Deux ans après l’élection, le bilan d’Emmanuel Denis à la mairie de Tours

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Lundi soir l’Hôtel de Ville de Tours accueillait le dernier conseil municipal avant la trêve estivale. Une réunion qui coïncidait quasiment avec le 2e anniversaire de la prise de fonction du maire écologiste Emmanuel Denis. L’occasion rêvée d’un bilan de ses 700 premiers jours dans le costume…

Le conseil municipal de Tours est une arène. Les différents groupes politiques s’en servent en tout cas comme tel, entre piques discrètes ou invectives directes. Lundi 4 juillet, Emmanuel Denis a tenté de siffler la fin de la récré, dénonçant les attaques personnelles contre les élus ou les agents de la ville. Il visait en particulier son prédécesseur Christophe Bouchet, avec qui les échanges ont été houleux lors des dernières réunions. A la limite de l’insulte. « Le style détestable et délétère nuit à la représentation dont vous faites partie » a argumenté le maire, déplorant également le terme « pieds nickelés » figurant dans la dernière tribune du groupe Tours Nous Rassemble publiée par le magazine de la ville. En réponse, Thibault Coulon s’est engagé à œuvrer pour des discours plus apaisés, au service de l’intérêt général. Intention louable mais dans les faits on n’y est pas encore, les bisbilles ayant encore émaillé cette réunion estivale.

S’il y a donc bien une chose qu’Emmanuel Denis n’a pas réussi en deux ans de mandat c’est à apaiser le débat politique local. Déjà houleux entre 2014 et 2020, il semble avoir atteint un niveau de tension encore supérieur. Un affrontement régulièrement surjoué par l’opposition (à coups de raccourcis, d’arguments fallacieux voire d’informations imprécises) ce qui a pour dommage collatéral d’éclipser les vrais sujets de débats au profit de prises de position radicales. A titre d’illustration on peut citer la polémique sur l’absence de grand sapin Place Jean Jaurès pour Noël 2020 ou la dernière-née autour du refus de la municipalité de faire un feu d’artifice du 14 juillet pour protéger les sternes, pourtant une directive préfectorale à l’origine… Mais le meilleur exemple reste le tracé de la 2e ligne de tram.

Des errements lourds de conséquence pour le projet de tram B

Quand il était chargé du dossier à la Métropole, l’élu du conseil municipal de Tours Christophe Boulanger qui suit ce dossier avait bien tenté de faire émerger le vrai sujet philosophique : la survie de quelques arbres centenaires vaut-elle plus que l’amélioration du confort de vie de milliers de personnes poussées vers un mode de déplacement plus écologique ? On n’a pas la réponse car la discussion de fond n’a jamais vraiment eu lieu, le débat se heurtant sur la menace de recours pour faire échouer le projet. La suite, on la connait : la ville a été obligée de reculer et de choisir le Boulevard Jean Royer pour le transit du tram B, alors que les études initiales avaient écarté cette option. De quoi faire dire aux détracteurs du maire que ce dernier a fait volte-face par stratégie politicienne, afin de s’éviter l’image d’un maire abatteur d’arbres… Au passage, l’inauguration effective de la ligne a pris 3 ans de retard, passant de 2025 à 2028.

Dans le même créneau, c’est l’ambition de réaménager la Place Jean Jaurès qui a disparu du programme municipal : la Ville n’a jamais publié le résultat de la concertation amorcée sur le sujet (donnant indirectement raison aux voix qui s’égosillaient de peur de voir disparaître les deux fontaines). Plus globalement, ce sont quasi tous les « grands projets » qui ont été abandonnés ou corrigés par la majorité qui s’est employée à un véritable détricotage des ambitions de l’équipe précédente. Adieu le fastueux chantier de rénovation des Halles et reprise à zéro pour la requalification du haut de la Tranchée.

Emmanuel Denis n’en fait pas mystère : il gère le quotidien plutôt que de montrer les gros bras et déployer des promesses dispendieuses. L’état des finances de la ville ne lui laisse pas trop le choix mais c’est aussi cohérent avec la ligne de son mouvement politique, dont certains membres prônent la logique de décroissance. Et ce n’est pas forcément un mal, si l’on choisit de ne pas jouer la concurrence avec les voisines Poitiers, Angers, Orléans et Le Mans (qui, à force de chantiers phares, ne jouent plus dans la même cour).

Des priorités pour les actions qui changent le quotidien

D’ici 2026 il ne faut donc pas attendre de grandiloquent à Tours. Des dossiers en léthargie comme la restructuration de l’ilot Vinci restent en suspens. La rénovation du Palais des Sports très gourmand en énergie est également en attente d’action (tandis que le problème de manque d’espace pour accueillir le public nombreux du basket ne semble préoccuper personne suffisamment sérieusement pour agir).

