Avec Fantastique, un lieu culturel renait quartier Blanqui à Tours

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On se souvient du Volapük, cet espace de création et de spectacles qui faisait les belles heures du quartier Blanqui à Tours. Sous équilibre financier précaire, il a fini par fermer ses portes laissant ce secteur de la ville un peu orphelin. Mais le 12bis Rue Lobin renait en cette rentrée 2026 avec un nouveau concept, porté par l’association Les Gens Qui Jouent et financé notamment par l’investisseur Xavier Aubry (Da Vinci Labs). 37 degrés a découvert les coulisses.

La salle principale est décorée comme l’intérieur d’un vaisseau spatial mais Romain Guilloton nous informe qu’elle n’aura pas du tout le même aspect le soir de l’inauguration de Fantastique. Cela donne déjà un aperçu de ce que sera ce nouveau lieu qui ouvre en ce mois de septembre dans le quartier Blanqui à Tours : un espace modulable à souhait, selon ce qu’on y organise.

Un kakémono posé dans l’espace de stockage nous en dit un peu plus : dans ce « laboratoire de l’imaginaire » on peut espérer jeux de rôle, expos, concerts, projections, conférences, fablab, jeux vidéo, expériences immersives, ateliers créatifs, tables rondes, actual play, photographies, BD… « Et j’aurais pu en remplir un deuxième ! » s’amuse le fondateur pour signifier qu’il ne manque pas d’idées.

Au final, c’est le dernier mot de la présentation qui résume bien la chose, et laisse augurer de l’avenir : curiosités. Fantastique est la curiosité de Tours en cette rentrée. Un tiers-lieu diront certains, puisqu’on peut autant y travailler que s’y amuser, s’y rencontrer ou s’y restaurer ; un lieu de vie diront plutôt ses têtes pensantes allant même jusqu’à employer le terme de « centre culturel ».

Comment en est-on arrivé là ? Rembobinons. Romain Guilloton n’est pas Tourangeau mais il est venu y faire ses études de musicologie, donc à deux pas de sa nouvelle adresse de prédilection puisqu’il était au Conservatoire. Seule la Rue Mirabeau sépare les deux lieux. Après ça, l’homme a vécu à Paris et travaillé dans le marketing ou la publicité (il exerce aujourd’hui dans le développement de jeux vidéo, via sa propre entreprise).

« On est venus vivre ici avec ma famille il y a 5 ans. Ma femme est médecin à Larçay et c’est là que nous habitons » explique Romain Guilloton qui a importé avec lui « une passion qui nous anime depuis une quinzaine d’année » : le jeu de rôle grandeur nature. La première fois qu’il a fait une incursion dans cet univers c’était « en 2011-2012 » en voulant organiser une murder party pendant 3 jours pour les copains, soit une enquête avec des personnages en chair et en os.

« J’ai adoré ça : écrire le scénario, créer des personnages, gérer la logistique, voir le visage des gens s’émerveiller quand ils comprenaient les révélations. On a fait ça naïvement en très peu de temps, et on s’est dit qu’on avait vécu quelque chose de mémorable par rapport aux soirées vite oubliées. »

Alors au fil du temps, Romain et sa compagne gagnent en ambition, jusqu’à atteindre 200 joueurs ou privatiser des lieux comme la Forteresse de Montbazon (après 18 mois de préparation pour y recréer une ville médiévale). Une passion si dévorante qu’il a vu fallu l’intégrer dans une association : Les Gens Qui Jouent est née en 2017 à Boulogne-Billancourt (92) avant de se déplacer vers la Touraine avec ses fondateurs. « On a engrainé les copains, ceux qui voulaient nous aider » raconte Romain Guilloton qui a fait pareil en arrivant en Indre-et-Loire avec ses voisins. Du coup « il y a beaucoup de Larcéens » dans la structure.

Au total, la communauté compte 600 personnes, dont une vingtaine de bénévoles qui seront actifs autour de Fantastique à Tours. A la base, d’ailleurs, l’idée était juste de trouver un hangar pour stocker du matériel. « Comme nos productions gonflaient on a vite constaté qu’on avait besoin a minima d’un atelier pour nos membres et de conserver des choses car je ne vous dit pas l’état du garage des uns et des autres. » On parle de charrettes, de murs, de structures en bois, d’armes factices…

Quand l’équipe tombe sur l’offre de cession du Volapük, « on s’est projetés ». Tellement qu’aujourd’hui l’espace dédié au stockage est marginal comparé au reste du lieu, et qu’il faudra peut-être une deuxième adresse pour cette fonction. « On s’est dit qu’avoir un bâtiment en centre-ville et le réserver aux membres de l’associations serait hyper dommage » commente Romain Guilloton.

« C’est là que le projet a vrillé et qu’on a décidé d’en faire un lieu de rayonnement de nos pratiques, construire une programmation et en faire un point de rencontres alternatif, conceptuel et servir de tremplin à ce qu’on appelle les cultures de l’imaginaire, une dénomination pas encore très connue mais qui définit un champ de pratique large du jeu de rôle sur table au jeu grandeur nature en passant par l’escape game ou la réalité virtuelle. C’est un melting pot de créativité. »

Pour acquérir et rénover les locaux, Les Gens Qui Jouent a bénéficié du soutien d’un de ses membres, Xavier Aubry, plus connu pour être le gérant de Da Vinci Labs (qui investit dans des entreprises, et a souhaité créer un vaste lieu pour ça à Reugny, non sans polémiques). Le modèle économique de la structure est ensuite basé sur différents piliers : un abonnement mensuel à 10€ qui offre des accès privilégiés aux réservations d’événements à petite jauge, les locations pour privatisations, les ventes directes au bar et les prestations fournies à des tiers (associations, médiathèques…) par exemple pour du conseil ou si besoin d’un maître du jeu pour une partie de jeu de rôle.

Une salariée, Marie-Jeanne, a été recrutée et globalement Romain Guilloton l’assure : le projet a vocation à rester associatif, et n’a pas pour but de faire du profit, philosophie éculée par la structure qui a financé ses nouveaux projets avec les recettes des anciens, quitte à compléter le budget via l’argent personnel des membres si besoin. Cela devrait rester pareil avec Fantastique « où beaucoup d’événements seront gratuits ou autour de 5€. On calcule pour rentrer dans nos frais, pas pour faire des bénéfices » explique le fondateur.

Comme dit plus haut, la programmation qui s’étend jusqu’en décembre est fournie, avec des mercredis consacrés au jeune public, des jeudis soirs en mode lieu ouvert à partir de 18h pour tout le monde, et différentes propositions les week-ends, du spectacle à la grosse fête YULE viking avant Noël. Une quarantaine de dates « qui représentent la diversité de ce qu’on voudra proposer » incluant aussi des parties de jeux, des rencontres… Toujours dans cet esprit spatial/futuriste… mais aussi art déco (une partie du bar est meublée avec des meubles et objets récupérés lors du vide-restaurant des Hautes Roches à Rochecorbon).

Déjà présente dans des événements comme le Japan Tours Festival, Les Gens Qui Jouent s’installe donc de manière pérenne à Tours avec la ferme intention de s’implanter dans la vie culturelle locale, et notamment de son quartier (même si il y a aussi « des gens qui font 800km pour nos événements »). Des projets sont lancés, de l’atelier création de costumes de cosplay à l’installation d’imprimantes 3D en passant par l’aménagement d’un studio de tournage pour faire des parties en direct. Romain Guilloton est évidemment en train d’écrire des scénarios pour des jeux inspirés du lieu. Et pour le reste, tout est à imaginer.

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