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Le tuto pour réussir sa nuit blanche au Printemps de Bourges

Voilà, c’est officiel : la saison des festivals est lancée ! Chaque année Bourges donne le ton. Les artistes qui s’y produisent seront partout en France cet été… ou le suivant. Capable de concentrer en une seule ville les voix les plus hype du moment et celles en pleine éclosion, le Printemps est une expérience qui demande une certaine endurance. Surtout quand on vient de Touraine…

Venir à Bourges c’est facile, y rester s’avère plus compliqué. Petite ville de 66 000 habitants, la capitale du Cher ne dispose pas d’un gros parc hôtelier. Alors pour dormir là au moment du Printemps il faut anticiper, avoir de la famille/des potes dans le coin… Ou se préparer à une nuit blanche. On a opté pour la dernière option, et on va vous raconter tout ça. Entre les deux, on a pris le temps de faire une sieste de 4h30 et une nuit de 10h. Sans oublier de déguster un grand verre de jus d’orange et de s’imprégner la peau d’un lait pour le corps revitalisant à la composition, on l’espère, la moins cancérigène possible.

Donc direction Bourges vendredi, à moins de 2h de Tours si l’on attrape un train direct ou une automobile qui passe par l’autoroute (tu prends le périph, tu bifurques sur l’A85, tu termines sur l’A71 et ensuite tu essaies de ne pas te perdre à cause des nombreuses rues barrées de la cité du Berry). Pour profiter des concerts et rentrer à Tours sans risquer de s’endormir au volant, une seule solution : le bus. A 5h du matin le samedi. Ou le train à 8h si t’es vraiment du genre warrior.

  • Conseil N°1 : bien anticiper son trajet aller-retour. Se préparer psychologiquement
  • Si tu as oublié le conseil N°1 : trouver le moyen de squatter une loge entre 3h et 9h du mat’
Jeanne Added-5050

Peut-on s’ennuyer pendant tout une nuit à Bourges ? Le 11 décembre, sans doute. Le 19 avril, on devrait pouvoir surmonter ça. Pour ce Happy Friday, l’équipe programmation du Printemps avait d’ailleurs musclé le line up : il faisait encore jour quand Inüit a chauffé le W avant que Jeanne Added – attendue à Terres du Son – en habite sa grande scène avec sa voix et sa vitalité. Mais ceux qui ont frappé le plus fort ce sont les membres de Skip the Use. Plus efficaces qu’un Guronsan, trois cafés (gourmands) et un verre de jus de grenade réunis. S’il a fatigué les corps, ce rock là a dynamité les cœurs. Il était 22h.

L’heure avance : il est presque minuit quand Clara Luciani quitte la scène du Palais d’Auron pour laisser la place à Cats on Trees, un groupe aux chansons douces. Peut-être pas le meilleur arbitrage de notre part alors qu’Idles se produisait au même moment au 22 avec la promesse d’un rock monté sur ressorts. Notre flemme de retraverser tout le site nous a sans doute privés de quelque chose. La vie est faite de choix, se tromper aide à affiner sa stratégie au fil des ans.

  • Conseil N°2 : prendre de bonnes chaussures
  • Conseil N°3 : apprendre le plan du festival par cœur
  • Conseil N°4 : savoir privilégier l’audace à la facilité

Le Palais d’Auron a terminé sa soirée avec Odezenne. A ce moment précis, les paupières sont lourdes comme à un spectacle de l’hypnotiseur Messmer. A côté de nous, une fille est allongée sur la moquette. Parfois elle mate son téléphone, l’instant d’après elle semble comater. Sa pote doit être quelque part dans la foule. Et puis le groupe sur scène se met à chanter ça :

La nana se barre illico en courant et en sautillant. On ne l’a plus revue. Elle vient de nous prouver tous les bienfaits de la sieste flash et on la jalouse tellement.

Et voilà, il est 2h du mat’. Etienne de Crécy affole les fêtards du W. La lune joue à cache-cache avec les nuages. La fraîcheur de la nuit contraste avec la chaleur de l’après-midi. On a remis la veste… et on a faim. Mais pas faim d’aubergines, de poulet mariné au yuzu ou de topinambour. Non, juste Faim. De. Gras.

