Vendredi soir, sous une pluie fine, la communauté iranienne de Touraine s’est réunie place Jean Jaurès, pour faire connaître sa cause : réclamer un changement de régime en Iran après les manifestations récentes, réprimées dans un bain de sang sur décision de l’ayatollah Khamenei.
Accueillant chacun avec une soupe traditionnelle appelée Ash-e Reshteh, une trentaine de personnes étaient présentes, d’origine iranienne ou française. Sous les portraits de martyrs, quelques fleurs et bougies étaient disposés en hommage aux disparus. Figure de la communauté, Iman Manzari, adjoint au commerce à la ville de Tours, décrit avec calme la situation “30 000 morts, c’est le bilan estimé des dernières manifestations, cela ne peut plus durer”. Né dans la sinistre prison d’Evin pendant la guerre Iran-Irak, l’élu souhaite une solution pacifique, sans trop y croire.
Lancé à l’origine par les commerçants du bazar de Téhéran, rejoints par des centaines de milliers d’Iraniens, tous ont manifesté pour protester contre les conditions l’inflation et la chute vertigineuse du rial, appelant à la démission de leur gouvernement, qui a alors commis un des plus grands massacre depuis leur arrivée au pouvoir en 1979.

A écouter Maryam, Siamak, Saed ou Abbas, il n’y a pas beaucoup de solutions. Ils et elles attendent de voir s’installer un système démocratique, avec un gouvernement de transition dirigé par Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran. Une figure qui fait l’unanimité à défaut d’autres leaders politiques, tous emprisonnés, tués ou exilés depuis des décennies.
Pour arriver à cette transition, beaucoup attendent un ultime soulèvement de leur peuple, mais certains font le choix du pragmatisme, dans une forme de fatalisme : une intervention de Trump et des Etats-Unis à défaut d’autre voie pourrait décapiter le gouvernement actuel et laisser le champ libre aux démocrates.
Comme le glisse Saed : “On ne peut pas compter sur les autres pays, car le peuple iranien n’a d’alliés que pour faire de beaux discours”. En effet, la seule réaction des Européens a été de classer les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste, acte symbolique, sans effet direct sur la répression.
Chacun voit également le double danger d’une répression encore plus féroce des Gardiens de la révolution (Pasdarans), qui ne lâcheront jamais les leviers économiques qu’ils contrôlent et d’une irakisation de la situation, sans leader clair, qui pourrait plonger le pays dans le chaos pour plusieurs décennies.

Assise dans un coin, Mahe Chahaem, 81 ans, doyenne de la communauté, n’a pas de solution. Elle voudrait simplement revoir son pays, quitté en 1979 : “Si le régime tombe, je prends un billet et je saute dans l’avion” dit-elle avec son accent chantant typique des persanophones. A quelques pas, Aylin, du haut de ses 8 ans, semble lui répondre que l’espoir n’est pas perdu, brandissant fièrement son drapeau iranien.
Une certitude : la suite de l’histoire ne pourra être écrite que par la jeunesse iranienne.









