La création, lundi 28 septembre 2026, d’une commission métropolitaine chargée d’étudier la faisabilité d’une Arena a suffi à rallumer un débat ancien et mis à jour des divergences stratégiques au sein même de la gauche tourangelle.
Un serpent de mer tourangeau
L’idée n’est pas nouvelle. En 2018 déjà, sur 37° degrés on relevait le décalage entre les ambitions des clubs tourangeaux et des infrastructures jugées trop limitées. La salle Grenon avait alors été rénovée pour répondre aux normes européennes du volley et franchir le seuil des 3 000 places, mais la question demeurait : une extension du Palais des Sports pouvait-elle suffire, ou fallait-il construire une enceinte nouvelle ? À la fin du mandat 2014-2020, l’agrandissement du Palais des Sports avait été préféré à une Arena métropolitaine. Le dossier portait par le TVB et soutenu notamment par l’ancien maire Christophe Bouchet a pourtant disparu pour deux raisons principales : Le Covid et ses contraintes engendrées derrière ainsi que la défaite du maire sortant face à son concurrent écologiste Emmanuel Denis.
Le sujet n’était pourtant pas nouveau et ce projet faisait déjà suite à un précédent porté par Xavier Dateu (adjoint aux sports de 2014 à 2017) puis abandonné lors de l’arrivée de Christophe Bouchet comme maire.
Bien avant au milieu des années 1990, celui qui était alors premier adjoint socialiste, Jean-Patrick Gille, évoquait déjà dans la presse, l’éventuel besoin d’une grande salle à Tours. Dans le journal Libération, il évoquait ainsi une réflexion autour d’une grande salle de sports pour accueillir le club de basket qui nourrissait (selon les propos de son coach Pierre Dao dans ce même article) « l’espoir de retrouver la Pro A et la coupe d’Europe à l’horizon 2000. » On connaît la suite : une descente dès 1998 et un dépôt de bilan reléguant le basket tourangeau à des niveaux amateurs. De quoi laisser la salle Grenon au seul TVB alors en pleine expansion, la question d’une salle plus grande ne se posait dès lors plus vraiment à court terme.
Finalement entre 2002 et 2004, c’est la rénovation du Parc des Expositions et de son Grand Hall qui avait été privilégié, le maire d’alors Jean Germain, ne manquant pas d’évoquer « un petit Bercy ». Si depuis la structure a fait ses preuves pour la partie spectacles avec une jauge allant jusqu’à 12 000 places, elle ne peut accueillir ponctuellement que quelques événements sportifs ciblés comme les Internationaux Indoor de BMX. Pour le reste, le sol en pointe de diamant (qui permet l’évacuation des eaux lors du nettoyage) entraîne une différence de 50 cm de niveau au sol entre le centre et les extrémités de la salle, empêchant de fait toute grande compétition sportive de s’y tenir. Le TVB avait bien réalisé des études en 2006 et 2007 pour y organiser un final four de la Ligue des Champions, avant de se raviser face au défi technique mais aussi au coût que cela aurait engendré.
Une réponse aux ambitions sportives et culturelles ?
Pour les défenseurs du projet, et face au vieillissement du Grand Hall (dénommé un hangar par Julien Doré lors de sa venue en concert il y a quelques mois), l’agglomération manque pourtant aujourd’hui d’une salle intermédiaire capable d’accueillir des grands matchs et des spectacles d’envergure. Le Tours Volley-Ball, le Tours Métropole Basket ou encore Chambray Touraine Handball sont régulièrement cités parmi les clubs susceptibles d’y organiser leurs affiches les plus attractives. L’enjeu serait autant sportif qu’économique : augmenter les recettes de billetterie, proposer des espaces d’hospitalité mais aussi d’attirer des événements qui contournent aujourd’hui Tours.
Lors des municipales de 2026, plusieurs candidats au poste de maire de Tours avaient d’ailleurs placé le sport métropolitain et les infrastructures au centre de leurs propositions. Dans son décryptage des programmes consacré aux équipements, Les Cafés du Sport et 37° degrés montraient cependant que les candidats ne s’accordaient ni sur la taille de la salle, ni sur son financement, ni même sur la priorité à lui donner.