  • Conseil N°5 : avoir fait une provision d’heures de sommeil avant de venir
  • Conseil N°6 : ne pas se poser de questions. Si tout le monde danse, fais pareil. Encore plus fort

« Oh, un stand de hot dog ! »

Il apparait un peu comme Joséphine Ange Gardien au milieu d’une dispute de couple. Le sauveur ! En plus la carte est drôle, le mec a une recette « Brexit ». Enfin, avait. Parce que le stock de lardons fumés est épuisé. Du coup comme c’est la teuf on a pris le Mykonos, avec crème de feta. Et des nachos au cheddar… qui ont en partie fini sur le sac à dos. Être maladroit est un art de vivre.

  • Conseil N°7 : toujours avoir des mouchoirs en cas de galère
  • Conseil N°8 : oublier les heures de repas traditionnelles. On est d’abord là pour la musique

3h du mat’, le hot dog est déjà un lointain souvenir. Le sac est presque propre. Les gros concerts sont terminés et le bus part dans 2h. On croise des gens fatigués (« mes oreilles n’en peuvent plus là »), ceux qui sont généreux sans prendre trop de risques (« je paye mon coup à tous les René, c’est la tradition ! »), d’autres qui ont toute la nuit devant eux (« Steph, tu veux boire un verre de vodka ? ») et ce festivalier qui veut pouvoir s’éclipser discrétos quand il sera au bout de sa vie (« T’as tes clefs ? Parce que la dernière fois je suis resté deux jours devant la porte… »). Il est tard mais il y a encore de la musique, du monde qui danse, et des énergumènes qui rêvent qu’ils dansent.

  • Conseil N°9 : toujours garder un peu d’argent pour un dernier verre
  • Conseil N°10 : passer 3h, ne pas avoir honte de danser sur un Daft Punk des années 90
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4h du mat’, l’heure de se diriger tranquillement vers la gare pour le fameux bus. « J’ai senti des gouttes » lâche Claire qui protège son appareil photo comme si c’était le dernier bébé léopard encore vivant sur Terre. N’empêche, sa blague est drôle (on rappelle qu’il faisait au moins 26° à l’ombre dans l’après-midi). Ah, en fait il pleut vraiment. « Bonjour monsieur, elles partent d’où les navettes pour la gare ? » « Elles s’arrêtent à 1h du matin monsieur. »

  • Conseil N°11 : ne jamais faire totalement confiance à Evelyne Dhéliat
  • Conseil N°12 : le k-way banane est démodé mais pas forcément inutile

C’est joli Bourges. Ses maisons à colombages, ses petites rues, ses tourelles… et ses rivières qui se forment si vite un peu partout quand il se met à pleuvoir de ouf. Un orage digne de ce son du Tourangeau Ephèbe avec qui on a passé une partie de la journée :

4h35, arrivée à la gare. Cheveux mouillés, lunettes trempées. Fichue météo.

On squatte l’abribus. On n’est pas seuls. Les mecs d’en face veulent lancer une battle. Du genre « c’est sur le trottoir de bâbord qu’on gueule le plus fort. » On les a laissés gagner. 5h03, le bus est en retard. On essaie de l’expliquer à un mec bourré et fatigué qui cherche à rentrer à Vierzon. Finalement on part. Le chauffeur a un peu trop d’énergie pour une heure aussi avancée. Ça ne l’empêche pas de se paumer dans les rues de Montrichard. On ouvre un peu les yeux, il fait déjà jour.

  • Conseil N°13 : ne pas se mettre trop à l’avant du bus. La voix du GPS c’est relou pour dormir
  • Conseil N°14 : travailler la souplesse pour pioncer confortablement en toutes circonstances
  • Conseil N°15 : avoir gardé quelques centimes pour acheter un croissant en arrivant à Tours

Photos : Jeanne Added et Skip the Use par Claire Vinson

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