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« Le quartier des Douets fait partie de Tours »

 

Certains esprits n’hésitent pas à faire remarquer qu’ils ont l’impression de changer de ville dès qu’ils passent la Loire. A Tours, le fleuve est une frontière assez hermétique entre le centre et le nord. Au sein même de la partie septentrionale de la cité on se sent parfois en marge. A la lisière de Mettray et Notre-Dame-d’Oé, le quartier des Douets se retrouve un peu à l’écart des autres zones d’habitation ce qui n’est pas sans conséquences. Au fil de ses rues, une association se mobilise pour faire entendre la voix des riverains jusqu’à l’hôtel de ville.

C’est un quartier où l’on trouve quelques jolis pavillons et des rues plutôt calmes. Pour faire ses courses, un petit centre commercial sans aucun charme architectural mais avec les services essentiels (tabac-presse, restaurant…). Il y a de la verdure à proximité entre le parc de la Cousinerie et celui des Grandes Brosses. Le lycée Choiseul constitue le pôle éducatif avec la Cité des Formations à proximité immédiate du 37e Parallèle en guise d’atout culturel. Enfin il faut une vingtaine de minutes en bus pour rejoindre la gare de Tours. Les Douets ce n’est pas tout près mais pas trop loin. Un peu comme Montjoyeux au sud du Cher, cela fait partie des secteurs de la ville essentiellement résidentiels auxquels on ne pense pas forcément au premier abord. Pas de raison d’y venir si on n’a rien à y faire ni personne à voir.

Parmi les riverains, cette marginalisation peut susciter de l’agacement. La plupart s’accommodent bien de la situation : on s’occupe de son jardin, on se promène, on joue aux boules (même si un ou deux terrains de pétanque supplémentaire ne seraient pas de refus). En revanche, dès qu’il s’agit de résoudre quelques dysfonctionnements, ça coince.

Le site des anciens abattoirs.
Des rochers pour éviter l'intrusion des caravanes.

« Les Douets c’est un quartier de Tours » insistent autant que possible Laurent Rimasson et Bruno Courtiller. Membres du bureau de l’association « apolitique » Les Douets de Tours, ils mènent un lobbying très actif auprès de la mairie et sur les réseaux sociaux. Objectif : ne surtout pas se laisser oublier. « On a tendance à penser que la ville s’arrête à la Tranchée mais ce n’est pas le cas » poursuivent les deux hommes qui ont profité de la prise de fonction d’un nouvel adjoint au maire délégué à Tours-Nord pour l’inviter illico à l’inauguration d’un panneau d’information installé à leur demande afin d’annoncer les activités des associations des environs. Ils l’ont fait revenir deux semaines plus tard pour un tour complet des lieux dans le but de détailler leurs difficultés ou leurs besoins.

Des avancées insuffisantes pour les riverains

« C’est un quartier qui a du potentiel, qu’on a beaucoup délaissé et qui ne peut être qu’embelli » résume Bertrand Renaud après la visite. L’élu ne promet pas de dire oui à tout mais d’écouter, d’œuvrer à l’aménagement de pistes cyclables sécurisées en lien avec le programme de son maire Emmanuel Denis, ou encore d’agir en faveur de plus d’espaces verts. Pas incompatible avec la liste de doléances de l’association longue comme le bras. Cela dit, celle des avancées obtenues depuis sa création en 2014 est loin d’être insignifiante. Un exemple : après des mois d’échanges avec le lycée Choiseul, la Région et la Ville, un nouveau parvis doit être aménagé pour que les élèves fumeurs restent devant l’établissement au lieu de s’éparpiller aux alentours (ce qui avait tendance à créer des troubles). De nombreuses rues ont été rénovées ces dernières années grâce à l’augmentation du budget voirie décidée en 2017 et la boîte à livres est tellement bien fournie que l’association abreuve d’autres maisonnettes de la commune grâce aux dons des habitants. Aujourd’hui elle aimerait bien en avoir une deuxième pour que ça bénéficie à plus de monde.

