CultureA la une

Il était une fois la vie de Jean Barbaud

Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais vous avez forcément déjà vu ses dessins… Il était une fois… l’Homme, Il était une fois… la Vie, Il était une fois… l’Espace : ces séries cultes c’est notamment lui qui en est à l’origine. S’y ajoutent des caricatures d’avions dans le même magazine depuis 35 ans et plusieurs séries en BD. Installé à Ballan-Miré, Jean Barbaud sera tête d’affiche du festival A Tours de Bulles samedi et dimanche Place Châteauneuf. Avant cela, revenons sur son parcours.

« L’évolution d’un dessin ce n’est jamais fini. On mûrit petit à petit » : ainsi devise Jean Barbaud, « mercenaire » du dessin et de la BD, travailleur indépendant depuis de longues années mais attaché au travail en collaboration.

A 63 ans, le natif du Maine-et-Loire vit en Touraine depuis son entrée à l’école Brassart au début des années 70. Et il s’y sent toujours aussi bien, en tout cas il n’y manque pas d’inspiration. « Si un jour on déménage avec ma femme, ce sera sans doute pour se rapprocher de la mer car elle est d’origine grecque » confie-t-il. Partir est donc une éventualité, du genre de celles qu’on laisse sur un coin de table sans trop oser s’en emparer. Un peu comme la possibilité de s’arrêter de travailler, l’âge théorique de la retraite approchant. Le dessinateur y songe, parfois : « quand on regarde en arrière, un jour on finit par constater que c’était mieux avant. Il y a tout le temps un âge d’or, on plafonne et après ça devient moins bien. A ce moment-là il faut peut-être savoir s’arrêter, ou en tout cas se réorienter vers autre chose, comme un projet plus personnel, financé de manière participative. »

Il découvre la BD dans le commerce de ses grands-parents

Jean Barbaud cogite, réfléchit, prend du recul après une carrière particulièrement bien remplie. Depuis l’enfance, sa vie tourne autour du dessin, « pourtant il n’y avait pas d’autre dessinateur dans la famille, à part mon papa qui était dessinateur industriel. » Enfant, le Choletais squattait la Maison de la Presse de ses grands-parents : « je dessinais avec ce que l’on me permettait de piocher dans les rayons, Le Journal de Mickey ou Spirou. Ensuite j’ai inventé mes premières histoires, moitié policier, moitié aventure. Ou une adaptation à la façon de Bob Maurane. J’inventais au fur et à mesure que je dessinais sur des pages coloriées au feutre. »

De cette période adolescente, il ne lui reste que des souvenirs. Mais pas de doute, le dessin, Jean Barbaud l’a dans le sang : « c’était évident quand il a fallu prendre une orientation. Mes parents ont eu un peu peur mais ils avaient confiance en l’école de Tours et le métier avait l’air de bien marcher, au moins dans le domaine de la pub bien que cela m’intéressait peu. »

Une série qui a instruit des millions d’enfants

P1080413

L’étudiant entre donc à Brassart, et peaufine sa technique : « je dessinais beaucoup mais sans notion précise. Donc ça m’a appris l’anatomie, à étudier la construction des personnages pour que ça tienne debout. Il a fallu que je sorte de mes automatismes pour aller vers quelque chose de plus personnel. » A la fin de son cursus, son prof de croquis le prend en stage dans son studio depuis lequel il répond à un appel d’offres pour créer les personnages d’une série baptisée Il était une fois… l’Homme. C’est l’acte de naissance du fameux Maestro, ce grand-père barbu : « au départ je l’avais fait avec une barbe jusqu’aux genoux mais on m’a demandé de le modifier pour qu’il l’ait vraiment jusqu’aux pattes. »

Depuis, Maestro en a vécu des aventures : 7 séries de 26 épisodes (sur l’Histoire, la Vie, l’Espace…), des dessins animés diffusés à partir de 1979 et que l’on peut même revoir pour certains en version restaurée depuis l’an dernier. Sans mentir, des générations entières d’enfants ont grandi avec ces programmes, « et souvent sur les salons ce ne sont même pas eux mais leurs parents d’une quarantaine d’années qui reconnaissent les personnages et viennent me voir » s’amuse Jean Barbaud. Le dessinateur revient sur ses débuts : « ça m’a donné deux ans de boulot non-stop. J’étais très amateur mais dans une équipe avec des gens ayant plus de bouteille… Et c’est aussi dans ce studio que j’ai rencontré ma femme, Afroula, qui travaille avec moi pour les couleurs. »

Il était une fois… la Vie, une série adoubée par les médecins

Carton quasi immédiat, Il était une fois… l’Homme devient une franchise et un pourvoyeur d’emplois : jusqu’à 100 personnes ont travaillé sur le projet au studio DIC resté à Tours après avoir envisagé un déménagement à Paris. La création d’Albert Barillé (qui en signe les scénarios) a eu ses heures de gloire sur les chaînes du service public jusqu’en 2006, donc pendant plus de 25 ans. « C’était vraiment sympa et libre » se remémore Jean Barbaud, évoquant par exemple le travail sur Il était une fois… la Vie, 7 d’Or de la meilleure émission jeunesse en 1988 : « les globules et les microbes ne ressemblaient à rien au départ. Il fallait faire des formes simples et on ne voyait pas vraiment comment adapter tout ça. A force de tâtonner on a fini par trouver quelque chose », le tout sous le patronage de spécialistes de la médecine qui vérifiaient l’exactitude scientifique du programme malgré son gros effort de simplification.

Les séries Il était une fois… c’est seulement une partie de la carrière de Jean Barbaud. Le Ballanais s’illustre aussi dans l’aviation, avec ses caricatures pour Le Fana de l’Aviation depuis… 1983. D’où ça lui vient ?

« Il y avait un pilote dans ma famille, le frère de ma maman. Il est décédé quand j’avais un an et demi, abattu en Algérie. C’était le héros de la famille. Moi je n’en ai que de vagues souvenirs. Et des maquettes d’avions au plafond de ma chambre. Plus tard j’ai commencé à en faire moi-même et à m’intéresser vraiment au sujet, son côté technique et historique. J’ai développé une vraie culture aéronautique. »

Inspiré par les dessins d’avion dans Gaston Lagaffe, Jean Barbaud commence à faire des essais, opte pour la caricature et trouve sa place dans Le Fana de l’Aviation. Il tente aussi quelques séries de BD sur ce thème, plutôt dans l’humour, « mais le public qui lit des BD autour de l’aviation préfère y voir de la technique. Souvent on divisait les ventes par deux dès le 2ème volume », et manque de chance il a sorti un projet avec des personnages-avions… au moment où débarquait le film Planes. Pas top pour percer. Qu’à cela ne tienne, le dessinateur est populaire chez les mordus des airs : « ça arrive que des pilotes viennent me voir en dédicace et me proposent de voler avec eux. »


Un degré en plus :

Jean Barbaud sera samedi et dimanche au festival A Tours de Bulles à Tours. Il était une fois… la Vie est accessible en replay par ici, et dispo en albums avec Il était une fois… l’Homme (chez Le Soleil). Jean Barbaud réalise les couvertures et quelques planches internes avec Maestro. L’an prochain, un tome autour de Léonard de Vinci sortira à l’occasion des 500 ans de la Renaissance.

Print Friendly, PDF & Email