de déco… Ces coiffeurs, parfumeurs ou brocanteurs forcés de rester portes closes ? Tous luttent pour que leur activité survive au-delà de la crise du Covid-19.

L’info est tombée en début de semaine : l’Allemagne entame son déconfinement et autorise de nouveau l’ouverture des commerces de moins de 800m², quel que soit leur secteur d’activité. En France, il faut attendre le 11 mai pour envisager un premier allègement des mesures restrictives, et encore deux semaines avant d’avoir une idée des nouvelles règles envisagées par le gouvernement (par exemple combien de personnes en simultané dans un salon de coiffure ?).

Néanmoins, au regard de l’exemple allemand, on peut supposer que certains commerces auront l’autorisation de rouvrir sous conditions. Autant dire que le secteur attend cela avec une grande impatience, mais pas sans inquiétude : « Je ne suis pas optimiste, je pense que les clients vont avoir peur » suppose Valérie Marlier, responsable de la boutique de bijoux La Favorite dans le Vieux-Tours qui prend pour exemple l’ambiance dans les rues et les marchés en ce moment : « Les gens ne se regardent pas bien. Il y a de la suspicion. »

« Si on rouvre pour vivoter ça va être compliqué »

Les Tourangelles et les Tourangeaux auront-ils l’esprit à faire du shopping et à consommer ? Voilà une bonne question, et un facteur essentiel pour relancer l’économie. L’OFCE estime que 55 milliards d’euros auront été épargnés par les ménages en deux mois. Ces sommes seront-elles dépensées… ou pas ? Et si elles sont utilisées, plutôt dans les grands centres commerciaux, sur le web ou via les commerces indépendants ? Sacrées incertitudes.

Ce n’est pas la seule préoccupation. « On se demande comment garantir l’hygiène dans nos boutiques. Est-ce que l’essayage sera possible sans risques de contamination ? Par exemple je propose toujours aux clientes d’essayer les bagues avant d’acheter » expose Valérie Marlier qui envisage d’installer un distributeur de gel hydroalcoolique à l’entrée de son magasin de la Rue au Change et de limiter l’accès à une personne maximum. Autant de freins possibles à la vente : « Si on rouvre pour vivoter, qu’on ne gagne pas d’argent voire qu’on en perd ça va être compliqué. Il va falloir se réinventer » insiste l’ex-présidente de l’association Vieux-Tours Dynamique. Pour compenser les pertes du printemps, certains commerçants réclament également le décalage des soldes d’été à fin août, et un report des soldes d’hiver à fin février 2021. Sous peine de perdre encore plus d’argent.

La livraison à domicile comme Plan B

En attendant d’en savoir plus sur les modalités de reprise, tous ces commerces jugés non essentiels s’organisent et tentent d’entretenir leur clientèle. Tous les jours, Valérie Marlier poste des photos sur Instagram, et envisage de développer les commandes web une fois le confinement passé, « peut-être même que j’en viendrais à proposer des livraisons. » Elle le faisait déjà avant le coronavirus, ce qui lui permettait d’inciter à l’achat. Mais là, c’est surtout « pour que les gens ne nous oublient pas. » Une façon aussi d’occuper le terrain « pour ne pas se faire croquer tout cru » par les sites de vente en ligne sans boutique physique.

D’autres sont déjà passés à l’étape supérieure, c’est-à-dire la poursuite des ventes malgré le confinement tout en respectant la loi. Depuis quelques jours, La Boîte à Livres de la Rue Nationale propose d’acheter des ouvrages de son stock via une boutique en ligne et de se faire livrer par La Poste ou de récupérer ses lectures à l’entrée du magasin. Non loin de là, Rue du Commerce, l’enseigne Sortilèges spécialisée dans les jeux de société suit le même schéma : « Après 10 jours de sidération où on était sous le choc on a élaboré une stratégie pour poursuivre l’activité » nous explique Benoit, responsable de la marque qui compte plusieurs boutiques en France.

Des incertitudes sur le long terme

A Tours, Sortilèges fait travailler 4 personnes, dont 3 au chômage partiel. Seul le gérant poursuit son activité pour sauver ce qui peut l’être. Il l’avoue, la livraison ne remplace pas du tout une ouverture physique mais « ça marche plutôt bien. On crée la demande via les réseaux sociaux, ça se diffuse et on a vu arriver de nouveaux clients » nous dit-il, bien aidé par la dynamique enclenchée autour du jeu de société ces dernières années, et l’envie de trouver de nouvelles occupations en période de confinement. Faute de pouvoir flâner dans les rayons, le conseil se fait à distance : « Les gens nous contactent via Messenger ou par téléphone. S’ils ne savent pas ce qu’ils veulent, on les renseigne au cas par cas… comme en temps normal. »

A l’écouter, Benoit ne semble pas trop inquiet pour la suite : « La société est robuste. Si l’Etat verse les indemnités, on va tenir. » Certains propriétaires de boutiques ont accepté un report voire une annulation de loyers. C’est plus compliqué pour les indépendants comme Valérie Marlier : « Avoir un prêt ou des aides c’est bien mais c’est pour l’entreprise. Nous on n’a rien. Comment on vit en tant qu’individu ? » Pour bénéficier d’un peu de trésorerie, elle a inscrit La Favorite sur le site soutien-commercants-artisans.fr qui permet d’acheter immédiatement des bons d’achats à utiliser après le confinement. Du côté de Sortilèges, on parie sur un système similaire doublé d’offres promotionnelles, par exemple des tarifs avantageux sur des nouveautés en précommande. L’organisation d’une soirée de réouverture est à l’étude « quand on aura le droit de se faire des câlins. »

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