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A Veigné, des archéologues fouillent l’histoire de la Touraine

La Touraine est une terre d’histoire : habitats troglodytiques, châteaux, vestiges de l’antiquité.. les traces du passé y sont nombreuses. Parfois recouverts par des siècles de civilisations et d’aménagements, ces indices rejaillissent et enrichissent nos connaissances du territoire.

Chaque jour, des dizaines de riverains empruntent la rue de Bel Air, à Veigné. Et si, à quelques mètres de là, des familles occupaient déjà les lieux dès le Ve siècle avant notre ère ? Pour le savoir, une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) étudie minutieusement chaque recoin du terrain. Ces fouilles plus précises résultent d’un diagnostic mené sur les lieux en 2018. A l’époque, des sondages avaient été réalisés à la pelle mécanique sur une partie infime du terrain pour caractériser les vestiges. A la suite de ces prospections, l’Etat a décidé de poursuivre les fouilles sur l’ensemble du terrain.

A première vue, le paysage n’est qu’une étendue de terre sableuse et calcaire de 1,7 hectare creusée à la pelleteuse. Pourtant, depuis le 22 juin, chaque petit recoin est inspecté à la recherche de traces anciennes.

Sur cet espace situé en bordure de l’Indre et proche de l’Autoroute A10, l’agencement des couches (ou strates) dans le sol permettent dans un premier temps aux archéologues de reconstituer une histoire. Les spécialistes ont découvert qu’une fosse remplie de fragments de tuiles traversait le terrain. Ces tuiles datent pour une partie de l’époque Gallo-romaine, un indice important pour la suite des fouilles : le lieu était occupé à cette période.

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Etablir une chronologie des lieux

Après avoir étudié précisément les reliefs, les six à neufs archéologues présents sur l’ouvrage creusent manuellement les points repérés. Ici, pas de petits pinceaux fins mais une pelle, une brouette et l’indispensable truelle. Sous un soleil de plomb, Françoise, archéologue, déterre des petites parties de céramique qui seront ensuite envoyées dans un laboratoire pour être étudiées par des céramologues.

« Grâce à ces trouvailles, on peut dire qu’il y a eu une occupation dense du secteur entre 500 et 1200 de notre ère » analyse Nicolas Fouillet, Archéologue et responsable des opérations.

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Les preuves d’une occupation humaine ne s’arrêtent pas là. En étudiant la fosse remplie de fragments de tuile, les archéologues ont mis au jour une cuve enduite de mortier de tuileau. Ce mélange de briques et de chaux aux propriétés imperméables fut utilisé dès l’Antiquité dans les constructions hydrauliques. La cuve présente sur ce terrain aurait servi à la production de vin. Les archéologues supposent que le jus de raisin était réalisé avec un pressoir dans un bâtiment adjacent puis s’écoulait dans cette cuve.

Pour vérifier cette hypothèse, les spécialistes prélèveront quelques fragments de mortier afin d’espérer y trouver des résidus de tanin ou de grains de raisin. Si les analyses en laboratoire le confirme, cet édifice du IIe siècle serait unique en Touraine et dans le nord de la Gaule.

Un propriétaire terrien habitait sur les lieux

Après la découverte d’un (peut-être) espace viticole, de la présence de fosses, les archéologues ont mis au jour une villa gallo-romaine. Cette grande maison de propriétaire terrien associée à des dépendances et disposant de thermes et petits bains chauffés est étonnante pour son époque. Les bains étaient chauffés par hypocauste : le principe, une sorte de chauffage au sol. Un feu de bois chauffait le mortier de tuileau sur lequel était posé le bain. Pour cette histoire, il faut un peu d’imagination car sur place, il ne reste que quelques piliers et fondations des murs de la villa.

Sur une autre partie du terrain, les spécialistes ont trouvé une vingtaine de sépultures. « C’est assez fréquent de trouver des zones d’inhumation comme celle-ci » explique Nicolas Fouillet. Reste à savoir si ces squelettes datent de la même période.

Après plusieurs mois de fouilles, près de 850 traces du passé ont été mis au jour et les recherches se poursuivent jusqu’à la mi-novembre. Les relevés seront ensuite transmis aux laboratoires et analysés pour établir une chronologie plus précise. Sur le terrain, les équipes de l’archéologie préventive remballerons leurs truelles et laisserons place aux travaux de Vinci Autoroute. La Villa Gallo-romaine aura bientôt un bassin pour la reproduction des brochets à ses côtés.

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