Les Douets, c’est aussi le premier quartier de Tours qui a bénéficié du dispositif Voisins Vigilants destiné à lutter contre les cambriolages. Récemment, un veilleur a permis d’éviter un nouveau vol au sein du tabac-presse abonné aux méfaits. « Si les habitants se sentent en sécurité je ne suis pas du tout contre, bien au contraire » constate Bertrand Renaud qui prend par ailleurs bonne note du besoin d’augmenter les patrouilles de la police municipale.

Des problèmes récurrents de sécurité routière

L’un des sujets les plus sensibles : l’installation fréquente de gens du voyage. Que ce soit à la Cousinerie ou sur le site des anciens abattoirs, on découvre plusieurs gros blocs de béton censés empêcher les caravanes d’entrer. Un parking occupé il y a peu héberge encore un Citroën Picasso calciné et ses poubelles n’ont pas été vidées. Non loin de là, on sait précisément quelle zone du bois a servi de WC. Plus loin, voici un portail forcé devant lequel il a fallu ajouter des rochers pour éviter une nouvelle intrusion. Les représentants des riverains s’époumonent, déplorent le manque d’action des autorités. Discours mi-compatissant, mi-impuissant de l’élu :

« L’Etat se délaisse sur les communes et les préfets. Le défi c’est de créer des zones où ces gens se sentent bien et où ils iront spontanément. Il y en a certains avec qui nous avons de très bons rapports, d’autres avec qui c’est plus conflictuel. Nous devons engager le dialogue pour que les choses s’organisent mieux. Est-ce qu’on y arrivera en 6 ans ? Je ne sais pas. »

Les questions de circulation et de sécurité routière occupent également une bonne part des sujets de conversation avec Laurent Rimasson et Bruno Courtiller. Avec la mairie qui vire au vert, le projet de prolongement du périphérique qui inquiétait tant les riverains semble repoussé à la Saint Glinglin. La vente d’une rue à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse qui s’empare du vieux collège pour y installer ses bureaux a été annulée, et le problème d’une liaison pour relier les différents sites de l’institution solutionnés à force d’échanges (le projet de passerelle est devenu une tranchée qui passera sous la route).

« Il faut penser le quartier dans son ensemble »

Reste à régler les problèmes de l’Avenue du Danemark et de la Rue de Suède où les camions affluent puis il faudra s’occuper des zones 30 pas respectées : « A chaque fois nous faisons des propositions à la mairie. Quand on nous a suggéré un rond-point nous avons dit qu’un carrefour à Stop suffisait. Ainsi on a réussi à faire des économies d’argent public » rappellent les deux hommes, dossiers en main. Au fil des pages, le regard se pose sur les photos des rues et maisons inondées après débordement de La Petite Gironde, le cours d’eau qui traverse le quartier. La solution n’a pas encore été trouvée mais des rendez-vous demandés. « Il faudrait notamment reboiser » plaide Les Douets de Tours.

L’ancien collège Paul Valéry, futur site de la CNAV.

L’association surveille enfin de près les transformations à venir dans le quartier, en particulier deux projets immobiliers qui doivent prochainement sortir de terre. Le premier prévoit la construction de 127 logements à côté de l’IME (un recours judiciaire a été déposé par le Comité de Quartier) ; le second pourrait aboutir à l’aménagement de 400 logements sur le site des anciens abattoirs aujourd’hui en friche. Parmi les problématiques soulevées : les difficultés de circulation qui pourraient en découler, une éventuelle saturation des écoles des alentours… Dans ce domaine, Laurent Rimasson et Bruno Courtiller privilégient le dialogue avec les différents interlocuteurs dont les promoteurs. A la ville, Bertrand Renaud renvoie le dossier des abattoirs à sa collègue Cathy Savourey en charge de l’urbanisme souhaitant « que les constructions soient respectueuses des environs. Il faut penser le quartier dans son ensemble. »

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