L’électrique est-ce si fantastique ?

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A l’heure où les enjeux climatiques font de plus en plus partie prenante des questions liées à l’évolution de nos sociétés, les transports sont souvent pointés du doigt : le secteur représente 30% des émissions de gaz à effet de serre, la quasi-totalité provenant du transport routier. L’évolution des mentalités est encore lente mais les choses bougent, à commencer par le développement important des modèles électriques.

L’Indre-et-Loire peut se vanter d’être une zone plutôt à la pointe en termes d’électro-mobilité avec un taux d’équipement en bornes de recharges pour voitures électriques satisfaisant. Dans notre département, c’est surtout le SIEIL (Syndicat Intercommunal d’Energie d’Indre-et-Loire) qui est à la manœuvre et qui a pris la problématique en main. En 2018, il a été à l’initiative de la création de Modulo, Société Publique Locale compétente sur plusieurs départements avec la capacité d’accentuer l’installation de points de charge. En Touraine on en compte désormais plus de 450, soit environ 70 pour 100 000 habitants, ce qui en fait l’un des territoires les mieux dotés de France. Un bon chiffre loin d’être anodin, le coût d’installation d’une borne de recharges étant d’environ 15 000 euros (financés à 50% par l’ADEME – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – 30% par les communes où elles sont installées et 20% par le SIEIL).

Des points de charge de plus en plus prisés : entre 2019 et 2020 (dernière année pleine aux statistiques connues) le nombre de charges annuelles est passé de 9 300 à 11 000 en Touraine.

Un marché de plus en plus prisé par le privé

Une offre de service de plus en plus conséquente donc, qui répond à l’augmentation de la demande, les ventes de véhicules électriques étant en constante progression. 4 489 voitures électriques ou hybrides écoulées en Indre-et-Loire pour 2021 soit +76% par rapport à 2020 (contre 3.010 voitures de type diesel soit -25 %). Elles se sont même approchées de celles à moteur essence (5.098 voitures, -16 % sur un an). Sur le premier semestre 2022, la hausse d’immatriculations de voitures hybrides ou électriques s’élève également à +20% en moyenne par mois par rapport à l’année précédente.

Les véhicules électriques constituent ainsi un marché en plein développement et d’avenir d’autant plus que le Parlement Européen a voté en juin 2022 l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique à l’horizon 2035. Concrètement, les anciennes voitures thermiques pourront continuer à circuler et à changer de main sur le marché de l’occasion mais les concessionnaires ne pourront plus vendre de neuf. A terme, les voitures thermiques sont donc appelées à disparaître. Avant cela les restrictions de circulation seront également d’usage : les moteurs diesels (vignette Crit’Air 2 comprises) seront ainsi bannis de Paris dès 2024, à Lyon en 2026, et à Strasbourg en 2028. Au total, d’ici le 31 décembre 2024 près de 45 agglomérations (dont Tours) devront avoir mis en place une zone d’interdiction de circulation pour les véhicules jugés polluants (à partir des vignettes Crit’Air3).

Une politique qui ne peut fonctionner que si les bornes de recharge sont en nombre conséquent. Après les pouvoirs publics comme le SIEIL, ce marché est désormais prisé par des opérateurs privés. C’est le cas notamment de la société Allego, créée il y a 10 ans. Détenue par un fonds d’investissements français (Meridiam), elle s’est spécialisée dans le développement de bornes de recharge pour véhicules électriques et plus particulièrement les bornes à haute intensité. Pour l’heure, Allego est présente dans 12 pays en Europe avec 33 000 stations de charge et se fixe comme objectif de développer le marché français. En 2022 elle prévoit ainsi d’installer 100 stations sur l’année ; entre 500 et 600 d’ici 2025. En Indre-et-Loire, l’opérateur privé est présent sur le parking du centre commercial La Riche Soleil et sur celui des Atlantes à Saint-Pierre-des-Corps où une nouvelle station vient d’ouvrir en septembre 2022.  

Ce dernier équipement haute puissance se compose de deux bornes de 300kw (kilowatts), de deux bornes de 22kw ainsi que des points de charge pour trottinettes, scooters et vélos électriques. « Cette formule innovante permet de s’adresser aux différentes formes de mobilité électrique allant du vélo à la voiture en passant par la trottinette et le scooter » explique Jean Gadrat, directeur du pôle bornes de recharge de Meridiam.

Pour ce dernier, les bornes à haute puissance sont « un point crucial de l’écosystème des véhicules électriques ». Le temps de charge complet pour une Tesla modèle 3 étant d’une vingtaine de minutes, cite-t-il en exemple. Pour ce service, il en coûtera une trentaine d’euros, tandis que pour les mobilités douces (vélo, trottinettes…) la charge est gratuite. entrant dans une stratégie de communication multimodale assumée par Allego : « Nous souhaitons proposer une réponse globale aux défis posés par les déplacements longue distance et la mobilité urbaine de demain. »

Des questions en suspens

Si l’avenir se dessine donc de plus en plus en électrique, cela n’enlève rien aux questions qui restent en suspens comme celle de l’impact environnemental des batteries. Un problème régulièrement soulevé par ceux qui critiquent le modèle électrique. Jean Gadrat en est conscient : « il n’y a jamais de solution parfaite mais les cycles de vie des batteries sont très longs et l’électrique reste aujourd’hui la solution la plus performante quand on évoque les logiques de décarbonation des mobilités. »

Se posent également les questions autour des coûts énergétiques. En effet, si ces derniers mois la hausse des prix de carburants a beaucoup fait parler, celle de l’augmentation du coût de l’électricité a depuis rejoint les problématiques. Jean Gadrat n’élude pas la question : « Notre job c’est de vendre du kilowatts, donc de l’électricité. Oui, le marché est tendu et nous sommes obligés de répercuter une partie de la hausse au consommateur. » A l’avenir, il faut donc s’attendre à des prix augmentant de façon drastique. Pour l’utilisateur, malgré l’immobilisation du véhicule plusieurs heures voire toute une nuit, la charge à domicile restera certainement le moyen le moins onéreux de remplir les batteries. Et le plus efficace pour le quotidien.

Reste la question des longs trajets où les bornes sont indispensables. Avec une inquiétude : cet hiver, le gestionnaire du réseau public de transport d’électricité haute tension en France métropolitaine RTE a prévenu qu’en cas de tension liée à une possible chute de production, l’accès aux bornes de recharge rapide pourrait être coupé. 


Cet article est issu du magazine papier 37° n°8 automne-hiver 2022

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