Mais prétendre que la ville est à l’arrêt serait mensonger. Le Haut de la Tranchée est censé devenir concret dans le courant du mandat (avec comme projet parallèle la rénovation de l’ancienne mairie de Saint-Symphorien pour en faire une Maison de la Démocratie, aux contours encore flous néanmoins). Le quartier des Casernes doit également sortir progressivement de terre (et prend déjà vie avec le succès immédiat des événements organisés sur le site des Beaumonts, en attendant l’édification du futur centre chorégraphique qui a pris un retard fou dès la fin du dernier mandat et dont les budgets ont explosé).

Et puis il y a les investissements et initiatives qu’on pourrait qualifier « du quotidien ». Les plus nombreux, peut-être aussi les plus à même de transformer/bousculer la vie des habitants (selon l’analyse qu’on en fait). Au Sanitas, les démolitions de vieux bâtiments vont bon train en attendant la rénovation des écoles du quartier (et de plusieurs autres, notamment Jean de la Fontaine). Des écoles par ailleurs fortement numérisées depuis deux ans. Comment ne pas citer aussi les nombreux aménagements de circulation, qui valent à l’équipe municipale de nombreuses critiques parce qu’elle ne penserait qu’au vélo et nierait la réalité des automobilistes, mais qui ont le mérite néanmoins d’apaiser en partie la ville en redistribuant l’espace public.

L’apprentissage difficile de la concertation

Après la fermeture très commentée du Pont Wilson à toute circulation automobile (qui n’a pas entraîné la sur-congestion du centre-ville tant redoutée, ni l’érosion du commerce, toujours dynamique) c’est le projet de création d’une vélorue Rue d’Entraigues qui cristallise les tensions. Pour les besoins d’une expérimentation la circulation doit y être revue pour obliger les voitures à faire des détours et permettre un double-sens cyclable facile à emprunter. La municipalité a été accusée de ne pas avoir concerté avant de décider… une critique maintes fois formulée en deux ans alors même que de nombreuses réunions en tout genre ont lieu et qu’un budget participatif a été mis en place (les premiers résultats sont attendus dans l’année).

En fait, malgré une promesse d’écoute large formulée dans la campagne et en début de mandat, l’équipe d’Emmanuel Denis s’est retrouvée face à de nombreux écueils, allant jusqu’à se faire critiquer par des milieux pourtant proches de ses idées comme le collectif d’artistes qui avait investi les murs de l’ancienne mairie de Saint-Symphorien (ils ont dû démonter leurs œuvres pour accueillir une communication sur le projet du Haut de la Tranchée qui tarde à sortir). Et on peut citer aussi le conflit avec les agents de la ville sur l’organisation du temps de travail (suite à une obligation liée à une loi nationale) et les salaires qui a mis plusieurs semaines à se solutionner (pour finalement aboutir au versement d’une enveloppe de 7 millions d’€ par an afin de revaloriser les 2 250 membres du personnel municipal).

Une validation de la politique par les urnes ?

Indéniablement, le mandat d’Emmanuel Denis se déroule dans une situation des plus complexes entre la gestion de la pandémie, les finances étriquées de la ville (qui l’ont poussé à augmenter les impôts locaux) et maintenant les conséquences de l’inflation. Sa marge de manœuvre s’en trouve réduite et en plus l’élu n’a pas réussi à imposer sa vision des choses au sein de l’agglomération, en laissant la gouvernance à la droite (probablement l’une de ses plus grosses erreurs quand il a refusé de prendre la présidence de Tours Métropole). A cela s’ajoute les dégâts causés par l’affaire Münsch-Masset (première adjointe pendant 15 mois avant d’être débarquée à cause de l’affaire de détournements de fonds à l’association APAJH que son mari présidait). Deux conseillers du groupe majoritaire ont également décidé de le quitter pour cause de désaccords avec la ligne principale.

Ces handicaps se conjuguent au fait que le maire peine parfois à bien communiquer sur sa politique, ou même à paraître disponible et ouvert aux yeux des citoyens. Pourtant on ne peut pas affirmer que ce début de mandat est un échec. Que du temps a été perdu, sans doute. Mais globalement, Emmanuel Denis et son équipe tiennent la barre et gardent le contact. Ils ont su par exemple s’emparer de dispositifs nationaux comme le plan Logement d’Abord ou obtenir des crédits supplémentaires de l’Etat pour le CHU. L’accueil d’une équipe étrangère lors de la Coupe du Monde de rugby 2023 est également en bonne voie. Et des arlésiennes avancent comme l’idée d’un nouvel échangeur de l’A10 à Rochepinard.

D’ailleurs, même si la gauche n’a réussi à remporter que 2 cantons sur 4 aux élections départementales, elle a fait de gros scores sur la ville aux élections régionales de 2021, à la Présidentielle l’année suivante… et surtout aux Législatives où la NUPES a fait tomber le député macroniste sortant. Si les habitants de Tours détestaient autant la politique municipale que certains veulent le faire croire, ça se verrait sans doute beaucoup plus dans les urnes.

Olivier Collet avec Mathieu Giua

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