A un mois du 1er tour des élections municipales, la campagne ne se fait pas seulement sur les programmes ou la personnalité des candidates et candidats. Les différentes listes engagées se disputent aussi le soutien des partis politiques… ou revendiquent le détachement vis-à-vis des mouvements. Et puis parfois, un peu les deux en même temps. Tout dépend de leurs stratégies.
A Tours, on s’est longtemps demandé quel candidat serait soutenu par le parti Renaissance dont est issu le président de la République Emmanuel Macron. Le suspense a pris fin : il va avec l’ancien maire Christophe Bouchet, par ailleurs encouragé par Les Républicains ou le Parti Radical dont il est membre. Autre parti dit de la majorité présidentielle, le MoDem de François Bayrou penche finalement pour Benoist Pierre. Quant à Horizons, de l’ancien 1er ministre Edouard Philippe, il se range derrière Henri Alfandari issu de ses rangs…
Les centristes se voient donc théoriquement éclatés sur 3 listes dans la première commune d’Indre-et-Loire. Est-ce vraiment important ?
Pour les journalistes et commentateurs, cela permet de situer une liste sur l’échiquier politique. Surtout quand certains candidats comme Benoist Pierre se revendiquent « Divers centre ». La stratégie de ce positionnement est claire : essayer de montrer que l’intérêt général prime avant les partis-pris partisans dans une époque où la politique présidentielle, et les partis en général, ne font pas vraiment recette.
Pour les adhérents de mouvements politiques cela permet aussi de se situer et se reconnaître afin de savoir qui soutenir. Et cela peut donner une indication à certains sympathisants indécis. Sauf qu’il faut suivre l’actualité car, dans le même temps, de plus en plus de listes ne diffusent pas le logo de leur parti sur les affiches ou documents de campagne. Celles-là mêmes qui revendiquent parfois le soutien de partis. On en revient à Benoist Pierre, qui en une semaine a annoncé que le petit parti centriste Utiles et le Parti Animaliste (plutôt classé à gauche) soutenaient son projet, communiqué de presse à l’appui.
C’est donc bien qu’il en espère des retombées positives en communication, alors même qu’un de ses slogans c’est « Mon parti c’est Tours », le même que Frédéric Augis martèle depuis des années avec « Mon parti c’est Joué », à Joué-lès-Tours. Classé à droite mais non-membre des Républicains, celui qui est aussi président de la Métropole n’a pas du tout fait d’yeux doux aux étiquettes. Un non-positionnement qui lui vaut même l’encombrante bienveillance du Rassemblement National qui n’a pas jugé utile de déposer une liste dans la 2e plus grande commune du département, alors qu’il est en pleine quête de représentativité au niveau municipal.
Plus globalement, c’est quand même essentiellement dans les grandes villes, ou les communes très urbanisées, que l’on observe ce théâtre autour des partis politiques. Ailleurs, on connait plus ou moins le positionnement des têtes de listes si elles sont publiquement engagées localement, ou parallèlement investies dans des instances comme le Conseil Départemental ou Régional. C’est donc le PS pour Vincent Morette à Montlouis, la droite pour Jean-Luc Dupont à Chinon… mais globalement les initiatives se disent de plus en plus apolitiques, ne serait-ce que par le profil des candidates et candidats, plutôt engagés dans des associations que des partis. Ces personnalités « issues de la société civile » encore plus précieuses dans les principales communes pour rassurer l’électorat et montrer une politique à taille humaine.
Il y a donc un certain louvoiement qui dépend de la personnalité des têtes de liste et du contexte local de la bataille. A Tours, Joué-lès-Tours et St-Pierre-des-Corps, les bisbilles de partis politiques expliquent par exemple la présence de plusieurs listes teintées à gauche, La France Insoumise souhaitant faire cavalier-seul à Tours et St-Pierre (à Joué, ses militants ont réussi à mener une liste d’union, y compris avec des socialistes). On a même, à Tours, un imbroglio autour du parti Place Publique qui soutient officiellement le maire sortant Emmanuel Denis mais dont un membre – Alain Dayan – est engagé avec Benoist Pierre (et menacé d’exclusion pour ça).
Avec la multiplication des mouvements (chaque personnalité nationale a le sien, de Raphaël Glucksman à Eric Ciotti en passant par François Ruffin et Bernard Cazeneuve), on ne sait surtout plus trop où donner de la tête et il est vrai que le plus important dans une élection municipale, et d’ailleurs dans une élection tout court, reste la capacité à convaincre avec un programme, un raisonnement, des arguments de fond, plutôt qu’une vitrine. Les têtes de listes le savent, s’en réclament, mais le soutien financier des partis et l’apport en forces vives pour compléter les listes ne peut pas être négligé.
Et finalement aujourd’hui, c’est le Rassemblement National qui fait de son logo et de sa charte graphique un atout, pour se faire repérer et identifier facilement dans la jungle des projets, tablant sur le soutien croissant à ses têtes d’affiche nationales (Marine Le Pen ou Jordan Bardella ne sont jamais bien loin dans les documents de campagne). A Tours, Aleksandar Nikolic en fait même un argument avec surtout en ligne de mire, l’importance de scorer pour préparer la marche d’après : l’Elysée ou la majorité parlementaire.