Le coût et l’emplacement : deux éléments clés
Le premier clivage est budgétaire. Nous l’avons encore vu lors du conseil métropolitain du lundi 28 septembre 2026. Face à l’annonce d’une commission sur la faisabilité d’une Arena, les élus de La France insoumise ont dénoncé un investissement qui serait d’au moins une centaine de millions d’euros et contestent la pertinence d’une telle dépense alors que de nombreux gymnases, écoles et bâtiments publics nécessitent déjà des rénovations. Ferielle Boukhtouchen a qualifié le projet de « hors sol », tandis que Marie Quinton défend depuis la campagne municipale une priorité donnée à l’existant. L’argument est simple : avant de construire un équipement emblématique, la collectivité devrait remettre à niveau les salles utilisées quotidiennement par les clubs et les habitants.
La controverse porte aussi sur le modèle économique. Une Arena ne se résume pas à son chantier : elle suppose des coûts d’exploitation, une programmation régulière et une fréquentation suffisante pour éviter qu’elle ne pèse durablement sur les finances publiques, comme c’est le cas pour le Co’Met d’Orléans, jugé par beaucoup (y compris par des défenseurs de l’Arena tourangelle) comme un mauvais exemple.
À la dimension financière s’ajoute la question de la localisation et des infrastructures annexes. Le maire de La Riche, Sébastien Clément, a proposé d’étudier le site de La Riche Soleil, un centre commercial quasiment déserté, si ce n’est pas une pharmacie. Ses 17 hectares, ses 1 800 places de stationnement, son accès direct à la rocade et ses réseaux existants en font, selon lui, une opportunité pour éviter qu’une friche ne s’installe. Cette hypothèse, détaillée dès juillet 2025 dans un article de 37° degrés, permettrait en outre de réutiliser une zone déjà artificialisée.
Contacté par 37 degrés, Cédric de Oliveira, maire de Fondettes et vice-président métropolitain chargé de la culture et du parc des expositions qui préside la commission métropolitaine, n’élude aucune piste : « Déjà cette commission a pour mission de définir l’opportunité, c’est à dire, s’il est judicieux ou non pour le territoire de faire une Arena, mais aussi sa faisabilité, c’est-à-dire comment on la fait si on retient ce projet et où on l’installe. Dans ce sens, l’AMO (Assistant à Maitrise d’ouvrage) avec qui nous travaillerons sera chargé d’étudier tous les fonciers disponibles dans les 22 communes de Tours Métropole ».
Une fracture politique, surtout à gauche
La commission de douze élus, présidée par Cédric de Oliveira, doit rendre ses conclusions en juin 2027. Elle devra préciser les besoins, la jauge, le site, le coût, le montage financier et les conditions d’exploitation. Autrement dit, répondre à tout ce qui alimente aujourd’hui la polémique. Pour y arriver, les membres de la commission visiteront notamment les Arenas de Bordeaux et Poitiers et se réuniront à plusieurs reprises. « La commission n’aura pas de pouvoir de décision », précise Cédric de Oliveira qui explique : « Notre mission est de rendre un rapport complet, qui sera étudié ensuite par les 87 élus de la Métropole qui décideront à la fin de la réalisation ou non du projet ».
Mais la création de la commission a par ailleurs ravivé les différences politiques y compris au sein d’élus membres de la majorité à Tours. D’un côté, les élus socialistes, comme l’adjoint aux sports Eric Thomas, défendent l’étude d’un équipement susceptible d’accompagner le sport de haut niveau et l’offre culturelle. De l’autre, LFI oppose à cette logique d’attractivité une hiérarchie différente des urgences, fondée sur la rénovation, les usages quotidiens et la sobriété budgétaire. La tension est d’autant plus visible qu’elle traverse la majorité municipale de Tours. Emmanuel Denis, maire écologiste et vice-président de la Métropole, avait lui-même défendu pendant la campagne le principe d’une étude. En appelant à « dédramatiser » la commission, il tente aujourd’hui d’empêcher que ce dossier ne donne l’image de « gauches irréconciliables ». Mais la séquence montre combien les compromis électoraux n’effacent pas les désaccords de fond.








