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Bruissements d’Elles : le festival qui défend les femmes artistes depuis 20 ans

Sa 21e édition débute ce mercredi 4 mars à Joué-lès-Tours : jusqu’à la fin du mois, Bruissements d’Elles va une fois de plus essaimer ses spectacles aux accents féminins dans tout le département. Saint-Cyr-sur-Loire, Luynes, Tours, Ballan-Miré, Saint-Pierre-des-Corps… La liste des communes participantes s’est bien allongée depuis les débuts, afin de mettre en valeur des propositions artistiques féminines ou engagées en faveur de la cause des femmes. Pour en parler nous avons échangé avec Marie Hindy, programmatrice de l’Espace Malraux à Joué.

Rappelons le fil conducteur d’un festival comme Bruissements d’Elles…

C’est un festival dédié à l’expression artistique féminine et qui vise, sur la période du mois de mars, à programmer, accueillir, des femmes artistes. Qu’elles soient comédiennes, danseuses, plasticiennes, cinématographes… On essaie de brosser toutes les disciplines du vivant.

En 20 ans, comment les choses ont évolué pour les femmes artistes ?

C’est une évolution qui se fait en parallèle de celle des femmes en France. Depuis 2 ans et le mouvement #MeToo on voit beaucoup de choses bouger : beaucoup d’associations se sont créées pour défendre la cause féminine, y compris dans le spectacle vivant avec par exemple un collectif HF en région.

A Bruissements d’Elles nous sommes 95% de femmes à élaborer la programmation. Depuis trois ans, on a bien ressenti un engagement fort et l’importance d’amplifier ce festival. On sent bien que notre cause est plus entendable. Moi-même y’a 5-10 ans je me disais « un festival pour les femmes est-ce que ce n’est pas stigmatisant au bout d’un moment ? » et finalement, on a des chiffres qui sortent et on voit bien que les femmes sont sous-représentées dans le spectacle vivant. On le voit à Malraux : sans y réfléchir, naturellement, il y a plus d’artistes hommes qui ont des choses à proposer. Les saisons, globalement, accueillent majoritairement des artistes hommes. Donc c’est important de cibler pour continuer à montrer la vitalité de la créativité féminine.

Comment on peut travailler pour tendre vers la parité ?

Dans les critères de construction d’une saison, il y a évidemment la question de la diversité. Quand même on parle de culture dont l’idée est d’exciter la curiosité des gens et de montrer toutes les cultures qui peuvent se produire sur scène. On voit bien que dans le théâtre, depuis des centaines d’années, les grands auteurs sont des hommes qui écrivent souvent des histoires pour des hommes donc avec beaucoup de rôles d’hommes. Il faut aujourd’hui que les femmes soient valorisées dès l’écriture des textes. Quand on voit des personnalités comme Virginie Despentes, c’est la preuve que l’on a beaucoup d’écriture par les femmes, pour les femmes.

Que vient chercher le public de Bruissements d’Elles ?

Nous avons des spectacles très engagés sur la cause des femmes et d’autres plus légers dont on voit venir un public très large : des fidèles qui picorent plusieurs choses dans la programmation grâce à notre offre de tarifs réduits. On essaie vraiment de créer un parcours pour les spectateurs qui veulent à la fois des propositions engagées et venir se divertir.

Suzane, invitée du festival à Ballan-Miré

A Malraux, c’est quoi le programme ?

Nous ouvrons le festival avec Ich bin Charlotte, interprété et incarné par Thierry Lopez. Deux hommes sont à la tête d’une histoire de femmes. Ça parle de la vie d’une femme qui a grandi dans le corps d’un homme donc on aborde la question transgenre ce qui est assez rare sur scène. Ce qui est hyper beau dans ce spectacle c’est que l’on voit que cette femme a traversé le XXe siècle et qu’elle en est sortie tout aussi forte du haut de sa féminité.

Dans sa partie dédiée au cinéma, Bruissements d’Elles va mettre l’accent sur le travail d’Agnès Varda en diffusant trois de ses films dans trois villes (La Riche, Luynes et Langeais). Et elles sont rares les femmes qui, comme elles, arrivent à rester dans la légende.

Vous suivez les artistes accueillis ?

Un exemple qui me vient c’est Juliette, programmée à nos débuts et qui était notre marraine pour la 20e édition en 2019. Elle est passée d’artiste en développement à artiste de notoriété nationale.

Il y a encore une volonté d’étendre le festival ?

Nous sommes ouverts à toutes les propositions : depuis trois ans nous développons le cinéma, nous proposons également plus d’expositions. On n’est pas fermées. Notre charte implique la cause des femmes et une forme d’exigence artistique. Pour établir notre programmation, on discute entre nous tout au long de l’année et on prépare l’édition de l’année suivante dès les dernières représentations achevées.


Un degré en plus :

La programmation de Bruissements d’Elles est disponible sur son site Internet.

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