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CHU de Tours : cérémonie funéraire d’un côté, espoir de Renaissance de l’autre

La directrice du CHU de Tours présentait ses vœux mercredi 15 janvier à l’hôpital Bretonneau. Comme c’est déjà arrivé par le passé, son discours a été précédé par une intervention de représentants du personnel. Un happening à la façon d’un enterrement quand la patronne de l’établissement est plutôt dans une optique de Renaissance avec le projet de reconstruction de l’hôpital Trousseau. Dialogue de sourds par discours interposés.

Les applaudissements sonnent creux et proviennent uniquement des mains de membres de Sud. Dans l’assistance, personne ne bronche. Silence gêné. Dans la grande salle de direction au 1er étage du CHU Bretonneau on a écouté sagement le discours des représentants du personnel mais pas au point d’afficher ostensiblement un soutien à leurs revendications.

Les soignants en blouse blanche ont organisé un simulacre de cérémonie funéraire avec petit cercueil et sono diffusant une musique d’enterrement. Avant de quitter la salle, ils miment une procession en prenant bien soin de filmer l’événement pour le diffuser sur les réseaux sociaux. Pas question pour eux de se passer de cette tribune devant le maire de Tours, les hauts responsables de l’hôpital, le procureur et même l’archevêque nouvellement arrivé dans la ville. Ils ont prévenu en amont de leur action et on les a laissés faire. Probable que dans le groupe qui les regarde certaines ou certains comprennent leurs maux. Cela fait des mois que le CHU et la plupart des établissements français sont en grève pour réclamer des moyens supplémentaires ou l’arrêt des fermetures de lits. Même des chefs de service ont rejoint la lutte cette semaine en démissionnant de leurs fonctions administratives.

« Combien de temps les agents vont tenir ? »

Sur 1 200 médecins participant à l’initiative, 12 exercent à Tours. Ils réclament l’ouverture immédiate de négociations avec le gouvernement sous peine de franchir un pallier supplémentaire et de quitter leurs postes.

Le spectre du départ, les syndicats l’ont agité. « Si le CHU assure ses missions c’est grâce au dévouement des soignants. Mais combien de temps les agents vont tenir ? » interrogent les manifestants dès les premières phrases de leurs discours, faisant référence un peu plus tard aux personnels qui rentrent parfois « les larmes aux yeux et ne vont plus revenir parce qu’ils sont épuisés ».

« Nos collègues souffrent de devoir prioriser leurs tâches. Les conditions de travail sont délabrées. Pour certains les patients ne sont que des numéros de dossier ou des sources de recettes. Pour nous ce sont des noms. »

Sud a réclamé « des actions d’envergure » à la directrice sous peine de « la mort de notre CHU ». Les syndicats dénoncent 130 fermetures de lits « et 350 à terme » résumant le projet de construction d’un nouvel hôpital Trousseau à Chambray-lès-Tours à « un nouvel immeuble qui sera plus tourné vers la rentabilité que l’humanité. »

La vidéo de l’intervention est disponible sur Internet

Sans faire frontalement référence à cette intervention, Marie-Noëlle Gérain-Breuzard a glissé des allusions. Par exemple, la directrice a souligné la signature d’un accord sur l’emploi avec les organisations syndicales en citant toutes celles qui ont validé sa démarche. Toutes sauf Sud et la CGT. La patronne du CHU n’a pas nié l’existence de difficultés, insistant sur « les réformes nationales complexes à mettre en œuvre et à digérer » ou sur les difficultés de recrutement pour les métiers du grand âge, ou même les postes d’anesthésistes (pas d’anesthésistes = pas d’opérations) . Néanmoins, en citant plusieurs fois les échanges nourris avec les représentants de patients puis en concluant son allocution par la lecture d’une lettre de malade au point d’en être émue aux larmes, elle parait envoyer un message qui pourrait être : le ressenti des usagers de l’hôpîtal est bien moins alarmant que ce que dépeint une partie de son personnel.

Un effort pour réduire la pénibilité au travail

« L’année 2019 a été dense » souligne la directrice du CHU tourangeau présente à son poste depuis 6 ans. Son ambition : « Garantir la qualité de vie au travail sans perdre de vue l’efficience économique. » Le déficit de la structure devrait être compris entre 6,5 et 7 millions d’euros en 2019, ce qui est vu comme une bonne nouvelle par l’administration.

La mission de Marie-Noëlle Gérain-Breuzard : rendre son CHU « attractif » en multipliant les actions auprès des jeunes dans les écoles, en continuant à faire progresser le nombre de titularisations (223 en 2019, et 948 recrutements tous métiers confondus). « Oui le CHU ferme des lits mais nous adaptons l’emploi à l’activité » justifie-t-elle en promettant de diminuer la pénibilité des agents et poursuivre la rénovation des installations en attendant le début de la construction du nouveau bâtiment de Trousseau. Ce chantier doit débuter fin 2021. Le projet détaillé sera lui dévoilé en juin.

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