Société

Colère de flics

Hier, en milieu d’après-midi, il y avait du bleu sur la Place Anatole France. Une partie des policiers du commissariat de Tours s’était donnée rendez-vous pour exprimer leur ras-le-bol. Entre silence et sirènes deux tons, certains fonctionnaires ne cachent plus leur désarroi face la délinquance et à la politique de chiffres qu’ils dénoncent.

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Depuis l’agression et la tentative de meurtre de leurs collègues parisiens à Vitry par une dizaine d’individus cagoulés, les policiers en ont gros, très gros sur le cœur. A Tours, comme ailleurs, la colère gronde dans les couloirs des commissariats. En cause, une délinquance que les policiers dénoncent comme impunie et qui va toujours plus loin. Puis, désormais pointée du doigt ostensiblement « une justice trop laxiste », critique très présente chez les policiers en tenues et chez certains officiers.

« La hiérarchie ? elle doit être « flic » avant d’être gestionnaire ! »

Pour Sylvain* du commissariat de Tours et vingt ans de police derrière lui le constat est amer : « J’en ai ras-le-bol, nous n’avons aucune reconnaissance de notre travail. Et puis, cette justice qui ne poursuit pas… On demande des résultats, toujours des chiffres. Et quand on est victime, il n’y aucune réponse pénale ! ».

Quand on demande à ces policiers au bord de la crise de nerfs ce qu’il faut changer, la réponse n’est pas tendre pour leur hiérarchie. Pour Hervé*, flic à la sécurité publique de Tours : « La hiérarchie ? elle doit être « flic » avant d’être gestionnaire ! ». Dominique*, brassard fluo « Police » au bras, accuse le laxisme ambiant : « On arrête toujours les mêmes qui ressortent aussitôt et les délinquants nous narguent parce qu’ils savent qu’ils seront très vite dehors, surtout les mineurs ! ».

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« Dans l’agglomération tourangelle, il y a des zones de non-droit, il faut le dire » (un policier du commissariat de Tours)

Les uns contre les autres, les fonctionnaires décident de former une ligne qui tourne le dos « à des chefs et aux politiques qui ne nous écoutent pas  » peut-on entendre dans les rangs. Un policier en civil nous interpelle : « Dans l’agglomération tourangelle, il y a des zones de non-droit, il faut le dire… Il y a même des pétitions d’habitants qui en ont assez qui circulent ». La pétition en question concerne les rodéos en scooter et motos dans le quartier du Sanitas et ses abords mais aussi à la Rabaterie à Saint-Pierre-des-Corps. « On nous demande de ne pas poursuivre ces individus en motos pour éviter l’embrasement » accuse un policer exaspéré. Une femme flic silencieuse jusqu’à présent nous dit « que l’on achète la paix sociale» et que « s’il n’y a plus de police française, alors ce sera le chaos ! ».

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Hier après-midi place Anatole France, ces paroles de flics avaient un goût de trop plein et d’amertume qui ne cachent plus le malaise dans les rangs des policiers. « Les collègues qui ont brûlé dans leur véhicule à Paris, c’est la fois de trop ! » crie un policier tourangeau excédé. Bernard Cazeneuve est averti.

(*) Les prénoms ont été changés

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