Les 15 et 22 mars on vote pour les élections municipales. Le commerce et l’urbanisme font partie des grands sujets de la campagne, à Tours, évidemment, mais aussi à St-Pierre-des-Corps, ville à enjeux avec plusieurs projets en cours ou à venir, du chantier de requalification du parvis de la gare de St-Pierre-des-Corps à l’idée d’une nouvelle caserne de pompiers ou de la transformation de la Place Maurice Thorez. Mais quelles sont les priorités de celles et ceux qui vivent, travaillent ou traversent la commune ? On a enquêté.
On pourrait croire que c’est une simple transformation d’enseigne. Au printemps, le Auchan de la Place Maurice Thorez de St-Pierre-des-Corps deviendra Lidl. En fait, le changement de marque du supermarché du centre-ville est l’un des sujets les plus commentés du moment, entre les pour qui se disent que ça va faire baisser les prix, ou les sceptiques qui regrettent de ne plus avoir le choix entre différentes références pour un même produit en raison du modèle de l’enseigne de hard discount. Il y en a même qui dénoncent la transformation de philosophie, entre un magasin où les caissières prenaient le temps de discuter, et une entreprise réputée pour son travail à la chaîne avec objectifs.
Ce qu’on notera aussi, c’est qu’un bouleversement d’ordre privé fait plus parler que les projets municipaux. Certes, quand on échange dans la rue et les commerces, on nous parle des places de stationnement, de l’ambiance, de la coupure estivale de la circulation devant la mairie et la salle des fêtes… Mais pas trop de l’urbanisme, des grands projets d’avenir pour la commune. La priorité, c’est le quotidien.
« En ce moment avec les travaux du Lidl, c’est calme » commente Maeva qui a récemment repris la gestion de la Maison de la Presse du centre-ville. Elle a hâte que le chantier s’achève.
Assis sur sa terrasse en train de prendre un café, Maurice Pascal observe la situation. Il vit à St-Pierre-des-Corps depuis 30 ans. Lui s’accommodera de la situation.Sa priorité c’est plus les activités qu’il pourra faire : la galette des rois, les lotos, les repas des aînés. Il dit ne pas s’intéresser à la politique, ne pas lire le journal municipal, mais il va quand même voter, en se basant sur les programmes. S’il a un satisfecit, c’est sur le centre de santé tout proche : avec l’embauche d’un 2e médecin salarié il a pu se faire suivre. Il assure que ce genre de service c’est essentiel.

A quelques centaines de mètres, la librairie indépendante L’Oiseau Vigie. Fabienne y encadre deux stagiaires de 3e, deux habitants de la commune, heureux d’y vivre. « Il y a plus beau mais on sent qu’ils font des efforts pour rénover. Ça s’améliore. C’est proche de la ville, c’est vivant, on s’y sent en sécurité, c’est bien desservi même si il manque le tram. » La fête estivale, revenue en ville, les a séduits avec ses spectacles et son show laser. En revanche, « ça manque de commerces. Il n’y a rien pour s’acheter des vêtements. »
Mais il y a une librairie. Et ce n’était pas forcément gagné. Quand on regarde, ce n’est pas si fréquent dans les communes de même taille de l’agglomération. Fabienne la tient depuis 5 ans et se réjouit de son pari : « C’est grâce à la gentrification, les gens qui se sont installés pour être proches de la gare et qui ont permis l’ouverture de commerces comme le mien. St-Pierre-des-Corps ce n’est pas moche et c’est vivant. Il y a même des gens de Joué-lès-Tours qui viennent au marché. Mais cela manque encore de dynamisme commercial. Il faudrait qu’on pense plus ensemble. »

Ses propositions : faire plus qu’un marché sur la place, augmenter la durée de stationnement pour la zone bleue pour attirer les gens de l’extérieur, convaincre la Métropole de s’occuper un peu plus de la commune… « Il y a plein de choses magnifiques ici mais il manque une certaine fierté de St-Pierre-des-Corps. » Nicolas le fromager ne dira pas le contraire. Avant qu’il s’installe près de la gare, on a pas mal essayé de le dissuader. Il a tenu bon et ne regrette pas, se disant fier de pratiquer des prix compétitifs pour des produits de qualité.
« St-Pierre-des-Corps n’était pas mon idée première mais je n’ai pas douté du potentiel et ça fonctionne. On voit toutes les populations et les retours sont positifs » nous dit-il, lui aussi conscient que la gentrification assure la pérennité de son affaire. Il espère également que d’autres suivront son exemple, pour créer aussi une sorte d’attrait depuis la gare, alors qu’aujourd’hui on a plus l’impression de s’enfoncer dans un quartier pavillonnaire quand on en sort. Comment changer cela ? C’est sûrement un enjeu pour les listes candidates.
Photos : Pascal Montagne









