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Un quatuor complexe, comique et naturel au Théâtre Olympia

Jusqu’au 8 décembre, le Centre Dramatique National de Tours accueille Le bruit des arbres qui tombent, spectacle conçu et mis en scène par Nathalie Béasse. On l’a vu, on vous raconte.

Etonnante cette pièce, voire parfois déstabilisante… On est sorti de la salle l’air stupéfait, un peu incrédule, totalement perdu. C’était peut-être l’intention. Cela a commencé par le tout premier plan : la scène nous apparait pratiquement vide, à l’exception de 4 chaises, et de quelques objets posés côté cour et côté jardin. Puis quatre personnes – trois hommes, une femme, en tenue de tous les jours – s’installent et commencent à manier une bâche telle une marionnette géante. Une bâche qui danse, masque la lumière, ou imite le bruit du vent dans les feuilles un jour d’automne. S’ensuit une série de chorégraphies tantôt lentes, tantôt sauvages. Parfois comiques, ou presque tragiques.

Dans son spectacle, la metteuse en scène convoque (séparément) Marguerite Duras, Saint-Mathieu, Shakespeare ou Jacques Brel. Ses comédiens et sa comédienne sont souvent silencieux, à part quand ils empruntent les mots de ces plumes célèbres. Pas bavards, certes, mais loin d’être dénués d’expressions. Et quand ils déclament des extraits d’œuvres littéraires, c’est pour évoquer des souvenirs, témoigner d’expériences de vie. Ils le font en français, en anglais, ou en néerlandais (pour une version de Ne me quitte pas), au micro ou assis sur une valise avec de l’eau qui coule sur la tête.

Peu d’interactions entre les 4 personnes sur scène, mais des connexions, des échanges, pourquoi pas une histoire commune. Nu et noir pour la première scène, leur espace de jeu se remplit progressivement comme l’on emplit une vie de souvenir, mais il devient aussi de plus en plus désorganisé, et parfois incontrôlable. Un buisson vivant traverse le plateau, des vêtements tombent, volent et virevoltent, on se roule dans le sable et dans la terre, on crie, on court, on cherche, on s’époussette, et on pense.

« Théâtre des corps, des images, des sensations plus que des mots » lit-on dans la présentation de cette pièce, et c’est tout le propos : chacun(e) y saisira ce qu’il ou elle veut bien y piocher, comme quand on part marcher seule(e) en forêt pour réfléchir et chercher des réponses. Les clés ne sont pas évidentes, la finalité non plus, et il vaut mieux être polyglotte pour saisir l’ensemble des propos. Mais Le bruit des arbres qui tombent cherche volontairement à susciter le mystère et les questionnements qui en découlent, tout en y apportant un peu de légèreté par des ressorts burlesques impromptus.

Photos : Jérôme Blin


Un degré en plus :

Le bruit des arbres qui tombent, jusqu’au samedi 8 décembre au Théâtre Olympia de Tours, rencontre avec les artistes à l’issue de la représentation du jeudi 6 décembre (19h).

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