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[Cinéma] Regards #64 Guy

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Guy (Comédie dramatique française)

De Alex Lutz

Avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Brigitte Roüan, Dani, Julien Clerc, Elodie Bouchez, Marina Hans, Bruno Sanches …

Semaine internationale de la critique – Festival de Cannes 2018 – Film de clôture

 

En province, Guy Jamet effectue une tournée de concerts-galas et prépare son nouvel album de variété française. Vieux chanteur-loser, célèbre dans les années yéyé, il tient bon la barque grâce à ses fans de longue date, à ses musiciens, à ses choristes, et à ses copains (Dani, Julien Clerc…). Le film démarre et se poursuit tel un faux portrait-documentaire, dans lequel Gauthier, journaliste et fils de Guy (qui ne le connait pas) vient à la rencontre incognito de son père. Caméra en main, sans maîtrise technique, mais avec l’œil attendri, il l’interviewe et le filme dans son quotidien professionnel et familial.

Singulièrement drôle, fin, très sensible, touchant et profond, ce film-hommage à la vie d’un artiste en fin de carrière est une très belle réussite qui déjoue tout cliché. Il y est question de la quête d’identité, de la filiation, des regrets, de la vie d’artiste, de la vieillesse … L’acteur humoriste Alex Lutz (du duo Catherine et Liliane sur Canal +), scénariste, réalisateur (c’est ici son second film) révèle un talent fou et une charge de travail impressionnante d’incarnation du personnage. Sa performance habitée est une métamorphose physique (maquillage, mais aussi mimique, posture et gestuelle) d’une grande justesse. De même, le travail de la voix (proche de celle de Michel Sardou) est formidablement réaliste. L’atmosphère toute entière du film est émouvante, faite de petits détails et de petits discours de Guy, tendus à la caméra de son fils venu à sa rencontre sans se faire connaître. On savoure la préciosité des instants, on est attendri et touché par la grâce. Le sentiment de mélancolie est accentué par les visionnages des anciens duos télé de chant entre Guy et ses amies chanteuses (jouées par Marina Hans et Elodie Bouchez). Guy est has been, un peu bourru, rentre-dedans, posé, drôle … On se rit de cette vieille gloire de la variété française et pourtant, on est touché au cœur par le lien paternel, par ces échanges au plus près, séries de dialogues avec la caméra du fils que l’on devine bouleversé. La beauté du film tient en son authenticité. On découvre naturellement la maison de campagne provençale avec les chevaux et la femme de Guy, passionnée de chihuahuas (la très drôle Pascale Arbillot), les répétitions (excellentes scènes criantes de vérité), les galas, les voyages en car, les dîners. Il y a douze ans sortait « Quand j’étais chanteur », de Xavier Giannoli, sélectionné alors à Cannes, dans lequel Gérard Depardieu endossait le rôle d’un crooner dépassé donnant la réplique à Cécile de France. Le film de Lutz présente des similitudes de personnage à personnage, mais tire son épingle du jeu par son approche documentariste et son rapport étroit à la caméra. Question talent, il est à parier que celui d’Alex va faire beaucoup parler de lui.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

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