“On a besoin de l’imaginaire pour mieux tolérer le monde dans lequel on vit” : interview de Nicolas Martin, co-créateur du festival Mauvais Tours 

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Succédant au festival Mauvais Genre, Mauvais Tours devient au fur et à mesure des éditions, le rendez-vous pour les amateurs des cinémas de l’imaginaire en Touraine. Créé en 2024 par deux amoureux du grand écran venus tout droit de la région parisienne, le festival revient à Tours du 15 au 18 octobre 2026 avec une programmation toujours plus diversifiée. Interview de Nicolas Martin, l’un de ses créateurs. 

Comment est né Mauvais Tours ?

Mauvais Tours prend ses racines dans un festival qui préexistait qui s’appelait Mauvais Genre qui a duré 10 ans et auquel je suis allé les trois dernières années ; d’abord en tant que journaliste, puis en tant que compétiteur puisque mon court métrage était en compétition. Ensuite, j’y suis allé en tant que membre du jury et réalisateur de la bande-annonce du festival pour le 10e anniversaire. Et il s’avère que là-bas, j’ai rencontré une équipe absolument merveilleuse, des bénévoles qui sont devenus des amis et j’y ai aussi rencontré mon partner in crime Simon Riaux qui est devenu l’un de mes meilleurs amis et également mon co scénariste pour des projets de cinéma. Mauvais Genre s’est arrêté au bout de la 10e édition et on est resté très copains avec l’équipe de bénévoles. Puis, par un concours de circonstance et une envie de relancer ce festival, on s’est lancé. 

Et donc aujourd’hui Mauvais Tours, qu’est-ce que c’est ? Comment ça a évolué ?

On a voulu changer un peu et proposer quelque chose de différent. C’est un festival des cinémas de l’imaginaire. Ce n’est pas un festival de film d’horreur, pas un festival de films fantastiques, mais bien un festival qui couvre vraiment tout l’arc des cinémas de l’imaginaire dans lequel on va pouvoir retrouver autant de l’animation jeune public que des films gores interdits aux moins de 16 ans. C’est le meilleur éventail qu’on puisse donner.

On a eu d’ailleurs la chance pour notre première année de programmation de programmer le film The Substance de Coralie Fargeat et le dessin animé Flow de Gints Zilbalodis. C’est vraiment exactement notre ADN c’est-à-dire de se dire qu’on est sur toutes les propositions que peut faire l’imaginaire au sens le plus large du terme : parfois poétique parfois surréaliste. 

Pour vous, quels sont les critères principaux pour un bon film de l’imaginaire ? 

C’est difficile. Tout ce qu’on attend, c’est que ce soit à la fois surprenant, iconoclaste et divertissant. Et si en plus, comme souvent d’ailleurs avec le cinéma et la littérature de l’imaginaire, ça fait réfléchir un peu et que ça a un propos sur la société, on a le trio gagnant.

Vos recommandations du moment ?

Dans le domaine de l’horreur, il y a par exemple Resident Evil de Zach Cregger. Ça a l’air d’être “une grosse bourrinerie” américaine débile. Eh bien, pour moi, c’est peut-être la meilleure adaptation au cinéma d’un jeu vidéo. Zach Cregger a tout compris : c’est fun, ça respecte la franchise vidéoludique, c’est intelligent, c’est remarquablement fait, ça a tout compris aux jeux vidéo… Bref, c’est vraiment un excellent divertissement. Alors évidemment, il faut aimer les films de zombies, mais c’est surtout une énorme comédie. 

Dans un autre domaine, pour des gens qui n’aiment pas trop l’horreur, je pourrais vous parler de mon énorme coup de cœur de cette année qui n’est pas encore sorti mais qui va sortir en novembre : La Bola Negra de Javier Calvo et Javier Ambrossi qui sont deux réalisateurs espagnols qui ont fait une espèce de fresque absolument sublime. On a eu la chance de le voir à Cannes où il a d’ailleurs obtenu le prix de la mise en scène. C’est l’histoire de trois personnages homosexuels à trois époques différentes : en 1932 sous la République espagnole, en 1937 pendant la guerre d’Espagne et en 2017. C’est une fresque de 2 heures d’une beauté cinématographique, d’une poésie qui emprunte à de grands auteurs espagnols et qui est vraiment une sorte de récit épique sur ce qu’est être homosexuel. 

Selon vous, pourquoi l’imaginaire plaît-il autant aujourd’hui au public ? 

Je dis souvent que la véritable horreur est celle que je vois quand j’allume une chaîne d’info à la télévision ; on vit un moment extrêmement pénible, anxiogène entre la résurgence du fascisme, l’effondrement climatique, la guerre à nos portes…

L’imaginaire, c’est vraiment une porte de sortie pour nous permettre de rêver, pour nous permettre de nous faire peur mais sans avoir vraiment peur. C’est confortable de lire un livre d’horreur en étant sous une couette et de savoir qu’on peut le fermer à tout instant. Aujourd’hui, on en a plus que besoin pour pouvoir s’échapper, changer de monde et tolérer un peu mieux celui dans lequel on vit. L’imaginaire est porteur de messages politiques, humanistes, progressistes, ce qui nous permet de réfléchir, de voir le monde sous un autre prisme.

Un degrés en plus

Si vous voulez en savoir plus sur l’édition 2026 du festival Mauvais Tours, vous pouvez jeter un œil à notre article sur Info Tours.

Crédit Image à la Une : Bateau Ivre

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