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[Journal de bord #3] Trois semaines de confinement en Touraine : « Ouf, la flemme n’a pas disparu »

 

Ces temps-ci, le coronavirus occupe toute l’actualité. Quand on ne parle pas directement des conséquences sanitaires du Covid-19, on évoque son impact économique, social, culturel ou sportif. Tout ça dans une ambiance particulière : celle d’une Touraine confinée, au moins jusqu’au 15 avril. Voici le 3e épisode du journal de bord confiné de la rédaction de 37 degrés.

Lundi 30 mars on voit un bar dont la terrasse est remplie. Les gens boivent des cocktails, le soleil chauffe leur peau. Ils doivent rire, certains s’aiment. Ce n’est pas un rêve, pas un mirage, même pas une infraction au confinement. Juste la vidéo sponsorisée d’un établissement du Vieux-Tours sur Facebook, sans doute diffusée automatiquement car non déprogrammée par les propriétaires. Un affront. Car aujourd’hui, au lieu d’hésiter entre un mojito et un mojito framboise on en vient à observer les allées et venues de la résidence… seul spectacle visible depuis la fenêtre. Pourquoi cet homme reste si longtemps planté en bas de l’immeuble ? Il livre quoi ce monsieur à moto ? Ils sortent souvent les enfants du voisin, non ?


Mardi 31 mars il est temps de s’offrir une récompense : des chocolats de Pâques livrés en Chronopost par une célèbre maison tourangelle. Le colis arrive avec autant de protections que s’il renfermait un vase en porcelaine de Delft. Entre soutien au commerce local et marche vers le zéro déchet, il faut choisir. Ironie de l’histoire : la tortue de chocolat au lait s’est brisée en deux sur le chemin.


Mercredi 1er avril les sirènes d’alerte retentissent à midi, comme tous les premiers mercredis du mois. Elles sont là pour prévenir d’un danger imminent, qui nécessite de se mettre immédiatement aux abris. Pourtant, le 17 mars, elles sont restées muettes lorsque la France a commencé à se calfeutrer. Sommes-nous vraiment en guerre ? Nous voici à deux semaines de confinement, c’est pas une mauvaise blague, même pas un poisson. On a hésité d’ailleurs, fallait-il faire le traditionnel article poisson d’avril ? On a opté pour la négative, promis l’an prochain on aura plein d’idées !


Jeudi 2 avril, petit mail d’EDF : c’est l’heure de relever votre compteur. Sous-entendu, vous avez le temps en ce moment. Il suffirait de déverrouiller la porte, faire deux pas sur le pallier, ouvrir la gaine technique, noter les chiffres, retourner dans l’appartement, et envoyer les données à l’entreprise. Une action tellement courte qu’elle pourrait même se faire en peignoir sans grand risque de croiser quelqu’un. Pourtant, on procrastine. Comme pour cette pile de repassage qui gît sur le dossier d’une chaise et qui était déjà là avant le début du confinement. Voir que la flemme n’a pas disparu : une bonne nouvelle


Vendredi 3 avril on a vu les messages des gens ces derniers jours, ceux qui se plaignent de ne pas pouvoir sortir alors qu’il fait un temps splendide. Ce matin le ciel est gris ce qui permet d’affirmer que le confinement est plus agréable sous le soleil que lors d’une journée nuageuse. S’il prenait fin un jour de tempête, on sortirait quand même. Un reportage ici, un autre là : les idées ne manquent pas. Malgré tout, les journées restent rythmées. Même confinés on continue d’essayer de vous informer au mieux. Parfois on a l’impression de tourner en rond, d’être porteurs de mauvaises nouvelles : annonces des malades, du nombre de morts, des nouvelles restrictions de la Préfecture… Heureusement il reste les bonnes initiatives solidaires qui donnent du baume au cœur


Samedi 4 avril on ne prend plus la peine de mettre une montre le matin même s’il faut scrupuleusement indiquer son heure de sortie à l’encre indélébile dès qu’on remplit une attestation de déplacement dérogatoire. C’est le jour J, celui du ravitaillement ! Ça fait bizarre de mettre des chaussures. Fait-il encore un temps à mettre une écharpe ? Et surtout : pourquoi certains clients du marché portent des masques FFP2 alors qu’on en manque dans les services de santé ? Le voisin pose d’ailleurs la question par balcon interposé. “Toi qui est journaliste, tu sais si les soignants ont été livrés en masques ?” Le confinement permet de redécouvrir ses voisins, le besoin de parler à d’autres se transmet à travers fenêtres et balcons. D’ailleurs vous saviez que le voisin s’appelle Nicolas ? Nous non plus. Le confinement nous a au moins permis de prendre le temps de faire connaissance et d’échanger plus qu’un simple “bonjour vous allez bien” entre deux portes


Dimanche 5 avril l’alarme d’une voiture déchire le calme du petit matin : quelques instants pendant lesquels le chant des oiseaux n’est plus le principal fond sonore. A 12h05 sonne l’angélus. Première fois qu’on le remarque, pourtant on vit ici depuis longtemps. Un klaxon, les sirènes des pompiers, le moteur d’un bus… Ces bruits si communs deviennent inhabituels. L’impression de vivre à la campagne. Depuis trois semaines le grand boulevard est devenu une route départementale. Au fait, c’était qui la dernière personne à qui on a fait la bise ?

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