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Accessibilité pour les déficients visuels : à Tours, l’AVH veille

Ouverte aux personnes non voyantes et déficientes visuelles, la délégation tourangelle de l’association Valentin Haüy multiplie les initiatives et se veut constructive pour améliorer le confort de la vie et de la ville.

A la fin de cet été 2018, Fil Bleu a lancé son application mobile pour les usagères et usagers du réseau bus et tram de l’agglomération tourangelle : « ils sont venus nous chercher pour la tester, et elle est parfaitement compatible avec les synthèses vocales des smartphones » se félicite Eloi Groisil, aveugle et utilisateur régulier des transports en commun. Si la démarche le rend si heureux, c’est parce qu’elle est encore loin d’être systématique (par exemple, Tours Métropole n’a pas travaillé de la même manière au moment de créer la sienne). Pourtant l’association Valentin Haüy est connue dans le paysage local : créée au niveau national en 1889 et installée Rue Victor Hugo à Tours depuis 1989 (après avoir occupé durant 15 ans des locaux Rue de Clocheville) elle siège dans plusieurs commissions municipales ou participe à la labellisation Tourisme et Handicap de différents monuments.

« Notre mission première c’est l’accueil, le contact, ou le relai d’informations » explique le président départemental Claude Martin depuis la salle de réunion des vastes locaux de la structure. Rénovés en 2013, ils sont la propriété de l’AVH suite à un legs et comportent une salle informatique, une cuisine ou encore une bibliothèque, le tout de plein pied et avec des équipements acoustiques pour limiter le bruit.

Des activités tous les jours

« Notre taux de fréquentation est variable » poursuit Claude Martin. Sur la métropole, 150 personnes sont connues de l’Association Valentin Haüy, et plusieurs centaines d’autres pourraient bénéficier de son soutien dans le reste du département, « mais pour elles c’est difficile à cause du manque de transports » (une correspondance est tout de même assurée à Loches). En fait, toute personne déficiente visuelle peut pousser la porte pour participer à une activité, demander des renseignements ou acquérir du matériel adapté (porte-clés parlants, cannes…). Et si des chaises en paille trônent en vitrine c’est parce que l’association est en lien avec une entreprise adaptée de Nantes qui assure ce service en employant des salarié(e)s avec une vision diminuée.

A l’entrée et au fil des pièces, tout est prévu pour se repérer : bandes au sol pour les cannes, annonce sonore avec les horaires d’ouverture ou le numéro de téléphone, poignées de portes en braille, sonnette lumineuse, four parlant… Et il y a de l’activité tout au long de la semaine entre la vingtaine de bénévoles, et la salariée employée à mi-temps.

Parmi les propositions de l’AVH, la trentaine d’heures de cours de braille de Danielle Rénier, qui se charge aussi des liens avec la Maison Départementale des Personnes Handicapées, du suivi des projets étudiants qui organisent souvent des repas à l’aveugle, des sensibilisations dans les écoles (une demi-journée par classe) ou des interventions en maison de retraite pour former leur personnel aux méthodes de guidage ou aux nouvelles technologies, pour venir en aide aux résidents comme aux salariés. « Nous allons également à l’école infirmière car suite à de mauvaises expériences nous expliquons comment décrire une chambre à un patient ou faire en sorte qu’il soit autonome dans sa salle de bain à l’hôpital. »

De plus en plus de lieux touristiques accessibles

A cela s’ajoutent des ateliers danse, sophrologie, méditation, jeux, bricolage… ainsi que des randonnées ou des visites de musées accessibles, « et on cherche des intervenants pour des cours d’anglais ou d’informatique adapté » nous signale l’équipe du bureau.

Pour Eloi Groisil, l’une des principales missions consiste à suivre les dossiers Tourisme et Handicap en accompagnant les structures qui souhaitent obtenir le label, ce qui nécessite des aménagements pour au moins deux familles de handicaps (visuel, moteur, auditif ou mental). « Cela peut par exemple être l’installation de bandes de vigilance dans les escaliers ou des pictogrammes contrastés pour s’orienter » explique le Tourangeau qui constate que la prise en compte du handicap « progresse, comme dans la société. Il y a quelques années, on nous demandait combien de personnes cela concernait, désormais nous n’avons plus ce discours. C’est plutôt une démarche pour attirer un nouveau public. » Récemment, les châteaux d’Azay-le-Rideau ou Amboise ont travaillé sur le sujet tout comme le Conseil Départemental avec le sentier de promenade de la Choisille. Tous devront s’adapter tous les 5 ans pour voir leur distinction renouvelée.

Des progrès à faire en ville

En revanche, pour les restaurants, l’accessibilité n’est pas toujours optimale, « même si on ne m’a jamais refusé la lecture d’une carte » insiste Eloi Groisil qui a développé une technique : « je regarde les cartes affichées sur les applications de livraison Deliveroo ou Uber Eats avant de me rendre dans un établissement car elles y sont affichées. » Malin. On apprend également que les cinémas CGR peuvent proposer les films en audiodescription pour celles et ceux qui ne voient pas l’écran (et que le nouveau multiplexe de Tours Nord a l’obligation légale de proposer cette option dans au moins une salle) ou encore que deux spectacles par an sont audio décrits au Théâtre Olympia (mais seulement deux).

Mais le grand enjeu dans lequel s’investit l’AVH, c’est l’accessibilité des villes et des lieux publics. Pour ça, elle participe aux commissions des pouvoirs publics et ne peut que constater le retard pris depuis la loi de 2005 obligeant les collectivités à adapter leurs locaux et leurs rues… « Tout le monde a attendu, et tout le monde se retrouve à devoir faire les travaux sur une période courte » déplore par exemple Pierre Tricot pour l’association. Néanmoins, il estime que des progrès ont été faits à Tours, « avec beaucoup d’avancées lors du chantier du tram » et que les choses sont prises avec sérieux, notamment avec l’ajout régulier de feux sonores que les personnes non voyantes ou malvoyantes peuvent déclencher avec une télécommande. 70 carrefours sont ainsi équipés.

Cela dit, des progrès restent à faire, y compris dans le partage de la ville : « les poubelles sur les trottoirs, les vélos ou les trottinettes qui vont vite c’est un problème pour nous » note Pierre Tricot qui constate aussi que certains équipements mis en place peuvent se détériorer rapidement de temps à autre. La vigilance reste donc de mise, y compris sur l’avenir du service de transport dédié au handicap Fil Blanc : « nous sommes attachés à son maintien car toutes les personnes ne peuvent pas acquérir leur autonomie malgré les moyens mis en place comme l’application Fil Bleu » insiste l’AVH.


Un degré en plus :

L’Association Valentin Haüy de Tours dispose d’un site Internet accessible ici, et prépare actuellement une exposition au Musée des Beaux-Arts avec la présentation de huit tableaux. Investie dans le programme « Au Tours du Handicap » que la ville monte pour novembre, elle imagine également une action pour le 500ème anniversaire de la Renaissance en 2019.

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