Culture

Cordeone : Artiste du monde

Six ans après la sortie de son premier album « Vida », l’artiste Cordeone revient en cette année 2017 avec « Miss Erzulie », un album rempli de ses multiples influences. Un métissage efficace à l’image de cet artiste du monde : généreux. 

37 degrés : Bonjour Loïc, six ans après ton premier album Vida, tu as sorti en avril 2017 « Miss Erzulie », un album sur lequel tu travaillais depuis cinq ans. Pourquoi autant de temps entre les deux ?

Cordeone : C’est vrai que cela a été long à sortir pour plusieurs raisons : les dispos du studio, un peu de galère avec des histoires humaines qui ont fait trainer les choses.

37 degrés : Je suppose que tu es donc content de pouvoir enfin le sortir.

Cordeone : En 2011 je jouais quelques morceaux présents sur cet album. C’est une libération, j’avais vraiment besoin de le sortir parce qu’il était en moi et cela me travaillait vraiment le ventre à force.

37 degrés :   Tu t’es mis la pression après les très bons retours que tu avais eu sur « Vida », ton premier album ?

Cordeone : Oui parce que je savais que le deuxième album allait mettre du temps à sortir. Tu as toujours un peu peur de te faire oublier. Mais au final je suis vraiment satisfait du résultat.

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37 degrés : « Miss Erzulie » est un album très personnel, tu a notamment joué tous les instruments que l’on entend dessus.

Cordeone : Même si je conçois la musique comme du partage, je voulais en effet jouer tous les instruments dessus et me faire plaisir. C’est une sorte de délire que j’avais quand j’étais enfant.

37 degrés : Par rapport à « Vida », cet album reste dans un métissage, en l’occurrence reggae et fado ici, mais est plus uniforme que ton précédent. Même si ça fait cliché de dire cela, dirais-tu qu’il est plus muri ?

Cordeone : Vida était en effet un métissage mais moins soigné, une sorte de patchwork. Depuis j’ai muri et je me suis nourri de mes expériences, du trio fado auquel j’ai participé, de mes rencontres avec grosses pointures du Fado à Lisbonne, dont certains que j’ai accompagné sur scène comme Ricardo Ribeiro, ou encore de celles avec les chanteurs brésiliens du milieu Foro. Tout cela m’a beaucoup apporté. J’ai vraiment essayé de faire en sorte que tout soit soigné sur « Miss Erzulie », la musique comme les textes, d’être plus précis dans ce que je faisais. L’ensemble est encore un peu éparpillé et métissé mais je pense que les morceaux sont plus authentiques, chaque chanson a sa patte.

37 degrés : En parlant des textes, c’est un album où tu parles beaucoup des femmes également.

Cordeone : L’album s’appelle « Miss Erzulie » parce que c’est la déesse de la femme en vaudou haïtien. Il parle des femmes parce qu’elle ont eu une influence sur ma vie ces cinq dernières années. Il y a des chansons d’amour qui parlent d’ex-copines, mais aussi des chansons sur ma mère, ma grand-mère, ma nièce… C’est un peu une thérapie en fait (rires !)

37 degrés : Ta famille est présente dans tes chansons, tu viens notamment de diffuser une chanson clippée « Entre Lobao et Saint-Pierre Part II » qui n’est pas sur cet album et qui raconte le parcours de ton père quand il est arrivé en France.

Cordeone : Elle n’est pas sur l’album parce qu’elle est différente des autres chansons, je la chante en français de façon très rappé. Cette chanson c’est comme si j’avais réglé un truc avec mon père et moi-même. Mon père parlait rarement de son arrivée en France, parce que c’est des souvenirs un peu douloureux certainement. Une fois on a eu une longue discussion où j’ai tout noté et j’ai tout retranscrit dans ce texte. Cette chanson c’est vraiment son histoire.

37 degrés : Elle fait suite à « Entre Lobao et Saint-Pierre » où tu parlais de ton histoire à toi quand avec ta famille tu es retourné au Portugal à 17 ans. C’est une façon de boucler la boucle ?

Cordeone : La première c’était comme un message que j’avais à faire passer à mon père, parce qu’à l’époque je ne comprenais pas sa décision. Ce départ a conditionné ma vie, j’avais 17 ans, j’avais une copine ici, déjà des projets et mon père ne voulait pas rester ici, voulait retourner au Portugal et ne voulait pas que je fasse n’importe quoi. Il pensait qu’il fallait retourner au Portugal pour me remettre dans le droit chemin. Aujourd’hui je le comprends, il a fait ce qu’il pensait de mieux.

37 degrés : Tu évoques beaucoup ta double culture portugaise et française, tu chantes dans les deux langues… Tu as l’impression d’être dans une quête d’identité ?

Cordeone : Quelque part oui parce que qu’on soit ici ou là bas, les gens savent mieux que toi qui tu es. Ici t’es le portugais, là bas t’es le Français. Moi je suis 100% Français et 100 % Portugais et je suis fier d’être les deux. Après là sur « Miss Erzulie », je chante plus en portugais qu’en français mais c’est parce que je suis plus à l’aise au chant dans cette langue. Personnellement, j’ai envie que ma musique parle à tout le monde, ce n’est pas du tout un album communautaire même si j’espère qu’il plaira à la communauté portugaise évidemment.

37 degrés : En parlant du Portugal, tu y as signé avec une maison de disques récemment ?

Cordeone : Oui, j’ai signé avec une maison de disques au Portugal. L’album « Miss Erzulie » devrait sortir en décembre là-bas. Je suis heureux parce que pour l’instant il n’est sorti en France qu’en auto-production. J’espère qu’il reviendra ici par le biais de la communauté portugaise.

37 degrés : La suite c’est quoi, tu envisages une tournée ?

Cordeone : Je n’ai pas encore démarché mais oui bien sûr. On prépare la nouvelle formation, il y aura huit musiciens sur scène. Je voulais vraiment pouvoir faire de belles scènes et ne pas me restreindre dans la musique, d’où l’idée d’avoir une grosse formation scénique. J’aimerai bien pourquoi pas rejouer à Terres du Son l’an prochain d’ailleurs. Mais là dans un premier temps on va sortir bientôt un clip issu de l’album.

37 degrés : La France, le Portugal, le Brésil avec le Foro et aujourd’hui les Etats-Unis puisque tu vis en partie à New-York, tu es un artiste du monde en fait…

Cordeone : Ma femme est new-yorkaise, j’ai emménagé là-bas avec elle et on se partage entre ici, le Portugal et les Etats-Unis. Par moments je suis incapable de dire où j’habite du coup (rires!). A New-York, J’y retrouve un certain plaisir parce qu’il y a moyen de jouer de la musique dans beaucoup d’endroits avec de très bons musiciens, il y a plein de lieux pour jouer. La communauté brésilienne est très présente en plus à New-York.

37 degrés : Depuis 5 ans tu as multiplié les projets autour du Foro et du Fado. En plus de « Miss Erzulie », tu comptes continuer ?

Cordeone : Oui, je travaille d’ailleurs sur un album de fado manouche en trio et j’ai des compos pour un album avec des musiciens new-yorkais. Le trio permet de satisfaire mon envie de jouer dans des lieux plus intimes. Les projets se complètent bien en fait.

Un degré en plus :

> « Miss Erzulie » est en vente au prix de 10 euros sur le site www.cordeone.com

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