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Deuxième ligne du tramway : le grand projet du mandat

C’est assurément le grand projet des cinq ans à venir dans l’agglomération tourangelle. Le projet de deuxième ligne de tramway, qui reliera Chambray-lès-Tours à La Riche, via Tours et quelques centaines de mètres sur la commune de Joué-lès-Tours, va profondément impacter l’agglomération. De part ses travaux déjà mais aussi par la transformation qu’il va engendrer en termes de mobilités mais aussi d’urbanisme.

Un projet qui fait toujours débat

Le débat lundi soir au sein du Conseil Municipal de Tours a montré une nouvelle fois, que le sujet était pour toutes ces raisons épineux. Deux ans après la validation de son tracé par les élus métropolitains, la deuxième ligne de tramway continue donc de faire parler et d’être remise en cause. A Tours, le sujet est revenu sur la table lors de la campagne municipale puis ces dernières semaines à l’occasion des derniers arbitrages : passage des voies uniquement par le nord du mail du boulevard Béranger, passage à l’intérieur du futur quartier des casernes Beaumont-Chauveau et le passage par la place Jean Jaurès, obligeant à revoir toute sa configuration… Trois exemples qui témoignent de l’impact urbanistique d’un tel projet.

Quoiqu’il en soit, il reste un projet structurant, permettant d’envisager et de développer une vision pour l’avenir. Les positions des différents groupes municipaux en sont des exemples : D’un côté la majorité municipale, se retranchant derrière le projet validé en 2018 et souhaitant désormais « ne plus perdre de temps ». De l’autre le groupe « Les Progressistes » de Benoist Pierre, souhaitant de nouvelles études pour envisager un tracé via la place Anatole France, la rue des Tanneurs, le Champ de Mars et Mame, comme ils l’avaient proposé pendant la campagne. Enfin le groupe « Tours Nous Rassemble » de Christophe Bouchet, composé pour la plupart d’élus présents dans l’ancienne majorité municipale qui avait porté le projet, mais qui aujourd’hui souhaitent mettre le focus uniquement sur la demi-ligne vers Chambray pour des raisons de faisabilité financière.

Relire notre article sur Info Tours sur ce sujet

Les financements : le nœud du projet

Le projet de deuxième ligne est estimé aujourd’hui à 485 millions d’euros en comptant les aménagements annexes comme les pistes cyclables (mais hors les grands aménagements urbanistiques). Le montant du projet suffit à lui-même pour donner son ampleur car de tels montants correspondent aux projets d’exception, rares pour des collectivités comme Tours Métropole.

Un montant important, colossal pour certains qui jugent la chose difficilement réalisable. Pourtant du côté de Tours Métropole, on reste persuadé de sa faisabilité. Mais pour cela, il faut désormais aller vite. C’est en tout cas la volonté du maire de Tours Emmanuel Denis et de Wilfried Schwartz, le président de Tours Métropole, qui pilote le projet et qui a fixé l’objectif de finir la deuxième ligne avant la fin du mandat, en 2025. « Le projet est abouti, ce n’est plus le moment de relancer des études complémentaires, surtout qu’elles ont été faites en amont. Je rappelle qu’entre 2016 et 2018, 22 scenarii ont été ainsi étudiés et qu’il est apparu que le tracé Chambray-La Riche était le plus pertinent. »

Le calendrier va s’accélérer donc, d’ici 15 jours l’appel d’offres concernant le choix du futur maitre d’œuvre sera lancé et il faut aussi désormais boucler rapidement le budget. La question financière occupe donc logiquement une part non négligeable de l’agenda du président de Tours Métropole qui aimerait que le plan de financement soit définitivement validé à la fin du premier trimestre 2021.

Dans le budget prévisionnel fixé, l’objectif est de trouver 160 millions d’euros d’aides et de subventions afin de recourir au maximum à 330 millions d’euros d’emprunts. Rien que sur les années 2021-2022 ce ne sont pas moins de 93 millions d’euros qui doivent être consacrés au projet.

