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Le quotidien difficile des étudiants en médecine à l’heure du Covid-19

Commencer sa première année de médecine en pleine crise sanitaire, c’est l’expérience que partagent aujourd’hui près de 900 étudiants à Tours. Alors que les résultats du premier semestre des étudiants en Première année commune aux études de santé (PACES) viennent de tomber, l’année se transforme en véritable parcours du combattant avec le Covid-19 et ses conséquences.

Après un timide début d’année en présentiel, les étudiants ont dû rentrer chez eux pour étudier. Une déception. Si 64% des étudiants se disaient satisfaits de leur études 2020, ils n’étaient plus que 39% après le premier confinement. Corollaire à la crise, près de 30% des étudiants montrent des signes de détresse psychologique, au point que le gouvernement a créé récemment un “chèque psy” pour leur permettre de se faire aider.

Parmi ces étudiants, de nombreux aspirants médecins à Tours, pour qui, en temps normal, la première année de médecine est déjà un parcours sportif de haut niveau. Les jeunes athlètes tout juste sortis du lycée tentent un marathon de 9 mois, avec 1500 heures de travail à abattre, 500 heures de cours, 1000 heures de travail personnel. Mais cette année, le Covid-19 a compliqué le tracé. Depuis la Toussaint, comme pour de nombreuses autres filières, tous les cours sont en distanciel. Manque de visibilité, isolement social, questions d’équité, les problématiques rencontrées par les étudiants sont nombreuses. Pour mieux comprendre, nous avons interviewé Constance, 18 ans, étudiante en PACES option chimie.

Le manque de présentiel se fait sentir

Quand on découvre le quotidien de Constance, la rigueur monastique de ses journées est frappante. D’abord sur le planning, “je commence à travailler à 7h du matin, jusqu’à midi, je m’autorise 1 heure pour déjeuner entre 12h et 13h, puis je continue jusqu’à 19h, pour reprendre de 20h à 22h. 7 jours par semaine, sans vacances, sans week-end de pause. Je ne m’accorde que 1h30 de cours de danse le samedi et 2 heures avec mes amis. Je sais que certains étudiants travaillent de 6h à minuit.”  Le bureau de Constance est quant-à lui constellé de post-it griffonnés de formules, de fiches résumé devant, derrière, et même au-dessus d’elle ! Les livres et les classeurs s’accumulent dans cet espace confiné qui est depuis octobre le seul horizon disponible pour l’étudiante.

Du côté de la faculté, on déploie beaucoup d’outils pour compenser les conditions actuelles. “Tous les cours sont filmés, montés, la régie qui les produit est au top” note Constance. A cela s’ajoutent les forums de discussions, les outils de visioconférence. Sur le bureau de Constance, deux ordinateurs, “un vrai avantage, car je peux regarder les vidéos de cours réalisées par la fac, tout en prenant mes notes de cours, sans avoir à “swiper” d’une fenêtre à l’autre, donc sans perdre de temps.” Malgré tous les moyens déployés par la faculté, le présentiel manque, notamment pour les TD, “par exemple un cours de chimie organique serait plus simple en présentiel, d’autant que si l’on a une question, en TD on peut la poser directement, alors que via les forums il faut quelquefois attendre deux semaines pour avoir une réponse”.

Les conditions sanitaires impactent les étudiants au niveau économique, psychologique, mais créent de plus des problèmes d’équité entre les candidats. “J’habite chez mes parents, ils s’occupent des repas et du quotidien, j’ai un bureau et une chambre bien distincts. J’ai de la chance, certains étudiants ont des situations bien plus compliquées : ils doivent payer leur appartement, vivre, travailler, manger, se divertir dans le même espace. Le tout avec très peu de socialisation, certains étudiants venus à Tours ne connaissent personne, car ils n’ont pas eu le temps de se faire des amis en début d’année. Moi je peux au moins voir mes amis du lycée”.

Dans un contexte pareil, s’imposer une discipline de travail stricte dans cet environnement est très compliqué pour certains étudiants. Certains décrochent, d’autres se retrouvent en détresse psychologique. Récemment, l’association étudiante AGATE, réunie en AG à la faculté de médecine, réclamait des mesures d’aide psychologique et financière pour les étudiants.

Une demande entendue par l’université de Tours qui a mis en place dès le premier confinement un portail dédié, permettant aux étudiants de soumettre une demande d’aide alimentaire, et d’aide numérique notamment pour acheter un ordinateur. A ces aides matérielles vient s’ajouter la possibilité de consulter un psychologue. Les consultations ont bondi de 30% depuis septembre. Pour la faculté de médecine spécifiquement, les 3èmes années qui étaient privées de stage au CHU, ceux-ci ont été récemment remis en place.

« Un des rares aspects positifs du couvre-feu, c’est qu’on a pas de tentations »

L’association des carabins, des étudiants en médecine apportant habituellement leur aide, a quant à elle mis en place des temps d’échanges pour soutenir les étudiants en difficulté.

Malgré le contexte, le moral reste bon pour Constance. Bien classée au premier semestre, elle est confiante pour l’avenir avec son classement au premier semestre, dans le premier quart des 900 candidats. “Je suis toujours très motivée, d’autant plus qu’un des rares aspects positifs du couvre-feu, c’est qu’on a pas de tentations : impossible d’aller boire un verre, de faire la fête, du coup on peut être à fond, à condition d’avoir le mental. Mais en même temps, on a plus aucun espace où décompresser.”

En juin, après une première année d’efforts dans ce contexte si particulier, la première étape du marathon sera atteinte, avec le double espoir de commencer à voir le bout du tunnel sur le plan sanitaire et de passer en seconde année de médecine. Futurs médecins, ces étudiants pourront alors appliquer le premier serment d’Hippocrate “Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.”

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