Parmi les investissements : L’extension du centre de maintenance et l’investissement en matériel roulant sont chiffrés à 80 millions d’euros.

« Nous regardons de tous les côtés pour trouver des financements externes car il ne faudrait pas que l’ensemble des investissements soient consacrés au volet mobilités » nous explique Wilfried Schwartz ce mardi matin, dans son bureau de l’Hôtel Métropolitain. Entouré d’un membre du cabinet de la Préfète d’Indre-et-Loire, de Madame Marin, la directrice du syndicat des mobilités, ainsi que de cadres de Tours Métropole, le président de Tours Métropole doit s’entretenir à distance avec le Ministre des Comptes Publics, Olivier Dussopt.

L’enjeu de l’entrevue est d’attirer l’attention du Ministre et de l’Etat sur le projet tourangeau et d’évoquer les financements possibles dans le cadre du Plan de Relance et du nouveau CPER (Contrat Plan Etat Région) couvrant la période 2021-2027 que la Métropole veut intégrer. « En reprenant le dossier, on a été surpris de ne pas voir dans cadre du CPER de ligne budgétaire sur les mobilités » explique Wilfried Schwartz.

La discussion avec le ministre dure une petite demi-heure, le temps de présenter le projet, de rappeler son importance pour le territoire tourangeau, mais aussi d’évoquer quelques pistes de financements… Olivier Dussopt évoque deux axes possibles :

– Un appel à projets sur les mobilités tel que prévu dans le Plan de Relance pour les transports en commun hors Ile-de-France

– Un appel à projets dans le cadre de la loi d’orientation et des mobilités et couvrant les projets démarrant avant fin 2025.

La Région déterminante dans le financement du projet

Dans les deux cas, le ministre se montre clair : les relations entre Tours Métropole et la Région seront déterminantes, l’Etat ne souhaitant pas imposer ses choix et préférant laisser l’initiative des investissements aux collectivités territoriales. Pour qu’une action de transport collectif soit inscrite dans le futur CPER, il faut donc que la Région en soit à l’initiative. Idem pour le Plan de Relance, les crédits seront déconcentrés au niveau des Préfets de Région qui doivent signer un accord de méthode avec les exécutifs régionaux, ce qui semble être le cas en région Centre-Val de Loire.

L’enjeu n’est pas négligeable pour Tours Métropole avec pour chaque appel à projets cité ci-dessus, une possibilité de rechercher plusieurs dizaines de millions d’euros à chaque fois. Mais pour cela, les relations avec le Conseil Régional présidé par François Bonneau seront donc primordiales pour inscrire le projet de tramway dans les financements possibles.

Financements nationaux, contrats régionaux… les financements de l’Europe sont analysés également par Tours Métropole, notamment via le FEDER (Fonds européen de développement régional), mais là encore les mobilités n’ont pas été inscrites comme priorité, ni les grands projets infrastructurels sur la France, l’Europe considérant le pays déjà bien doté. Un paradoxe pour l’élu métropolitain alors même que « la commission européenne a fixé comme enjeu et priorité d’avoir une Europe plus verte, or un tramway est idéal pour décarboner les mobilités. »  Oui mais la deuxième ligne de tramway de Tours arrive après beaucoup de projets similaires ces 15 dernières années, largement aidés. Le retard pris à l’époque peut rendre le financement plus difficile à obtenir, les priorités et objectifs des différents fonds d’aide et contrats ayant changé entre temps.

Ce type de projet est forcément une opération à tiroirs. Tel fonds annexe européen pourrait servir au financement des projets liés comme les mobilités douces, un autre pour la végétalisation… Tout est épluché dans ce qui semble être de l’extérieur un mille-feuille administratif et financier dans lequel il convient de faire les bons choix, certains pouvant déclencher ou à l’inverse empêcher d’autres financements parallèles. Pas une mince affaire…

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